«Incompétence», coup de Trafalgar, calendrier... Pourquoi l'arrêté anti-MMA secoue la France du sport

ARTS MARTIAUX MIXTES Un arrêté ministériel a interdit pour la première fois l'organisation de compétitions de MMA sur le sol français...

William Pereira

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La méga star du MMA mondial, Conor McGregor

La méga star du MMA mondial, Conor McGregor — Steve Marcus / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

« On se dirigeait vers une ouverture à moyen terme. » Comme tous les acteurs majeurs du MMA (Mixed Martial Arts ou Arts Martiaux Mixtes) français, le président de la commission de ce sport, Bertrand Amoussou, est amer. Alors que la France du MMA attendait avec impatience rapport parlementaire sur la pratique des Arts Martiaux Mixtes (qui sera rendu ce mardi), un arrêté ministériel publié dans le journal officiel du 23 octobre est venu gâcher la fête avant l’heure.

Que dit cet arrêté ?

Il « redéfinit les règles techniques et de sécurité applicables aux manifestations publiques de sports de combat ». Si le MMA n’est jamais nommé, il est clairement visé par deux points précis :

  • « Les coups de poing, coups de pied, coups de coudes et coups de genoux visant un combattant au sol sont interdits. »
  • « Les combats se déroulent sur un tapis ou sur un ring à 3 ou 4 cordes. Les coins du ring sont protégés par les protections usuelles. »

Autrement dit, l’interdiction des compétitions de MMA est désormais inscrite dans la loi, puisque les combats se déroulent dans une cage appelée l’Octogone et font souvent appels aux coups au sol. « Jusqu’ici, aucun texte de loi ne les interdisait. Les autorités contraient toujours ces initiatives par des arrêtés préfectoraux » nous explique Cyrille Diabaté (Snake Team), ancien combattant professionnel.

Un timing douteux

Plus que la décision en soi, c’est le timing et la source dont émane la décision qui interpellent. Le secrétaire d’Etat aux sports Thierry Braillard, le même qui avait commandé la mission parlementaire le 14 avril 2016, décide, d’un claquement de doigs, d’annihiler le travail du sénateur Jacques Grosperrin (LR) et du député Patrick Vignal (PS) deux semaines avant la remise du rapport.

« Vignal ne comprend pas. Le 5 octobre, il a rencontré Braillard à l’Assemblée, et ce dernier ne lui a rien dit sur le MMA. Il y a eu 150 heures d’audition parlementaire… », regrette Bertrand Amoussou. Une source proche du député PS va dans le même sens :

« Le décret ministériel n’est pas respectueux du travail effectué par les parlementaires. »

Un coup de Trafalgar par crainte de voir le MMA être légalisé…

Bertrand Amoussou a une théorie quant à cette décision prise par Thierry Braillard. « Soit c’est de l’incompétence, soit c’est un coup du style " j’interdis parce que je ne veux pas que ça arrive [la légalisation du MMA] ", compte tenu du fait que la mission parlementaire faisait pas mal de bruit et qu’elle n’allait pas forcément dans le sens voulu. »

Autrement dit, la position de Jacques Grosperrin et Patrick Vignal, favorables à une ouverture vers le MMA n’aurait pas satisfait le secrétaire d’Etat aux Sports et aurait motivé ce dernier à monter un coup de Trafalgar. Bienvenue dans House of Cards.

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…ou une simple affaire d’honneur ?

Pour Fernand Lopez, que l’on pourrait qualifier de José Mourinho du MMA en France, c’est beaucoup plus simple. « C’est une affaire de posture qui remonte à l’événement du cirque d’hiver », où avait été organisée une compétition d’Arts Martiaux Mixtes contre laquelle Braillard s’était opposé et qui s’était finalement déroulée sans incidents il y a un an.

« la mission du ministère, c’est quoi ? Sauver la face du ministre (sic) car il s’est senti honteux de ne pas avoir réussi à faire annuler l’événement parce qu’on avait prouvé par A + B que le MMA n’était pas interdit en France », poursuit Lopez. Et d’enchaîner.

« A partir de là, Thierry Braillard a ordonné à ses équipes de trouver un moyen d’interdire les événements MMA. »

Et si tout n'était qu'une histoire de calendrier?

Du côté du ministère, l'explication est ailleurs. Le 24 juin 2016, un nouveau décret est paru afin de remettre à jour le vieillissant régime encadrant les manifestations publiques de sports de combat. Ce dernier devait être complété par le fameux arrêté avant le 1er novembre, date de son entrée en vigueur. Au moment où le decret est paru, il était prévu que la mission parlementaire de messieurs Vignal et Grosperrin soit bouclée au mois de septembre pour éviter d'entrer en collision avec la remise du rapport, nous dit-on. Raté.

« On ne va pas laisser ça comme ça »

La seule chose qui est sûre dans cette histoire, c’est que le clan pro-Arts Martiaux Mixtes n’en restera probablement pas là. « Il ne faut pas prendre le risque de réagir à chaud, d’autant que l’on risque de changer de gouvernement dans plusieurs mois. Pour le moment, on s’interroge sur la meilleure stratégie à adopter », calme Bertrand Amoussou. « Mais oui, c’est sûr, on ne va pas laisser ça comme ça. »

 

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