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Martin Fourcade: «C’est peut-être lâche, mais en tant que sportif, il faut rester à sa place»
INTERVIEW – Le vainqueur français de la Coupe du monde aborde cette saison olympique avec appétit…Propos recueillis par Romain Scotto
Après un été de travail intense, parfois en skis à roulettes, Martin Fourcade retrouvera le chemin de la Coupe du monde dimanche, à Östersund, en Suède. La première course d’un hiver dont le sommet est attendu au mois de février lors des JO de Sotchi. L’objectif prioritaire de la saison du Français…
Lors d’une année olympique, la Coupe du monde reste-t-elle un objectif prioritaire?
L’objectif, c’est Sotchi. Sachant que je ne me vois pas arriver sur la Coupe du monde sans avoir emmagasiné un maximum de confiance avant. J’ai envie d’arriver en Russie sûr de mes forces. La Coupe du monde fait partie de ma préparation. Elle ne sera pas tronquée notamment pour bénéficier de bons dossards à Sotchi.
Il y a beaucoup d’attente autour de vous. Comment vous protégez-vous?
Non. J’aime bien lire les journaux, les sites et les forums. Je pousse le vice un peu loin. J’ai du recul par rapport à ça. Ça me fait rire ou ça me fait de la peine, mais cela me permet d’avoir un regard extérieur sur ce que je fais. Si c’est une critique fondée, elle me permet de progresser. Je ne vois pas de raison de me couper des informations. Sinon, j’ai des sponsors compréhensifs qui savent qu’il faut me demander le moins de choses possible avant les JO. Ils vont dans mon sens. Je n’ai eu qu’un événement prévu avec Rossignol jusqu’aux Jeux.
Sur quoi avez-vous insisté lors de vos entraînements?
J’ai beaucoup bossé sur le tir. La vitesse au tir couché est mon point faible. Je tire en 35 secondes en moyenne contre 25 pour les meilleurs. Je perds 10 secondes par tir. Je sais qu’en travaillant je peux descendre à 30 secondes. J’essaye de garder mon point fort qui est la vitesse en ski.
Avez-vous chiffre vos objectifs à Sotchi en termes de médailles?
Je vais à Sotchi pour ramener un titre olympique. Si j’obtiens ce sésame, je rêverai de plus. Mais je serai déjà très heureux avec ça. Statistiquement c’est sur la poursuite que j’ai le plus de chance. Mais j’ai eu la chance de pouvoir me diversifier. L’an dernier je gagne cinq globes. Donc je peux en gagner dans toutes les disciplines.
Quelle saveur aurait une médaille en relais?
Je ne vais pas mentir. Je fais un sport individuel à la base. Quand je me lève tous les matins pour aller à l’entraînement, c’est avant tout pour moi que je le fais. Je rêve d’être champion olympique en individuel. Parce que j’ai choisi un sport individuel. Sinon j’aurais choisi le handball. Par contre, on a la chance d’avoir une équipe géniale, dont mon frère. Le titre olympique en relais est aussi un rêve même si ce ne sont pas les mêmes saveurs. Il y a une joie personnelle ou une effervescence collective.
Consentez-vous plus de sacrifices sur une saison olympique?
Non, j’ai fait sensiblement la même chose cette année que l’an dernier. J’ai juste plus de sollicitations donc moins de temps de récupération. J’ai eu moins de vacances. Il y a des choses que j’ai faites l’an dernier que je ne ferai pas cette année. Je ne me serai jamais permis d’assister aux Jeux de Londres ou aller à Durban pour soutenir la candidature d’Annecy.
Le contexte politique des Jeux en Russie vous touche-t-il? Certains militent pour un boycott en raison des lois homophobes…
C’est peut-être lâche, mais je pense qu’il faut rester à sa place. Après, je ne pense pas qu’embrasser mon voisin sur le podium va changer grand-chose. Je vais à Sotchi pour être champion olympique, pas pour faire appliquer les droits de l’homme. Je n’ai pas le pouvoir de changer le monde.
Vous attendez-vous à des surprises chez vos adversaires cette année?
On est une quinzaine d’athlètes à pouvoir gagner des titres olympique sans surprise. Les plus féroces seront Svendsen, Boe, les Russes. Il peut y avoir une ou deux révélations. Mais je peux vous citer les 20 noms parmi lesquels il y aura les champions olympiques.
Quel est l’exemple à suivre pour être champion olympique?
Tony Estanguet (canoë) qui arrive aux Jeux en étant content d’y être et qui repart avec le titre olympique. Si j’arrive dans cet état d’esprit, je serai dans de bonnes dispositions. On ne sera pas loin du compte au niveau du résultat. De Vancouver, j’ai retenu deux choses. Je sais ce que sont les JO. Je n’ai pas senti quelque chose diamétralement opposé de ce que je vis en Coupe du monde. Puis il y a eu une spirale négative de laquelle je suis sorti. J’ai eu un déclic sur une course pour gagner une médaille d’argent individuelle. J’étais heureux d’être là.



















