On balancerait son cercueil clouté au fond de l’Atlantique avec des boulets aux pieds qu’il trouverait le moyen de resurgir à la surface. Mathieu Valbuena nous fait le coup à chaque fois. On le vire par la porte d’entrée (du centre de formation de Bordeaux, de l’OM, de Russie), il revient par la fenêtre, et avec le sourire en plus. A Lyon, Genesio aurait fait rentrer un U13 manchot avant lui il y a encore dix jours. Désormais, c’est limite si le garçon n’est pas attendu comme le messie pour embraser le formidable outil contre Séville en Ligue des champions. Une victoire de plus contre les haters, nombreux depuis le début de la carrière de l’international français. Rewind.

Quand il se fait virer du centre de formation de Bordeaux

>> Pourquoi il est au fond du trou

Parce que ça veut dire la fin du rêve pro à 99,9 %. Repéré à 8 ans par les Girondins de Bordeaux, Valbuena apprend à 18 piges qu’il devra gagner sa croûte autrement. Décrite dans son autobiographie, la scène donne des envies de chialance.

« On me dégage. Point barre. Je craque. Dix ans de travail pour entendre ça. Je pleure comme un enfant. Je rentre à pied du centre de formation, ma solitude, mon amertume, ma douleur en bandoulière. D’un coup, Rio Mavuba débarque, il revient d’une séance avec les pros, il me regarde. Entre nous les mots sont inutiles. Je lui fais un 'non’de la tête, je n’ai pas la force de m’exprimer. Je tombe dans ses bras, on va aux toilettes, et je fonds en larmes. Tous ces efforts pour un refus. J’ai l’impression qu’on m’oblige à abandonner le football. »

>> Comment il réussit à s’en sortir

En ravalant sa fierté et en allant fait ses preuves en CFA 2, où son petit gabarit et ses plongeons appuyés ne lui valent pourtant pas que des caresses amicales sur la nuque. « Je n’ai pas vu quelqu’un de revanchard, se souvient Pierrick Landais, un de ses coéquipiers à Langon-Castets. l en voulait toujours plus aux entraînements. C’était dans ses attitudes, il voulait toujours prouver qu’il était meilleur, ça se voyait qu’il n’avait pas abandonné. « Il avait déjà cette force de caractère en lui, abonde Aymont, un équipier. J’ai croisé beaucoup de jeunes dans son cas, qui ne se sont pas relevés après avoir été jetés d’un centre de formation. Lui, il n’a pas lâché. »

Quand Deschamps n’en veut plus à l’OM

>> Pourquoi il est au fond du trou

Débarqué à l’OM pour peau de zob et dans une certaine indifférence, Valbuena a enfin réussi à percer en L1 grâce à Eric Gerets, qui le sort du placard pour un match mémorable à Liverpool. Sauf que Deschamps, le successeur du Belge, est moins friand des coups de pédales chaloupés de Petit Vélo, à qui il indique poliment la sortie.

Christophe Hutteau, son ancien agent, s’en émeut alors un peu partout. « Depuis le début, Didier Deschamps ne peut pas voir Mathieu, il faut le dire et appeler un chat, un chat. Pour quelles raisons, c’est toujours un mystère ». « Je préfère l’avertir que je ne lui certifie pas un temps de jeu pour éviter qu’il vienne me voir ensuite pour me demander pourquoi il ne joue pas », rétorque le futur sélectionneur. Jusqu’en décembre, Valbuena enchaîne les bancs de touche, et aucun club de Premier League ne se dévoue au mercato.

>> Comment il réussit à s’en sortir

En fermant son clapet pour se remettre au boulot après une discussion « virile mais correcte » à noël avec DD. Comme Ben Arfa, lui aussi au placard en première partie de saison, Valbuena profite des matchs de coupe pour se refaire la cerise et apprend à devenir décisif (six buts entre janvier et mai). Deschamps ne peut toujours pas le blairer, mais il finit par se résigner à la faire jouer tout le temps.

« La chose qui change un peu par rapport à avant, c’est qu’il est décisif par ses passes et ses buts. Je lui laisse une liberté sur le terrain et il fait bien les efforts sur le côté. Il a une bonne complicité technique avec les autres joueurs. Et sur l’attitude et le comportement, je n’ai jamais rien eu à lui reprocher hormis ses écarts de décembre. C’est un bosseur, il aime le foot et il travaille. Il a su me donner tort ».

Quand il s’exile en Russie faute de mieux

>> Pourquoi il est au fond du trou

Eté 2014. Valbuena est dans la forme de sa vie après une Coupe du monde réussie. Il a intégré l’écurie Bernès pour enfin accrocher un transfert dans un gros club européen. Bref, c’est le moment de conclure. Mais personne ne se mouille, même pas un club espagnol de seconde zone. Direction le Dynamo Moscou, qui a l’avantage de payer une blinde pour compenser tout le reste (La Russie, Poutine, le froid, le bœuf stroganov, l’éloignement). En bon commercial, le futur lyonnais essaie de vendre la moto.

« Oui, l’aspect financier est important, celui qui dit ne pas en tenir compte est un hypocrite. Mais l’argent ne fait pas tout. Je me suis renseigné sur le niveau de l’équipe, elle regorge de bons joueurs. Büttner arrive de Manchester, Jirkov ou Denisov sont internationaux, il y a Kuranyi en attaque ».

>>  Comment il réussit à s’en sortir

  • En vérifiant auprès de Deschamps que son exode romantique ne va pas plomber sa carrière internationale
  • En étant bon sur le terrain, déjà, un début. Valbuena termine meilleur passeur du championnat pour sa première saison et remporte le trophée honorifique de meilleur joueur du Dynamo, choisi par les supporters.
  • En donnant une interview toutes les deux semaines pour rappeler qu’il existe. L’Equipe, Stade 2, la presse régionale, France Foot, tout le monde a le droit d’aller faire sa photo avec le milieu de terrain en chapka sur la place Rouge. (Sauf 20 minutes, qui avait fait péter le budget ex-URSS pour les Jeux de Sotchi).

Quand il devient tricard à l’OL en six mois

>> Pourquoi il est au fond du trou

Bernès pense réaliser un coup de maître. Réussir à rapatrier son poulain après une petite année en Russie avec à la clé un salaire de ploutocrate moyen-oriental, c’était pas du tout cuit. Hélas, c’est le début de la catastrophe pour Valbuena. La sextape, bien sûr, mais aussi des difficultés d’adaptation au jeu lyonnais vite palpables, et des difficultés d’adaptation au vestiaire tout court, où son statut n’impressionne pas le gang des jeunes lyonnais. Nicolas Puydebois, l’ancien gardien de l’OL, raconte.

>> A lire aussi: Lyon-Guingamp: Mathieu Valbuena a vraiment la poisse, les supporters de l'OL sont sans pitié

« Il est arrivé avec sa renommée dans un club où on fait plutôt la part belle à la formation. Il a donc fallu du temps pour que l’intégration s’effectue dans les deux sens. On a voulu le faire jouer au poste de numéro 10 dans un 4-4-2, ce qui n’est à mon avis pas une bonne idée. Ses caractéristiques dans le jeu sont davantage compatibles avec le 4-3-3, dans lequel l’équipe est bien plus performante ».

>> Comment il réussit à s’en sortir (peut-être)

En profitant de la méforme persistante de Nabil Fékir et des choix tactiques de Genesio. Terminé le 3-5-2 qui ne lui laissait aucune place pour s’exprimer. Au revoir aussi Maxwell Cornet, loin de son niveau de l’année précédente. Souvent écarté en fin de saison dernière, encore blessé bêtement à l’automne, Valbuena s’est remis à l’endroit contre le PSG malgré la défaite (1-2). Deux buts en une semaine, contre un but en un an. Il n’y a pas photo. Puydebois again.

« On savait qu’il avait une grosse force de caractère donc je ne suis pas vraiment surpris de son renouveau actuel à Lyon. On le sent plus serein et mieux dans sa tête. Il a un vrai impact sur le jeu lyonnais. On retrouve ses qualités qu’on lui voyait surtout avec régularité en équipe de France. Il a aussi retrouvé la joie de faire les efforts et une certaine humilité selon moi. Même si j’ai trouvé les supporters lyonnais assez patients avec lui depuis plus d’un an, il a l’occasion face à Séville de vraiment se faire adopter ».