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Pourquoi les jeux vidéo permettent-ils (vraiment) de se détendre après le travail ?
relax max•Certains le voient comme une source de stress, mais le jeu vidéo peut aussi constituer un véritable sas de décompressionChristelle Pellissier
L'essentiel
- Les jeux vidéo sont perçus comme un sas de décompression par de nombreux gamers qui y voient « une vraie échappatoire », avec un « effet cathartique puissant » selon le psychanalyste Michaël Stora.
- Une étude récente montre que les jeux vidéo ont des effets physiologiques bénéfiques sur le stress, avec « une baisse de la fréquence cardiaque et du taux de cortisol ».
- Les jeux privilégiés pour la détente sont les titres narratifs comme Zelda ou Animal Crossing, « des jeux avec des temps de silence, des moments où on n’est pas forcément dans l’action mais dans la quête ».
Le jeu vidéo comme remède anti-stress, ou sas de décompression, après une longue journée de travail. Qui l’eût cru ? C’est pourtant de cette façon que l’envisagent nombre de lecteurs de 20 Minutes qui voient le gaming comme un moment d’évasion, voire un défouloir. « Le jeu vidéo est une vraie échappatoire, assure Louis, 28 ans. Dans le quotidien, face aux difficultés, aux boulots prenants, qu’il est bon de s’évader dans des univers oniriques et fictifs… Pourquoi ce serait différent d’un bon bouquin, d’un film ou d’une BD ? »
Et si c’était même mieux qu’un bon film ? « Le jeu vidéo a un effet cathartique puissant par rapport au sentiment d’immersion et d’identification à son avatar », explique Michaël Stora, psychanalyste et cofondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines.
« Quand on regarde un film, les processus d’identification sont secondaires, alors qu’ils sont primaires quand on joue aux jeux vidéo car l’avatar est comme une coquille vide. C’est pour cela que le processus d’immersion est beaucoup plus fort que dans un film. »
« Mon cerveau se déconnecte »
Le psychanalyste, considéré comme le pionnier dans l’utilisation des jeux vidéo pour soigner des enfants et des adolescents, indique que le jeu vidéo peut être un moyen pour certains de prendre symboliquement leur revanche après une journée de stress. Voire de « redevenir acteur ou interacteur de situations dans lesquelles ils ont été passifs à travers leur avatar. » Le jeu vidéo devient ainsi un espace de décompression qui va avoir un effet de détente sur les joueurs. Les lecteurs interrogés sur le sujet sont unanimes sur ce point.
« Je joue aux jeux vidéo pour la même raison que je lis des livres : vivre des histoires épiques, vivre une aventure dont je suis l’héroïne, confie Elodie, joueuse et lectrice de "20 Minutes". Quand je joue, j’oublie tout simplement tout. Mon cerveau se déconnecte et c’est vraiment un sas de décompression. »
Une récente étude publiée dans l’International Journal of Psychophysiology donne un éclairage sur l’impact des jeux vidéo sur le stress, mettant en évidence des effets physiologiques, indépendamment du jeu choisi. Les chercheurs ont notamment observé une baisse de la fréquence cardiaque et du taux de cortisol, l’hormone du stress, chez les participants ayant joué à des jeux vidéo, violents et non violents. En revanche, les effets ressentis par les gamers étaient différents selon qu’ils jouent ou non à des jeux considérés comme violents. Certains jeux seraient donc, selon ces données scientifiques, plus propices à la détente que d’autres.
Zelda, Journey, Flight Simulator…
Pour Michaël Stora, les jeux vidéo en ligne basés sur la compétitivité, comme Fortnite ou League of Legends, pourraient être ceux qui n’offrent pas « le meilleur endroit pour se détendre ». Ce sont les jeux qui ont avant tout pour vocation de gagner, pouvant donc faire… perdre. Un constat que partagent les lecteurs de 20 Minutes. « Après une période où je jouais à des MOBA (pour « Multiplayer Online Battle Arena ») sans que ça me détende, j’ai changé d’approche. Ce genre de jeu, opposant des équipes et dont le résultat de la partie dépend autant de nous que des autres, peut être frustrant, énervant et toxique si on ne cherche que la victoire pour prendre du plaisir », explique Michaël, 30 ans. Lequel précise toutefois continuer à jouer à League of Legends et World of Warships « mais sans chercher la victoire, juste pour me vider la tête après une journée intense de travail ».
Les jeux vidéo narratifs, type The Legend of Zelda : Breath of the Wild ou Animal Crossing, sont particulièrement plébiscités pour se détendre.
« Ce sont des jeux avec des temps de silence, des moments où on n’est pas forcément dans l’action mais dans la quête, où la vocation première n’est pas forcément de gagner. On peut prendre son temps. Au fond, le jeu vidéo va permettre de détendre peut-être aussi parce qu’il permet tout simplement d’être dans cet espace nécessaire qu’est le jeu, un espace de récréation dans le sens d’une « re-création » des tensions, des frustrations et des peines vécues tout au long de la journée. »
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Même son de cloche pour Stéphane, 41 ans, qui se tourne vers les jeux vidéo pour passer un bon moment en famille. « Les jeux qui me détendent le plus sont Caravan SandWitch, Journey, et les Zelda. Ils permettent de s’évader bien au chaud chez soi, tout en ressentant un appel à l’aventure et à l’exploration. […] Nous préférons souvent un bon jeu vidéo en famille plutôt qu’une série ou un dessin animé. » Et Pascal, 47 ans, de citer, de son côté, The Last of Us, Uncharted, Resident Evil ou Dying Light comme autant de jeux narratifs qui lui permettent « de [se] laisser porter par l’histoire » et « faire partie inhérente du film ».



















