Le modèle de prothèse de main imprimée en 3D «Raptor Hand», proposé par E-Nable.
Le modèle de prothèse de main imprimée en 3D «Raptor Hand», proposé par E-Nable. - E-Nable/Capture d'écran

Habituez-vous à l’idée : l’impression 3D va changer le monde. Une nouvelle étape de cette révolution est franchie ce lundi en France, avec la réception par Maxence, Isérois de 6 ans né sans main droite, d’une prothèse en plastique imprimée en quelques heures pour moins de 50 euros. L’objet a été fabriqué par un bénévole parisien de l’association américaine E-Nable, Thierry Oquidam. Depuis l’Isère où il assiste aux premiers gestes de Maxence avec sa nouvelle main, il nous aide à tout comprendre de cette première.

Qui est concerné ?

Comme l’indique E-Nable sur son site, ses prothèses de main et d’avant-bras « sont surtout destinées aux enfants qui n’optent pas pour une prothèse médicale traditionnelle, pour une question de prix, de temps, ou à cause du caractère unique de leur handicap ». Ou par simple manque d’intérêt, explique Thierry Oquidam : « Les personnes nées sans doigts sont entières, il ne leur manque rien à part aux yeux des autres. Aller à l’école sans une prothèse c’est avoir quelque chose en moins ; y aller avec, c’est être un super-héros. Le rôle social est au moins aussi important, si ce n’est plus, que le rôle fonctionnel. »

Comment ça marche ?

Disponible librement en ligne, en open source, le modèle de ces prothèses très basiques a un fonctionnement simple. « La prothèse est composée de deux parties, décrit Thierry Oquidam, une dans laquelle on glisse la paume de la main, et un gantelet fixé au bras par du velcro. Le poignet va tirer sur les tendons de l’avant-bras, et forcer les doigts à se plier ». L’objet, non-invasif, s’enfile et se retire sans complexité, et sans mode d’emploi.

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Ça remplace vraiment une main ?

Pas du tout, et les prothèses médicales à plusieurs milliers d’euros sont loin d’être dépassées par ces objets à 50 euros. Pas question de jouer au piano ou même de faire ses lacets, la main en plastique donne juste accès à un mouvement de préhension simple. De quoi, comme l’énumère le bénévole d’E-Nable, « attraper un ballon, faire de la balançoire ou tenir le guidon d’une trottinette ».

Quels sont les délais de fabrication ?

Dans l’absolu, la fabrication est rapide : imprimer toutes les pièces prend 24h, plus deux ou trois heures pour l’assemblage. Par contre, l’action d’E-Nable reposant sur le travail de bénévoles, le temps séparant l’inscription de la réception de la prothèse est variable, et des étapes intermédiaires sont nécessaires : envoi de photos, détermination de la prothèse à imprimer, mise à l’échelle pour que l’objet soit sur-mesure, etc. Quant à la durée de vie de l’appareil, « elle n’a aucune importance », assure le bénévole : le modèle de la main étant en open source, les parents n’auront aucune difficulté à en réimprimer tout ou partie.

Et à l’avenir ?

La réception de sa prothèse par Maxence est une première en France, mais le phénomène va très vite se démocratiser. « J’espère que dans les années qui viennent, les prothésistes vont s’emparer de cette technologie pour être plus en adéquation avec tous les besoins de leurs patients », indique Thierry Oquidam. Qui répond, quand on lui demande comment il voit l’avenir de l’impression 3D : « D’ici dix ans, elle aura eu un impact plus important encore qu’Internet. Rendez-vous compte, on va pouvoir faxer des objets ! En attendant, avec des initiatives comme E-Nable, ce qui est génial c’est qu’on peut changer le monde dès aujourd’hui. »

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