« Ça devient très cher »… Mais jusqu’à quand le prix du café va-t-il continuer d’augmenter ?
FORT De Café•En cinq ans, le prix du café a triplé. Il atteint des niveaux records en raison du changement climatique qui affecte la récolte et d’une explosion de la demande mondialeJérôme Gicquel
L'essentiel
- On célèbre ce mercredi la journée internationale du café, une boisson consommée par 8 Français sur 10.
- En cinq ans, les cours du grain se sont envolés, et le prix du café a triplé.
- Selon Loïc Marion, président du Collectif Café, les prix ne devraient pas baisser l’an prochain, et il faudra plus attendre « cinq ou dix ans » avant de revenir à des cours « plus raisonnables. »
«Bien sûr que j’ai vu que le prix n’arrête pas d’augmenter. Mais j’ai besoin de ma dose. Surtout au réveil car sinon, ce n’est pas la peine de me parler. » Croisée dans les allées de ce supermarché du centre-ville de Rennes, Agnès profite de la pause déjeuner pour faire quelques courses. Avec, dans son tote bag, un paquet de café moulu qui permettra à cette « grosse buveuse de café » de tenir au moins la semaine. Comme cette mère de famille, près de 8 Français sur 10 consomment régulièrement du café, à raison de 5,4 kg par an et par personne en moyenne. Et pour tous ces amateurs d’arabica ou de robusta, ce petit rituel du quotidien commence à avoir un goût de plus en plus corsé.
Deuxième boisson la plus consommée au monde après l’eau, le café, dont on célèbre ce mercredi la journée internationale, n’échappe en effet pas à l’inflation. Vendu moulu, en grains, en dosettes ou en capsules, il fait même partie des produits dont le prix a le plus flambé ces dernières années. « Il y a toujours eu des hausses dans l’histoire du café mais cela durait généralement six mois ou un an maximum, analyse Loïc Marion, président du Collectif Café. Alors que là, les prix n’arrêtent pas de s’envoler depuis 2021. »
« On manque cruellement de café depuis 2021 »
A cette date, un kilo d’arabica standard se négociait entre 2 et 2,50 euros. Cinq ans plus tard, les cours mondiaux se sont envolés : le prix du kilo a triplé pour atteindre les 7 euros. Ce qui se répercute bien sûr dans les rayons mais aussi au comptoir, où le prix de l’espresso dépasse régulièrement les 2 euros. « Je n’en bois pas beaucoup et je préfère le consommer au bar mais c’est vrai qu’à ce prix-là, je comprends que certaines personnes préfèrent boire leur café chez eux », témoigne Houcine, installé sur une terrasse de la place Sainte-Anne, toujours à Rennes. A une table voisine, Oriane reconnaît d’ailleurs avoir réduit sa consommation de caféine car « ça devient très cher, surtout que je suis étudiante. »
Notre dossier sur le caféSi les prix atteignent des niveaux records partout sur la planète, c’est parce que « l’on manque cruellement de café depuis 2021 », souligne Loïc Marion, dont le collectif regroupe 180 adhérents, principalement des torréfacteurs. En cause, le changement climatique qui affecte de manière générale la production. En 2024, la sécheresse qui a frappé le Brésil et les typhons qui ont balayé le Vietnam, les deux principaux pays producteurs, ont encore fait plonger les stocks. Dans le même temps, la consommation mondiale ne cesse d’augmenter, notamment en Asie. « Les Chinois et les Indiens commencent à apprécier le café, donc cet écart entre l’offre et la demande fait mécaniquement augmenter les prix », indique le torréfacteur bordelais.
Pas de baisse des prix prévue en 2026
Mais jusqu’à quand les cours du grain vont-ils continuer de grimper ? Début juin, Giuseppe Lavazza, le patron du géant italien du café, prévoyait pour 2026 « une accalmie » du fait de très bonnes récoltes cette année. Mais pour Loïc Marion, le consommateur n’en verra pas encore la couleur. « On nous annonce une grosse production, mais les stocks sont tellement bas et la demande mondiale tellement forte que les prix ne devraient pas baisser l’an prochain, prévient-il. On devrait encore être sur une hausse même si elle ne devrait pas être forte. »
Selon lui, il faudra plutôt attendre « cinq ou dix ans » avant de revenir à des cours « plus raisonnables », avec une forte hausse de la production attendue en Chine.
Le café de spécialité gagne du terrain
En attendant, les clients vont donc continuer à payer au prix fort leur tasse. « De toute façon, tout a augmenté, que ce soit le café ou autre chose », s’emporte Myriam, qui compare désormais les prix au kilo entre les marques. « Mais je n’achète que de l’arabica, je n’ai pas envie de boire du jus de chaussettes », sourit-elle. Dans un marché très largement dominé par le café industriel en France, des artisans misent d’ailleurs sur la qualité avec leur café de spécialité, deux à trois fois plus cher qu’un café vendu dans le commerce mais bien plus savoureux et équitable. « La France a beaucoup de retard mais ça commence à se développer avec le boom des coffee-shops et le retour des torréfacteurs », se réjouit Loïc Marion.
S’il ne pèse que « 6 à 8 % » du marché français, le café de spécialité gagne chaque jour du terrain, et cette hausse des prix du grain ne semble pas freiner cet élan. « Il y a certes une baisse du pouvoir d’achat mais les Français veulent de plus en plus du bon café et ils sont prêts à mettre le prix », assure le torréfacteur. Un peu, finalement, comme la tendance du boire moins mais mieux pour le vin.



















