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« Le Loot », jeu en ligne sur les manifestations françaises aux relents racistes

C’est quoi « Le Loot », ce jeu en ligne qui met en scène les manifestations françaises avec des clichés racistes ?

Mauvais goût•Un jeu vidéo mis en ligne disponible depuis une semaine par le site de casino en ligne Toshi.bet montre les manifestations en France avec un angle raciste
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Le site de casino en ligne Toshi.bet a lancé « Le Loot », un jeu où il faut tirer sur des émeutiers avec des baguettes et des croissants pour « sauver l’Europe », dans un contexte de mobilisations sociales en France.
  • Toshi.bet est un casino en cryptomonnaies lancé en 2023, et propose d’autres jeux controversés comme « Deport Dash ».
  • Les acteurs extrémistes exploitent les jeux vidéo depuis plus de trente ans, mais ces jeux ne visent pas tant à recruter qu’à s’adresser aux militants déjà conquis.

Un décor parisien refait par intelligence artificielle, des façades en flammes, des silhouettes cagoulées : dans Le Loot, l’ambiance de la France n’est pas au beau fixe. Le joueur doit viser, avec des baguettes ou des croissants en guise de projectiles, les émeutiers (dont certains brandissent le drapeau palestinien), en épargnant au passage des Vélib' et des figures de « bons Français » blancs en costumes. Chaque cible touchée peut rapporter de l’argent. Voici le dernier projet du site de casino en ligne Toshi.bet.

Mercredi dernier, le compte X de Toshi.bet annonce la sortie de Le Loot dans son « dojo », sa section de jeux maison. Le message affirme que la France brûle, qu’il faut combattre les émeutiers et « sauver l’Europe ». Les jours suivants, le compte multiplie les publications provocatrices, dont un montage mêlant le jeu à un morceau de Lana Del Rey. Ce jeu s’inscrit dans le mouvement social en France, avec des manifestations qui prolongent le blocus des lycéens pour de meilleures conditions d’enseignement.

Les jeux d’extrême droite, un nouvel outil

Toshi.bet n’a rien d’un éditeur de jeux vidéo. C’est un casino et un site de paris en cryptomonnaies, lancé en 2023. Il fonctionne sans vérification d’identité et sous une licence des Comores, réputée parmi les moins exigeantes du secteur. La société qui l’exploite, BowtoyourSensei Ltd, est enregistrée dans des paradis réglementaires. Ses dirigeants avancent sous pseudonyme sur les réseaux sociaux. Celui qui se présente comme cofondateur sous le nom « Toshi » sur X. Sur LinkedIn, un certain Aymen Akabor, basé au Maroc, se présente comme le responsable SEO du site. Contacté par 20 Minutes, il n’a pas répondu à nos demandes d’entretien.

Le Loot n’est pas un coup isolé. Dans la même gamme, le site propose Deport Dash, où le joueur incarne un agent de l’ICE opposé à des migrants. Sur X, le casino l’a présenté comme son premier jeu « culture ». Contacté par le média néerlandais Intikkertje, il avait annoncé le retirer après des critiques et s’était excusé, avant de le remettre en ligne.

Une rubrique gaming sur le site de la Maison-Blanche

Ce mélange de culture Web et de désignation d’un ennemi a des précédents. Selon l’Extremism and Gaming Research Network, les acteurs extrémistes exploitent depuis longtemps les jeux vidéo à des fins de propagande, de recrutement et de financement depuis plus de trente ans. Plus récemment, c’est même l’administration Trump qui s’y est mise. Elle a ajouté une rubrique « Arcade » au site de la Maison-Blanche, avec cinq jeux au style rétro destinés à promouvoir sa politique.

Les deux plus critiqués sont Build the Wall, façon Tetris où il faut contenir une « horde » à la frontière, et Rio Run, un jeu de Snake où l’on ramasse des migrants pour les expulser. Dans un article, les chercheurs Nick Robinson et Joe Whittaker invitent à nuancer l’idée d’un recrutement direct. Selon eux, ces jeux sont rarement conçus pour recruter : ils s’adressent surtout à des personnes déjà acquises à la vision du monde du mouvement. En résumé, ce n’est pas Le Loot qui va permettre à l’extrême droite de récupérer politiquement les manifestations, elle le fait déjà très bien toute seule.