Coupe du monde 2014: Il y a dix ans ans, en CFA 2, quand Valbuena «faisait disjoncter ses coéquipiers»
FOOTBALL•Ses anciens coéquipiers du petit club de Langon, près de Bordeaux, racontent comment le milieu offensif de l’équipe de France a lancé sa carrière…Marc Nouaux
C’est là où tout a commencé pour Mathieu Valbuena. Il y a onze ans, à Langon, situé à une soixantaine de kilomètres de Bordeaux. En 2003, celui qui est aujourd’hui titulaire avec l’équipe de France en Coupe du monde était éjecté aux portes du monde pro par les Girondins en raison de sa petite taille (1,67 m). Pour se relancer, il a filé à Langon-Castets, alors en CFA 2.
«On avait l’habitude de récupérer des jeunes qui ne passaient pas pro à Bordeaux, explique Jean-Pierre Léglise, qui était l’entraîneur du club amateur. Mathieu, je l’avais déjà vu avec les 19 ans. Jean-Louis Garcia [ancien coach de Lens et Angers, alors entraîneur de la réserve des Girondins] m’a dit que je pouvais y aller les yeux fermés. On sait que Bordeaux ne l’a pas gardé à cause de sa taille. Les dirigeants disaient que pour garder quelqu’un d’aussi petit, il fallait qu’il soit vraiment au dessus et ils considéraient qu’il ne l’était pas. Bon, ils se sont trompés.»
«Il avait déjà une tendance à plonger»
L’histoire, on la connaît. Les Girondins ont laissé filer une pépite qui a su faire le dos rond en CFA 2 avant de se faire repérer par Libourne, en national, puis de basculer chez les pros à Marseille, trois ans plus tard. «Je n’ai pas vu quelqu’un de revanchard, se souvient Pierrick Landais, un de ses coéquipiers à Langon. Il en voulait toujours plus aux entraînements, avant ou après mais il ne parlait pas de passer pro à tout prix. C’était dans ses attitudes, il voulait toujours prouver qu’il était meilleur, ça se voyait qu’il n’avait pas abandonné.»
Au-dessus du lot lors de sa saison en CFA 2, Valbuena affichait déjà les mêmes qualités qu’aujourd’hui mais aussi les mêmes défauts. «Il plongeait déjà même quand on ne le touchait pas, sourit Léglise. Je lui disais de se calmer un peu car parfois, à l’extérieur, il était la tête de turc du public.» «Même à l’entraînement, des fois, il nous faisait disjoncter mais on l’excusait car il était au-dessus, insiste Stéphane Aymont, qui était le capitaine de l’équipe. Il avait déjà une attitude arrogante, il fallait le protéger car il s’attirait les foudres du public et les adversaires devenaient plus rugueux.» «Je me souviens d’un match à Blagnac, ils l’ont insulté toute la partie et se moquaient de sa taille, se souvient encore Landais. Eh bien, il n’a rien répondu et leur a mis la musique tout le match et il nous a fait gagner.»
«On lui donnait des sous pour qu’il aille faire le plein de sa 106»
Certes provocateur sur le terrain, Valbuena était apprécié de ses coéquipiers cette année-là. «Avec lui, tu pouvais voyager, rend hommage Leglise. Il a énormément de mental, c’est un gars de challenge, il ne lâche rien. On ne lui a fait aucun cadeau.» «Il avait déjà cette force de caractère en lui, abonde Aymont. J’ai croisé beaucoup de jeunes dans son cas, qui ne se sont pas relevés après avoir été jetés d’un centre de formation. Lui, il n’a pas lâché.»
Sa persévérance était telle qu’il n’hésitait pas à demander à ses coéquipiers un peu d’argent pour faire son plein d’essence. «Quand il arrivait au stade avec sa 106, c’était toujours la même chanson, se marre Landais. "Comment je vais faire pour rentrer à Bordeaux, je n’ai plus d’essence…" Donc on lui donnait toujours un peu de sous pour qu’il aille faire son plein. La 106 de Valbuena, on s’en souvient tous.» Un problème que le numéro 8 des Bleus ne devrait plus rencontrer de sitôt.


















