Obliger les internautes à lire un article pour le commenter, la bonne solution anti-trolls?
MÉDIAS•Un média norvégien soumet les internautes à un questionnaire permettant de vérifier s’ils ont lu l’article dans son ensemble avant de publier un commentaire sur celui-ci…Marie de Fournas
Haters gonna hate. On ne compte plus les internautes qui critiquent un article allant pourtant dans leur sens, accusent des journalistes d’oublier des informations se trouvant dans le troisième paragraphe ou laissent jaillir leur haine par plaisir.
La raison à cela : certains internautes ne lisent que le titre et trois phrases (dans le meilleur des cas) d’un article, avant de le commenter. La société norvégienne de radiodiffusion NRK a peut-être trouvé une solution au problème.
Afin de pouvoir laisser un commentaire, les internautes doivent répondre entièrement juste, à un petit questionnaire concernant le contenu de l’article. Trois questions, accompagnées de trois réponses au choix. Le but : faire de l’espace commentaires une zone d’échanges constructifs et non le QG des rageux.
« C’est un système de régulation intéressant, commente pour 20 Minutes la spécialiste des médias Sophie Jehel. Aujourd’hui, tous les dispositifs numériques incitent à une réponse rapide et à la surréaction. Cela est dû au fait que pour les algorithmes, c’est le nombre de clics qui donne la valeur d’un article. C’est pour cette raison que certains médias font des titres très accrocheurs en décalage parfois avec le contenu. » À part un véritable intérêt pour le sujet, rien ne poussera plus les internautes à lire en entier un papier.
Un grand besoin d’échanges argumentés
« On se retrouve avec des débats stériles qui ne sont que des juxtapositions d’opinions alors qu’il faudrait des échanges argumentés, explique la maître de conférences à l’Université de Paris 8. Le système de questionnaire inverse la logique générée par les plateformes numériques. Cela incite à la lecture et filtre les commentaires irraisonnés. »
Pour Virginie Sassoon, responsable du Labo du Centre pour l’éducation aux Médias et à l’Information (CLEMI), instaurer un questionnaire pourrait cependant « nuire au pluralisme des réactions et entraver le principe de liberté dans les échanges ». « De plus, on peut très bien lire un article en entier, répondre au questionnaire et quand même aller déverser son flot de haine en commentaire », ajoute-t-elle.
L’enjeu d’une meilleure modération
En revanche, l’initiative du média norvégien soulève selon elle, un enjeu plus vaste : celui de la modération. « Cela doit faire réfléchir les rédactions sur leur responsabilité à gérer leurs espaces de commentaires. Il faut créer un vrai métier de modérateur pour filtrer les propos diffamatoires ou haineux qui brouillent la bonne réception de l’information. Le fait de critiquer ou de partager un article sans le lire, c’est aussi le risque de véhiculer de fausses informations. Les intox sur Donald Trump durant la campagne américaine ont eu plus de succès que les articles de désintox. Ce contrôle des réactions, c’est le vrai challenge des rédactions », conclut la spécialiste.



















