Ludovic Obraniak en juin 2009 au moment de sa première sélection avec la Pologne, le
Ludovic Obraniak en juin 2009 au moment de sa première sélection avec la Pologne, le - EAST NEWS/SIPA

Alexandre Pedro à Gdansk

De notre envoyé spécial à Gdansk

Vendredi, à l’heure de fredonner timidement la Marche de Dabrowski, l’hymne national polonais, Ludovic Obraniak risque d’avoir le cœur serré en pensant à Zygmunt, ce grand-père «qui ne parlait jamais de son pays» et à qui il a souhaité rendre hommage en choisissant en 2009 de défendre les couleurs de la Pologne. L’histoire est belle. Mais pas de quoi faire décrocher une larme aux supporters croisés dans les rues de Gdansk. «Obraniak est un bon, mais s’il a choisi la Pologne, c’est parce qu’il n’était pas sélectionné avec la France», tranche Jakov, qui reconnaît au moins au milieu de terrain et à Damien Perquis (l’autre «francuzi» de la sélection) «d’essayer de chanter notre hymne».

Tolérés plus qu’acceptés ou aimés, les deux Français s’apprêtent à disputer un Euro pour un pays dont ils ignoraient tout, à part deux, trois recettes de cuisine. Forcément, leur naturalisation express froisse l’orgueil nationaliste de certains. Gardien de la grande Pologne des années 70, Jan Tomaszewski avait dressé le portrait suivant de Perquis: «Une ordure française qui n’a pas réussi chez elle». Dominik, un supporter polonais, résume le sentiment national: «Une moitié de la Pologne est contre, l’autre s’en fout et l’accepte.»

«Obraniak ne remettra jamais les pieds ici»

Avec son maillot de Robert Lewandowski sur le dos, Martin appartient à une troisième catégorie: celles des pragmatiques. «Ils ne parlent peut-être pas polonais, mais ce n’est pas ce qu’on leur demande. Moi, je trouve qu’ils apportent à notre sélection.» N’en déplaise à Jan Tomaszewski, l’aigle blanc polonais ne vole plus très haut depuis le milieu des années 80. «On n’est pas le seul pays à faire évoluer des étrangers dans notre équipe, note Jakov. Podolski et Klose sont bien Polonais et jouent pour l’Allemagne.» Sauf que les deux attaquants de la Mannschaft vivent depuis plus de 20 ans dans le pays de leur sélection.

Ludovic Obraniak a beau «se sentir polonais», David doute de le voir un jour installer sa petite famille en Silésie ou en Poméranie. «J’aimerais bien qu’il signe pour mon club, le Legia Varsovie. Mais je suis persuadé qu’une fois sa carrière internationale terminée, il ne remettra jamais les pieds ici.» Il va falloir plus qu’un passeport et le souvenir d’un grand-père au Bordelais et à Damien Perquis pour être acceptés pleinement au pays des Boniek et Lato. Une victoire contre la Grèce vendredi serait juste un bon début.