VI Nations: Les Anglais sont-ils des joueurs toujours aussi détestables?
XV de France•Les Bleus retrouvent leurs meilleurs ennemis samedi à Twickenham pour la dernière journée du tournoi…Julien Laloye
Le dialogue sent bon le crunch vrai, celui des années 80, quand tous les coups étaient permis, surtout les plus bas, en dessous de la ceinture ou des sourcils. A ma gauche, Will Carling, le Carling du «Sorry, good game», à ma droite, Brian Moore, dit le pitbull, un pilier à l’ancienne qui savait mordre les mollets. Les deux potes de baston échangent sur l’Angleterre-France de samedi sur Twitter, Moore le premier: «Encore trois jours avant le match, je ne joue même plus et pourtant je suis tout excité rien que d’y penser». Réponse de Will: «Le Crunch a perdu de son intensité, de sa splendeur et même de sa violence occasionnelle des années 90. C’est une bonne nouvelle ou c’est dommage?»
« There's still three days before the England v France game, I'm not even playing and I can feel myself still getting wound up. — Brian Moore (@brianmoore666) March 18, 2015 »
Allons donc, c’en serait fini de ces bandits anglais et de leurs charges crampons en avant, loin du ballon ou près de Serge Blanco? «Je sais que vous aimez cette image de vilains, mais l’Angleterre ce n’est pas ça, sourit Richard Pool-Jones, l’ancien troisième ligne du Stade Français. Non seulement, les Anglais sont toujours des gens bien, mais en plus ils ont ajouté aux "qualités" qu’on veut bien leur prêter, une ligne de trois-quarts créative, capable d’exploits techniques». Bien élevés et talentueux en plus, c’en est trop. Même les mots d’avant-match, autrefois savoureux – Carling et ses causeries sur Azincourt, ça devait valoir le détour - ont perdu de leur fiel.
Tout a changé depuis cette troisième mi-temps de 95, dans un petit bar de Pretoria. «On s'est découvert avec les Anglais ce jour-là, on a fumé le calumet de la paix, a un jour confié Saint-André. Depuis, je suis resté en bons termes avec eux». Devenu sélectionneur, PSA n’a jamais été pris en flagrant délit d’anglophobie. Tout juste a-t-il déplacé la rivalité sur le terrain de l’économie entre une fédération «qui a fait de l’équipe nationale une priorité depuis six/sept ans» et l’autre qui surfe «sur la force économique du Top 14», avec un brin de jalousie dans le constat. Non seulement, la perfide Albion ne forme plus de mauvais garçons, mais en plus, elle en fait des bons joueurs de rugby, une nouveauté.
«J'ai bien compris qu'en France tout le monde déteste les Anglais, plaisante Flood, mais c’est une super équipe. Les joueurs se sentent libres de jouer comme ils le souhaitent et ils sont en confiance.» Un peu tout le contraire des Bleus, quoi, et l’ouvreur toulousain sait de quoi il parle depuis qu’il a vu les arrières de Bath sauter à pieds joints sur la cage thoracique de la défense stadiste en Coupe d’Europe. «Mais rassurez-vous, ce n’est pas parce qu’on a trouvé des joueurs excitants qu’on a oublié la dimension physique, ajoute Pool-Jones. Courtney Lawes, par exemple, est un peu dans la continuité des vilains anglais». Nous voilà soulagés, en effet. C’était déjà assez difficile comme ça de traverser tête haute une année de bicentenaire de la bataille de Waterloo.


















