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Roland-Garros 2013: Pour Mats Wilander, «Yannick Noah était l’élu en 1983»

Roland-Garros 2013: Pour Mats Wilander, «Yannick Noah était l’élu en 1983»

TENNIS – Le Suédois raconte sa finale perdue contre le Français il y a trente ans…
Propos recueillis par Romain Baheux

Propos recueillis par Romain Baheux

Le 5 juin 1983, Mats Wilander est entré involontairement dans l’histoire du sport français. Battu en finale de Roland-Garros par Yannick Noah, dernier vainqueur tricolore à Paris chez les hommes, le Suédois revient sur «le match où il a le plus appris de sa carrière».

Dans quel état d’esprit abordez-vous Roland-Garros en 1983?

Je pensais que j’allais gagner Roland-Garros. J’avais gagné à Monte-Carlo, j’avais gagné à Lisbonne en battant Yannick en finale et j’étais le tenant du titre à Paris. J’étais jeune mais j’avais une énorme confiance en moi à l’époque. Sur terre battue, je me savais capable de battre tout le monde.

Etes-vous confiant avant la finale?

Je pensais que Yannick ne pouvait pas me surpasser. Sur certains matchs, Lendl le faisait, Vilas le faisait mais vous aviez toujours une chance contre Yannick. Sa force dans ce Roland-Garros, c’était la maîtrise du public. Quand vous jouez, vous pouvez autoriser les supporters à être avec vous dès le début du match en étant expansif et en haranguant la foule à chaque point. Toutes les dix minutes, Yannick hurlait des «allez, allez». Il était incroyable, on aurait dit qu’il jouait des matchs de Coupe Davis.

Quel souvenir gardez-vous de la finale?

Je m’attendais à ce que ce soit juste un match de tennis entre moi et Noah. J’ai appris plus de ce match que de n’importe quel autre match dans ma carrière. Yannick était transcendé par le public. J’avais l’impression que les tribunes étaient peuplées par ses amis. C’était moi, mon entraîneur, mon père et mon frère contre le reste du Central. La seule fois où j’ai vu une chose similaire, c’est quand Federer a perdu contre Murray en finale des Jeux olympiques cet été. Federer ressemblait à un petit bonhomme au milieu du court. Ce jour-là, j'ai eu ce sentiment.

A quel moment de la partie voyez-vous le match vous échapper?

Au bout de vingt minutes, je me suis dit que ça n’allait pas se passer comme je l’attendais. Après un premier set difficile, je reviens dans la partie et je vois qu’il paraît de moins en moins concentré. Je sentais que quelque chose se passait en lui mais il a quand même réussi à aller jusqu’au bout. A la fin du match, j’étais déçu mais j’ai vite été rattrapé par l’événement. C’était incroyable. Même quand tu perds, tu es ébahi. Il n’y avait pas de perdant mais juste un gagnant. Je n’avais qu’à me mettre sur le côté et laisser Yannick et la France fêter ça.

L’une des images célèbres est celle du père de Yannick Noah entrant sur le court…

Je l’ai entendu entrer. Il a sauté au-dessus de la barrière et il est tombé derrière moi en faisant un bruit sourd. Je me dirige vers Yannick, je crois que l’on se serre la main mais très brièvement. Nous n’avons jamais reparlé dans les détails de ce match avec Yannick. Quand on se voit, c’est plus pour se raconter des choses comme «tu te souviens de ce soir à Milan où on est sortis et où on est rentrés à l’hôtel au petit matin?» (rires).

Qu’avez-vous fait après la finale?

La déception a été rapidement évacuée. Cinq minutes plus tard, j’étais envahi par l’atmosphère ambiante. C’était trop gros, ce qu’il se passait. J’ai demandé à ses amis où ils comptaient fêter ça et je suis allé avec eux en boîte de nuit, juste pour voir. Je crois que c’était au Duplex [une boîte de nuit parisienne]. J’étais assis au bar et il était avec son groupe.

Comment expliquez-vous qu’il n’ait gagné qu’une fois ce tournoi?

Sa vie a trop changé, il est parti habiter à New York. Et honnêtement, la pression était très forte. Aucun joueur au monde ne peut savoir ce que cela fait d’être un joueur français à Roland-Garros, hormis peut-être les Australiens quand ils disputent l’Open d’Australie.

Quel regard portez-vous sur l’homme?

Le voir réussir comme musicien ne me surprend pas. En fait, je pense qu’il n’était pas un joueur de tennis mais qu’il n’est pas non plus un musicien. Il est bien plus que tout ça. Quoi qu’il fasse, il a toujours cette forme de magnétisme très spécial qui fait que tout le monde l’écoute quand il prend la parole.

Voyez-vous un Français capable de lui succéder un jour à Roland-Garros?

Tsonga ou Monfils peuvent le faire, Gasquet aussi peut-être. La différence avec Yannick, c’est qu’il était le seul Français capable de remporter ce tournoi à l’époque. Il avait toute la pression sur lui mais il savait la transformer en un influx terrible. En 1983, il était l’élu.