Paris 2024: On va pouvoir se baigner dans la Seine, vraiment ?

SANTÉ PUBLIQUE Si la capitale française obtient l'organisation des Jeux, des épreuves sont prévues dans la Seine intra-muros... 

Nicolas Camus

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La Seine et Paris vus depuis le 3e étage de la Tour Eiffel.

La Seine et Paris vus depuis le 3e étage de la Tour Eiffel. — FRANCK FIFE / AFP

  • Le départ du triathlon et l'épreuve de nage en eau libre auront lieu dans la Seine si Paris est désignée pour organiser les JO de 2024
  • La qualité de l'eau du fleuve est un sujet sur lequel s'est engagée la maire de Paris, Anne Hidalgo
  • Au-delà de cette échéance, l'objectif est de réouvrir le fleuve à la baignade publique, interdite depuis 1923.

La question a à peine été soulevée lors de la visite de la commission d’évaluation du CIO, en début de semaine, perdue au milieu des mille et un détails techniques abordés. Et pourtant, c’est l’une des promesses fortes de Paris pour l’organisation des JO 2024. Si la capitale française est l’heureuse élue, le 10 km en eau libre et le départ du triathlon auront lieu dans la Seine, au pied de la Tour Eiffel.

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Quoi, des gens vont nager dans la Seine ? Et oui… La maire de Paris Anne Hidalgo en a fait un engagement personnel. Entamé depuis plusieurs années, le chantier a trouvé du souffle avec la candidature aux Jeux. Il n’y a pas mieux qu’une telle perspective pour mettre tout le monde autour de la table et avancer. « C’est un rêve, quelque chose que l’on porte depuis longtemps. Avec les JO, ça va être possible ! C’est un accélérateur extraordinaire en matière d’environnement », s’est réjoui l’édile devant la presse, lundi.

En fait, l’enjeu se situe au-delà des Jeux. Que les compétitions olympiques puissent s’y tenir, ça ne fait pas trop de doutes. « On l’a évoqué avec la commission, et on est très confiants sur le fait pour pouvoir proposer cette solution », confie le DG de la candidature, Etienne Thobois. Entre les progrès déjà réalisés et la marge de manœuvre que représentent les sept années à venir, la Seine sera sûrement dans un bien meilleur état que les eaux de la baie de Rio, 1,9 million de fois trop polluées l’été dernier selon une étude scientifique.

L’ambition de la mairie de Paris est bien plus grande. Elle veut que la baignade soit ouverte à tous dans Paris intra-muros dans la foulée des Jeux. Et entre faire nager un sportif de haut niveau en combinaison et un enfant en slip de bain, il y a une marge en matière de normes sanitaires. Pour l’instant, les mesures sur les deux bactéries de référence, l’Escherichia coli et les entérocoques, ne sont pas satisfaisantes et les risques de gastro-entérites, d’infections ORL et de maladies bactériennes sont donc élevés, selon l’Agence régionale de la santé.

Pour réfléchir à des solutions, un « comité Seine » a été créé l’an dernier, regroupant la Ville de Paris, le département du Val-de-Marne (car en amont du fleuve), le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap) et l’Etat. Quatre sources principales de pollution ont été détectées :

  • De mauvais branchements dans le Val-de-Marne, où les eaux usées de lotissements et d’usines partent directement dans la Seine.
  • Les bateaux logements, qui n’ont pas de système d’évacuation.
  • Le filtrage des stations d’épuration à Evry et Valenton, un peu en amont de Paris. L’eau qui sort des usines n’est pas encore assez propre.
  • En cas de fortes pluies, les égouts débordent et se déversent directement dans la Seine.

A partir de ces observations, un grand plan d’investissement va être mis en place, nous indique la mairie de Paris. « Il y a différents projets budgétés », sait Jérôme Lachaze, le « monsieur développement durable » de Paris 2024. Aucun chiffre à donner encore, tout sera dévoilé en septembre ou octobre prochain.

« Ce que l’on veut, c’est la sécurité sanitaire au sens large, assure-t-on au service environnement de la Ville. Ce n’est pas uniquement pour que les Parisiens puissent se baigner ou qu’on puisse recevoir les JO. On va le faire pour les Jeux, mais le but est pour les Parisiens dans leur vie quotidienne. »

Le triathlon de Paris, en 2011, était parti du pont d'Iena, à côté de la Tour Eiffel.
Le triathlon de Paris, en 2011, était parti du pont d'Iena, à côté de la Tour Eiffel. - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Et voilà comment le projet rentre parfaitement dans la fameuse notion « d’héritage », pilier de la candidature de Paris. « Grâce à ce travail, on avait des éléments pour rassurer la commission d’évaluation », explique Jérôme Lachaze. Car les études menées ont aussi permis de voir que la situation s’améliorait depuis quelques années.

« En quinze ans, les teneurs en Escherichia coli et entérocoques ont été divisées par deux en amont de Paris et par dix en aval », assurait la semaine passéedans Le Monde Vincent Rocher, responsable du service d’expertise et prospectives du Siaap.

La vieille promesse de Jacques Chirac…

« On constate déjà le retour d’un certain nombre d’espèces de poissons dans la Seine, par exemple le saumon », illustre Etienne Thobois. Il y en a vingt-quatre, exactement, soit deux fois plus qu’en 1990. Autres signes, l’organisation cet été de deux courses, l’Open Swim Stars (17-18 juin) et le triathlon de Paris (2 juillet) dans le canal de l’Ourcq, et l’ouverture au public du bassin de La Villette.

Un premier pas vers un retour des Parisiens dans la Seine, avec quatre ou cinq zones de baignade dans Paris et autant dans la région. « L’idée est d’être prêt pour 2023, pour les test events des Jeux », glisse-t-on à la mairie. Si le plan se déroule sans accroc, on pourra alors se rappeler en souriant de la vieille promesse de Jacques Chirac, qui en 1988 avait dit qu’il se baignerait dans la Seine dans les cinq ans. C’était presque ça.