US Open: Richard Gasquet gagne à être mieux connu
TENNIS•Le Français est en quarts de finale de Grand Chelem pour la première fois depuis 2007...Julien Laloye, avec B.V.
Il ne fallait donc pas désespérer. Six ans et onze râteaux plus tard, Richard Gasquet a renoué avec les quarts de finale du Grand Chelem. Loin de la France, dans l’anonymat du court 17 de l’US Open, et au beau milieu de la nuit, presque comme s’il voulait passer inaperçu. Ce qui eut été dommage, tant ses presque 5 heures de lutte pour venir à bout de Raonic ont démonté une à une les idées préconçues qui circulent sur le Biterrois. La preuve avec Eric Deblicker, qui a entraîné Gasquet jusqu’en 2008.
Gasquet n’a pas de mental, encore moins de physique
«On n’arrive pas dans les dix meilleurs joueurs du monde sans avoir confiance en soi. Richard a gagné sept ou huit tournois, c’est la preuve d’un gros mental.» Eric Deblicker enfonce une porte ouverte, mais il a le mérite de rappeler des évidences; Gasquet n’est pas un loser né. Ni un mec friable dans la tête, comme il le rappelle souvent lui-même. «En 2009, après l’affaire de mon contrôle à la cocaïne, j’étais vraiment mal, et j’aurais pu tout laisser tomber».
Au lieu de ça, le Français, passé en six mois du top 10 à la 80e place mondiale, réussit la remontée en sens inverse. En travaillant sa condition physique. «C’est un bosseur qui est capable de tenir dans la difficulté, ajoute Deblicker. Des matchs en cinq sets, il en a perdu et il en a gagné, c’est la vie d’un joueur de tennis.» Gasquet en a perdu plus que d‘autres, mais en 2013, sa victoire face à Raonic compense la défaite crève-cœur face à Wawrinka à Roland-Garros.
Gasquet n’aime pas le tennis
Les suiveurs du 9e joueur mondial connaissent la musique des mauvais jours: d’abord il souffle, après il grogne, ensuite il se résigne, l’air du type qui entre sur le court à reculons, quand il n’envoie pas textos depuis le banc en Coupe Davis. «Je donne parfois l’impression de m’ennuyer, mais en réalité j’adore le tennis, je ne pourrais pas vivre sans», déclare le bonhomme dans L’Equipe.
Faut-il le croire? Trois fois oui, répond Deblicker. «En dehors des matchs, les entraînements c’est 5 ou 6 heures par jour et je vous assure qu’il faut aimer ça. Richard est un passionné. Quand il part en vacances, c’est jamais très longtemps parce qu’il a besoin se sentir sa raquette et de taper des balles. Il adore ça.» Dommage que ça ne se voie pas toujours sur le terrain. « C’est vrai que sa gestuelle est trop visible quand ça va moins bien, mais c’est plus maladroit qu’autre chose». Face à Raonic, Gasquet a été exemplaire à ce niveau. En sera-t-il de même en quarts contre Ferrer, sa bête noire?
Gasquet aurait dû avoir la carrière de Nadal
Le malentendu court depuis cette une de Tennis Magazine un peu trop optimisme. Richard Gasquet n’est pas tout à fait le champion que la France attendait. Ni le rival annoncé de Nadal, qu’il dominait chez les jeunes. «Richard a fait la carrière de Richard Gasquet. Il n’est pas responsable des gens qui ont parlé pour lui en disant qu’il devait gagner un Grand Chelem ou plusieurs», s’agace Deblicker. D’ailleurs, la légende a un peu enjolivé la réalité. Gasquet n’a battu Nadal qu’une fois, à 13 ans, et à l’époque l’Espagnol n’avait pas encore mangé d’épinards. Depuis, le taureau de Manacor est passé dans une autre dimension physique, mais aussi tennistique. «Richard va jouer son deuxième quart de finale de Grand Chelem, conclut son ancien coach. Peut-être que c’est une marche pour aller plus haut, peut-être pas, mais on ne peut pas l’accuser de ne pas aller au bout de lui-même.»



















