Le consultant Canal+ Pierre Ménès, le 22 mai 2011 sur le plateau du Canal Football Club.
Le consultant Canal+ Pierre Ménès, le 22 mai 2011 sur le plateau du Canal Football Club. - FRANCK FIFE / AFP

Mis en cause par Patrice Evra dans son interview à TF1, dimanche, le consultant Canal+ n’apprécie pas particulièrement l’échange d’amabilités auquel le contraint le latéral gauche des Bleus. Mais il ne peut pas «rester les bras croisés». L’occasion de préciser sa conception du métier de consultant. Et qu’il est bien capable de faire huit jongles si on lui donne un ballon…

N’avez-vous pas l’impression que les joueurs acceptent de moins en moins d’être jugés?

Non je n’ai pas l’impression, d’autant moins que les prestations sont visibles de tous. Tous les matchs sont télévisés, regardés par des millions de gens. Quand j’ai commencé ma carrière, on suivait des matchs que personne ne regardait. Il n’y a avait pas toutes les télés. On pouvait dire ce qu’on voulait. Aujourd’hui, si vous voulez démonter un gars parce que vous ne pouvez pas le saquer, mais qu’il a été bon et que des millions de gens l’ont vu, c’est vous qui passez pour une truffe. Tout ça dépend aussi du degré d’intelligence et d’honnêteté intellectuelle des uns et des autres.

Aujourd’hui, quel type de consultant êtes-vous, un éditorialiste qui peut donner son avis?

Moi, j’ai fait les deux boulots. 21 ans à L’Equipe. Mes deux vraies premières fonctions, c’était d’avoir de l’expertise et de l’information. Aujourd’hui, c’est sûr  qu’on me demande surtout mon avis. C’est différent. Quand j’étais plus jeune, on se foutait de mon avis, aujourd’hui, non. Mais les attaques d’Evra ne concernent pas mes analyses footballistiques. Il ne dit pas que je n’y comprends rien. J’ai fait une vanne en citant sa mère, on a l’impression que j’ai fait un crime contre l’humanité. Pffff…

Il l’a pris comme une attaque sur sa famille…

Oui. Un jour après Knysna, quand il était en campagne électorale, les larmes aux yeux, j’ai dit qu’il vendrait sa mère pour revenir en équipe de France. Il me semble que cette expression existe dans la langue française. Je ne l’ai pas inventé moi-même pour la maman de Patrice Evra qui est sûrement une femme charmante. Il faut arrêter la parano. C’est trop facile.

Il remet en cause votre légitimité. Faut-il faire du sport pour en parler?

D’abord rien n’indique que je n’ai pas fait de sport dans ma vie. J’ai été classé au tennis. Il ne faut pas perdre de vue qu’aujourd’hui j’ai 50 ans. C’est sûr que je ne joue pas au foot deux fois par semaine. Tout ça me paraît assez normal, au fond. Victor Hugo n’a jamais dormi dans la rue, il a écrit Les Misérables. Victor Hugo, c’est un auteur. Pas Victor Hugo Montano, l’attaquant de Montpellier.

Il ne vous croit pas capable d’enchaîner huit jongles quand même…

Ce n’est pas beaucoup huit jongles. Quelqu’un qui ne sait pas très bien jouer au foot, vous lui mettez un ballon pendant un quart d’heure, il va y arriver. Les huit jongles, je ne vais peut-être pas les faire du premier coup parce que ça fait sept-huit ans que je n’ai pas joué au foot. Mais en un quart d’heure, je les fais dix fois. Il m’aurait dit que je ne suis pas capable d’en faire 50, effectivement, je ne pense pas.

Quelle légitimité avez-vous à parler de football?

30 ans dans le football. 21 ans à L’Equipe, 9 ans de télé. Je pense que je vois plus de matchs de foot que beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de pros. Et pour la reconnaissance tactique, l’expertise, je l’ai de la part de gens pour lesquels j’ai infiniment plus de respect que Patrice Evra. A commencer par l’un de ses meilleurs amis, Thierry Henry.

Comprenez-vous qu’il puisse mal prendre la critique?

Mais complètement. Là, franchement, c’est la moindre des choses que j’accepte des critiques en retour. C’est la règle du jeu. Qu’il ne m’aime pas… Là, il ne m’a pas critiqué, il m’a menacé et insulté. C’est différent. Il dit «il n’a pas intérêt à me croiser». Je pourrais lui dire la même chose. Sur le terrain il court plus vite que moi, mais pour le reste, je demande à voir.

Vous pensez l’attaquer en justice?

Non. D’abord ça n’a pas été diffusé (tout comme les attaques sur son physique). Et je ne vais pas m’abaisser à attaquer. Si je devais attaquer tous les gens qui insultent mon physique, mon avocat serait multimilliardaire. Je vois qu’il ne trouve rien d’autre. Le seul argument qu’il a, c’est ça.

Florent Malouda vous aurait déjà dit ses quatre vérités. Est-ce vrai?

Il a essayé, mais il n’était pas en état. Il était un peu alcoolisé quand même. C’était à la fermeture d’une boite de nuit sur les Champs. Il est resté planté comme un piquet à trois mètres de moi pendant deux heures. Et à un moment donné j’ai été obligé de me lever pour aller faire pipi. C’est la nature. Et là, il a commencé à faire son cirque qui n’a pas duré longtemps puisqu’il s’est fait virer par la sécu. Mais il n’y a pas eu d’échanges de coups, ni de menaces. Après quand, Evra dit que je ne dis rien sur Malouda depuis deux ans, il a tout a fait raison puisque sur les deux dernières années, Malouda est resté un an sans jouer à Chelsea et maintenant  il est au fin fond de la Turquie. Donc effectivement, je ne parle plus de Malouda.

Dans l’ensemble, vous prenez cela comme un petit jeu? Ou quelque chose de sérieux? Vous parlez d’Evra, il vous répond, vous lui re-répondez…

C’est de votre faute. Si vous ne m’appelez pas, je ne parlerais pas. Vous participez au jeu aussi. Je ne peux pas non plus rester les bras croisés en attendant que ça se passe. Encore une fois, on peut ne pas être d’accord, agacé, fâché, on peut quand même garder un certain niveau d’éducation, quoi.

Dans votre nouveau rôle de consultant, avez-vous plus de problèmes, moins de relations, avec les joueurs?

Non. Ni plus de problèmes, ni moins de relations. Comme je le dis souvent, j’ai beaucoup plus d’amis que d’ennemis. Et beaucoup plus d’amis que ce qu’on croit. On me reproche de défendre Gomis ou Laurent Blanc parce que ce sont mes amis. Quand on me fait des reproches, c’est plus sur mes amitiés que mes inimitiés.

En même temps, les joueurs ont plus intérêt à être ami avec vous pour ne pas que vous les descendiez…

Vous croyez que c’est ça qu’a voulu faire Evra? Non, non, je ne crois pas. Je ne vois pas pourquoi. Parfois des footballeurs me demandent des conseils. Sur le jeu, c’est arrivé. Dans un transfert. «Entre tel club et tel club, lequel serait le mieux pour moi?». Eh oui.

Un mot sur la réaction de la UNFP qui considère qu’attaquer un joueur sur son niveau de langue, comme vous l’avez fait dans un tweet, est aussi bas que l’histoire de jongles d’Evra?

Il n’a qu’à pas parler. Moi on me dit: tiens voilà un maillot, va jouer avec l’équipe de France arrière gauche, je vais être grotesque. Donc je ne le fais pas. Voilà.

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