Des manifestants arborent des masques Anonymous à Romes le 14 novembre 2014.
Des manifestants arborent des masques Anonymous à Romes le 14 novembre 2014. - CIAMBELLI/SIPA

Un appel à défendre la liberté d’expression sous forme de menace envers les djihadistes présents en ligne: au soir du sanglant attentat au siège de Charlie Hebdo, un groupe se revendiquant des Anonymous s’était fait remarquer en annonçant la contre-attaque à venir.

Un peu moins de deux jours après leur message d’avertissement, le suivi de l’action de ces «hacktivistes» peut faire douter du bien-fondé de leur action. D’abord obligés de se démarquer d’un sinistre compte à rebours mis en ligne sous une URL au nom de leur initiative, OpCharlieHebdo, les Anonymous démentent ce vendredi leur responsabilité dans le piratage du site oumanger-halal.fr. Celui-ci arbore vendredi le message «Je suis Charlie» et, là encore, la mention #OpCharlieHebdo… mais n’a rien à voir avec la mouvance islamiste, et n’est a priori qu’une victime d’un amalgame halal/islam/terrorisme.

Constructif ou contre-productif?

Plus dans l’idée de l’initiative du groupe d’Anonymous, mais avec un petit arrière-goût de délation dans les réponses au tweet, le compte @OpCharlieHebdo a appelé à signaler les «profils de terroristes» sur Twitter. Et de dresser une liste de ces comptes, demandant à les signaler massivement auprès du réseau social pour les voir suspendus ou supprimés.

Constructif? Pas forcément. Selon le blogueur et spécialiste de la sécurité informatique Olivier Laurelli, interrogé par l’AFP, la suspension éventuelle des comptes et sites de djihadistes présumés, du fait des signalements à Twitter ou par des dénis de service [lorsqu'un site internet est inondé de requêtes pour le mettre hors-service], serait même carrément contre-productive. «A partir du moment où on attaque les réseaux où ils [les djihadistes] communiquent entre eux, on interfère dans le travail des enquêteurs», a prévenu Olivier Laurelli.

Une critique déjà formulée en juillet 2014, dans un autre contexte, par le Conseil national du numérique (CNN) au moment des débats autour du projet de loi sur le terrorisme. A propos de l’article 9 du projet, prévoyant le blocage administratif des sites Internet incitant aux actes de terrorisme, le CNN estimait que ce blocage risquait «de pousser les réseaux terroristes à complexifier leurs techniques de clandestinité, en multipliant les couches de cryptage et en s’orientant vers des espaces moins visibles du réseau».

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