Aperçu d'une page du quotidien «L'Union», daté du 23 novembre 2016 et compilant plusieurs commentaires homophobes déposés sur le site Internet du journal par des lecteurs.
Aperçu d'une page du quotidien «L'Union», daté du 23 novembre 2016 et compilant plusieurs commentaires homophobes déposés sur le site Internet du journal par des lecteurs. — Capture d'écran

MEDIAS

«L'Union» publie les commentaires homophobes de ses lecteurs et «assume»

Le quotidien régional consacre ce mercredi une page aux messages homophobes déposés sur son site par des lecteurs...

« Homosexualité = maladie », « Tarlouze », « Les gens n’ont pas envie qu’on leur impose un couple homosexuel aux arrêts de bus », « Elles sont très bien ces pubs, elles montrent bien que le sida est un truc de pédés »… Ces messages ont été postés par des internautes sur le site du quotidien régional L’Union et figurent, parmi d’autres, dans l’édition papier de Châlons-en-Champagne (Marne) de ce mercredi, sur une page intitulée : « 2016, l’homosexualité dérange toujours ».

Chacun des commentaires est accompagné du nom ou du pseudo et de la photo de leur auteur. Une initiative rare dans le paysage médiatique français et qui rappelle celle de France 3 Midi-Pyrénées s’indignant le mois derniers des messages « insupportables » sur les migrants déposés sur la page Facebook de la chaîne.

« La rédaction a décidé de s’engager, et d’exposer dans ces colonnes les lamentables commentaires qui ont pollué notre site », peut-on lire dans le quotidien. L’idée « a très rapidement fait l’unanimité », affirme à 20 Minutes Géraldine Baehr, la chef d’édition de L’Union à Châlons. « C’est le résultat de plusieurs papiers, poursuit-elle. Dimanche, les collègues ont constaté qu’une vingtaine d’ affiches de prévention contre le VIH [montrant des couples homosexuels enlacés] avaient été taguées. On en a fait un article factuel. Lundi, on a décidé de pousser la réflexion un peu plus loin car l’on trouvait honteux de voir ce genre d’actes en 2016. On a donc publié mardi un papier intitulé « 5 raisons d’avoir honte » en nous adressant aux auteurs des dégradations. Cela a suscité de nombreux commentaires qui, soit condamnaient ces actes, soit consistaient en des propos homophobes. »

« On ne défend pas une cause ou un militantisme particulier »

La journaliste explique que la rédaction s’est interrogée : « Notre devoir n’est-il pas de dire « Ce que vous affichez sur Facebook, c’est comme si vous le criiez dans la rue ? Quand est-ce qu’on assume ses propos ? »

C’est le rédacteur en chef qui a donné son feu vert. « On assume. On a publié cette page en connaissance de cause, en sachant que ce n’était pas politiquement correct, indique Didier Louis. Ces commentaires ont été postés par leurs auteurs sur le site, on ne les a pas exhumés de je-ne-sais-où. »

Et d’ajouter : « On ne défend pas une cause ou un militantisme particulier. En pointant ces propos homophobes, on s’inscrit dans notre mission qui est de rendre compte d’une réalité. » Au moment où 20 Minutes l’a contacté, Didier Louis, prenait connaissance du mail d’un des internautes concernés, qui s’indignait que son commentaire se retrouve dans le journal et menaçait d’éventuelles poursuites.

« Avant de se lancer, on s’est renseigné sur ce que l’on avait le droit de publier, précise Géraldine Baehr. Ce n’est pas de la délation. On ne fait que retranscrire des propos tenus et visibles publiquement sur le site. Chacun doit assumer. »

Dans son édition de ce jeudi, L’Union consacrera de nouveau une page à des commentaires de lecteurs. Cette fois-ci, ce seront ceux qui s’indignent de l’homophobie qui seront mis en avant.