Zlatan Ibrahimovic, l'attaquant du PSG, au pied des banderoles déployées par les supporters de Saint-Etienne, le 31 janvier 2016.
Zlatan Ibrahimovic, l'attaquant du PSG, au pied des banderoles déployées par les supporters de Saint-Etienne, le 31 janvier 2016. - PHILIPPE DESMAZES / AFP

Guillaume Larrivé n’est pas forcément l’homme politique qu’on voyait le plus dans les tribunes de stades de foot ces dernières années. Pourtant, le député Les Républicains de l’Yonne a eu les honneurs des banderoles des supporters de Saint-Etienne, dimanche dernier, pendant la rencontre contre le PSG (0-2). « Pas de libertés, pas de dialogue, plus de juge indépendant : C’est Larrivé de la dictature », voilà le message public déployé dans le dos de Kevin Trapp.

 

« No problem. Je suis totalement ouvert à la discussion. Oui à la démocratie, non à la dictature », s'amuse l'élu. Qu’est-ce qui lui vaut les « honneurs » des ultras de Ligue 1 ? Sa proposition de loi « renforçant la lutte contre le hooliganisme », adoptée à l'unanimité le 27 janvier dernier en Commission des Lois, et qui sera examinée en séance publique jeudi à l’Assemblée nationale. Dans le viseur des ultras, deux mesures phares. D’abord, la possibilité pour les clubs de ficher les perturbateurs/indésirables, « dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État pris après avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés ». Ainsi que le droit de refuser de vendre des places ou des abonnements « aux personnes qui, en raison de leur comportement, ont porté atteinte ou portent atteinte aux dispositions prises par les organisateurs pour assurer le bon déroulement ou la sécurité de ces manifestations ».

Un projet qui fait bondir dans les tribunes, et pas vraiment de joie. Il rappelle en effet beaucoup trop aux ultras le fameux « fichier STADE », retoqué à l’époque par la CNIL et le Conseil d’Etat. « Il y a déjà des systèmes qui permettent de ficher d’une part les interdits de stade et d’autre part les gens qui ne respectent pas les conditions générales de vente ou les règlements intérieurs des stades, répond Me Pierre Barthélemy, avocat d’associations de supporters opposées à ce texte. Ce qu’on ajoute, en matière de fichage, c’est quelque chose qui, à mon sens, est contraire aux directives européennes. Ça donnerait à des sociétés commerciales non-contrôlées un moyen de ficher pour des raisons très obscures ». « Précisément, on crée le cadre juridique », ajoute Guillaume Larrivé.

 

Pourquoi durcir une législation que certains estiment déjà performante ? Parce qu’on « assiste depuis quelques mois à une recrudescence d’actes de violence pas acceptable alors que la France va accueillir l’Euro et qu’on doit se montrer exemplaire », soutenait-il lors de la présentation de son texte à la Commission des Lois, fin janvier. A cet égard, certains ont pris un peu d’avance, comme à Lens, où un groupe de supporters a été interdit d’entrée dans l’enceinte artésienne mardi dernier après les incidents survenus au Havre le week-end précédent.

« L’indignation, pour ne pas dire la nausée »

En attendant le vote, le projet de loi suscite « l’indignation, pour ne pas dire la nausée » de l’Association Nationale des Supporters (ANS). Elle regrette notamment le manque de concertation dans ce dossier. Guillaume Larrivé répond qu'il a travaillé depuis plusieurs mois avec la LFP, le ministère des Sports et celui de l'Intérieur. Et que sa proposition de loi « est aussi pro-supporter », grâce à la désignation d'un référent pour le dialogue avec les supporters et la création d'une instance de concertation. « Moi aussi je suis supporter, de l'AJA, reprend le député. On est tout aussi représentatif, nous députés. Ce n'est pas une association dans son coin qui peut prétendre avoir le monopole de la représentation ».

La loi peut-elle vraiment apaiser les tribunes de Ligue 1? « Si les supporters viennent quand même, il peut y avoir des problèmes d’ordre public dans l’application de ces mesures. On a déjà des outils qui vont plus loin que dans certains pays qui sont confrontés, pour leur part, à des vrais problèmes de supportérisme », reprend Pierre Barthélemy. « On a le droit à ce que les policiers soient mobilisés à autre chose, il faut être responsable. Oui à l'expression libre des supporters, avec tout ce que ça implique comme passion. Mais non aux débordements », répond Guillaume Larrivé. Même une petite banderole de temps en temps?

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