Thomas Savare et Jacky Lorenzetti, le 13 mars 2017
Thomas Savare et Jacky Lorenzetti, le 13 mars 2017 - THOMAS SAMSON / AFP

Ils avaient bien préparé leur coup. Après l’annonce surprise de la fusion du Stade Français et du Racing 92 lundi matin, les présidents des deux clubs, Thomas Savare et Jacky Lorenzetti, avaient réponse à tout dès l’après-midi en conférence de presse. Devant un très large parterre de médias, au moins autant intrigués que les joueurs et les supporters des deux clubs, ils ont défendu leur projet point par point. Et ils savent très bien qu’il faudra répéter les mêmes choses, encore et encore dans les prochaines semaines, pour convaincre leur monde.

La surprise… pour absolument tout le monde

«On a conscience d’avoir mis une bombe, a reconnu d’emblée Thomas Savare lors de la séance de questions-réponses qui a suivi la présentation du projet. On savait que ce serait surprenant, choquant. Je dois dire que moi-même j’ai mis du temps à me faire à l’idée. » De fait, c’est tout le rugby français qui est tombé des nues dans la matinée. Absolument rien n’a fuité avant la grande annonce, même pour les joueurs concernés. D’où la colère de certains, qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux.

« Les inquiétudes de tout le monde sont très compréhensibles, temporise Savare. Mais c’est encore tout frais, ce sont des paroles qui sortent sous l’effet de la colère. Il faut qu’ils comprennent bien de quoi on parle, qu’ils réfléchissent. Et puis ce sera à nous de travailler pour faire en sorte que les joueurs aient envie de rester dans cette aventure. » Il va tout de même falloir faire beaucoup de choix et laisser du monde de côté, avec 90 joueurs sous contrat et tous les postes administratifs doublés.

La genèse de cette improbable idée

Avoir l’idée de fusionner deux clubs historiques, à la rivalité certaine, qui jouent depuis des années sur l’animosité envers l’autre pour motiver joueurs et supporters, est tout de même gonflé. Et bien non, même pas, à écouter les deux présidents. C’est juste une évidence. Il fallait voir Jacky Lorenzetti lever les mains et regarder vers le ciel, assurant très sérieusement qu’ils avaient « eu comme une révélation qui est descendue, comme ça »… Véridique.

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« On cherchait une solution pour pérenniser nos clubs, continuer à grandir et à gagner, précise Thomas Savare. Dans un premier temps, on ne l’a pas vu parce qu’il y avait des écrans, comme cette rivalité historique. Ça nous a empêché de voir. Mais dès qu’on a été au-delà de ça, ça a été une évidence. Aujourd’hui, l’ambition est plus forte que la rivalité. » Points importants du projet, la détection et la formation des meilleurs jeunes de la région Ile-de-France, avec la fusion de deux écoles réunissant quelque 1.500 rugbymen en herbe, et le regroupement de top joueurs français dans une même équipe. Cela pourrait être à l'avenir « un bel atout pour le XV de France », estiment les présidents.

Comme un air de rachat du Stade Français

L’idée a vite affleuré ce matin. Les deux coachs de la future équipe francilienne ? Laurent Labit et Laurent Travers, ceux du Racing. Son centre d’entraînement ? Au Plessis-Robinson, celui du Racing (qui sera agrandi). Le stade où elle va évoluer ? La U Arena, la nouvelle enceinte du Racing qui sera prête en octobre prochain. D’où cette impression que le Stade Français allait abandonner beaucoup dans l’histoire. Voire disparaître, peut-être, à terme. Apparemment, on se trompe. « Ma priorité, c’était assurer l’avenir du Stade Français, conserver l’ADN de ce club dans le rugby français dans un modèle économique qui a du sens. Celui-là en a », justifie Savare, qui cherchait depuis quelque temps un repreneur pour son club.

Les joueurs du Racing prennent le dessus sur ceux du Stade Français
Les joueurs du Racing prennent le dessus sur ceux du Stade Français - MIGUEL MEDINA / AFP

Ce dernier assurera d’ailleurs la première présidence tournante du directoire de la nouvelle entité, avant de passer le témoin à Lorenzetti au bout de deux ans. « Si vous cherchez à nous faire dire que Racing a racheté le Stade Français, la réponse est non », appuie le chef d’entreprise suisse. L'équipe se partagera entre le stade Jean-Bouin et l'Arena de Nanterre, dès qu'elle sera livrée. Le logo du club, pas encore défini, respectera parfaitement l’équilibre, promis juré. Comme le maillot de l’équipe. Ça donne quoi des rayures sur du rose fluo ?

Des supporters à convaincre

Plus de 100 ans d’histoire à balayer, d’insultes à effacer, de derbys à éliminer. Rassembler des supporters de clubs rivaux ne sera pas une mince affaire. Les deux dirigeants savent que cela va prendre du temps, mais là encore l’optimisme est de mise. « On est tellement convaincu du bien-fondé de cette fusion que je n’ai pas de doute sur le fait qu’on va réussir à les emporter avec nous », est persuadé Thomas Savare, qui doit rencontrer ceux de son club dans les prochains jours. Jacky Lorenzetti, lui,doit parler avec les siens dès ce lundi soir. Vu les premières réactions de part et d’autre, on leur souhaite bien du courage.

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Et maintenant ?

Il reste évidemment beaucoup de détails à régler. L’inscription d’un nouveau club auprès de la Fédération (avec un nouveau numéro de licence, pas celui du Racing comme cela avait été évoqué), le budget (qui ne sera pas l’addition des deux), la situation des joueurs (dont certains penseraient à faire grève le week-end prochain) et celle des salariés, les règles de relégation dans le championnat en cours, etc. « Ça bouleverse beaucoup de choses, c’est sûr, admet Savare. C’est pour ça qu’on a voulu faire cette annonce le plus tôt possible, pour que les enjeux soient clairs pour tout le monde. » Ce lundi 13 mars 2017 marque un tournant pour le rugby français. Personne ne peut dire encore dans quel sens.

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