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Christophe Uldry: «On ne va pas lâcher l'affaire»

Christophe Uldry: «On ne va pas lâcher l'affaire»

INTERVIEWA l'annonce du décret de dissolution, le porte-parole de l'association de supporters Supras Auteuil ne compte pas en rester là...
Propos recueillis par Matthieu Payen

Propos recueillis par Matthieu Payen

L’opération transparence entamée il y a une semaine n’a pas suffi. Pas plus que les arguments avancés mardi par les avocats des associations de supporters devant la Commission nationale consultative de prévention lors des manifestations sportives. Le gouvernement a bien confirmé la dissolution de sept groupes de supporters. Parmi eux, trois siègent dans la tribune Auteuil. Les Supras, les Authentiks et la Grinta sont accusées d’avoir participé aux incidents en marge de PSG-OM le 28 février ayant entraîné le décès d’un supporter parisien. Mais Christophe Uldry, le porte-parole des Supras, ne voit pas les choses de cet œil.

Le gouvernement vient de publier un décret de dissolution à l’encontre notamment de votre association. Vous attendiez-vous à une telle mesure?

Oui, on est dans la chronique d’une dissolution annoncée. Juste après les événements du 28 février, en marge de PSG-OM, Brice Hortefeux s’est empressé d’annoncer la dissolution. Pour lui, c’est la solution pour lutter contre les violences dans les stades, alors qu’il ne connaît pas le fond du dossier. Avec ce décret de dissolution, il va au bout de sa logique.

Un homme a été tué. Il est normal de prendre des mesures, non?

Oui, c’est clair qu’il faut faire quelque chose. On ne doit pas mourir en allant voir un match de football, qu’on soit de Boulogne ou d’Auteuil. Moi, je suis père de famille et je rêve de pouvoir aller au stade avec mes enfants. Mais le problème n’est pas au niveau législatif. Il y a déjà suffisamment de lois en France, mais désormais il faudrait les appliquer. Quand vous voyez lors de PSG-OM, 300 mecs de Boulogne venir bastonner, ratonner devant le virage Auteuil sous les yeux de la police et qu’il n’y a aucune interpellation, ce n’est pas normal. Ces mecs-là ont un fort sentiment d’impunité.

Justement, la dissolution ne peut-elle être une solution contre ces violences?

Je suis pour la dissolution si l’association ne prône que la violence, mais, pour notre part, on est loin de tout ça. D’une manière générale, les dissolutions, la nôtre comme celle des Boys en 2008, sont contreproductives. En Belgique ou en Allemagne, il y a les «Fan project» ou «Fan coaching» qui encadrent l’action des associations de supporters et les amènent à avoir une action plus positive.

Mardi, vous passiez devant la Commission nationale consultative de prévention lors des manifestations sportives. Ça s’est mal passé?

Pas du tout. Nous avons présenté l’objet de l’association, le côté animation des stades et caritatif. On a senti les membres de la commission attentifs. D’ailleurs, dans le décret de dissolution, l’avis de la commission n’est pas mentionné. Ça me fait dire que la décision politique de Brice Hortefeux ne tient pas au niveau juridique.

Pourtant, le précédent des Boulogne Boys ne pousse pas à l’optimisme…

On n’a pas le passif des Boys. Et puis, lors de la dissolution de leur association, le trait commun des griefs retenus était qu’elle avait mis des moyens à disposition de ses membres. Elle avait fourni la peinture et son local pour la banderole anti-ch’tis. Elle avait affrété des bus pour aller à Marseille quand les chauffeurs avaient été victimes d’insultes racistes. Dans notre dossier, ça n’existe pas. Par exemple, on nous accuse de jets de pierre contre les forces de l’ordre. On le conteste, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’y a pas de moyens matériels mis à disposition.

Du coup, quel recours vous reste-t-il?

Il va y avoir un référé en urgence pour suspendre la dissolution. Et ensuite, il y aura un référé sur le fond devant le Conseil d’Etat. Ça pourrait aboutir en deux-trois mois, mais si la décision est défavorable au gouvernement, il y a des chances qu’il fasse traîner la procédure.

Et qu’allez-vous faire d’ici à la fin de la saison?

On ne va pas lâcher l’affaire. On continuera à aller au stade. D’ailleurs, nous irons comme annoncé au Stade de France pour la finale de Coupe de France, le 1er mai. On appelle ce jour-là à un rassemblement devant la basilique Saint-Denis à 17h pour dénoncer le climat raciste qui plane autour du club et la mauvaise action du gouvernement. Ensuite, on a défini un parcours de cortège pour nous rendre au stade. On le transmettra à la préfecture . On veut jouer franc jeu.