Des pompiers prennent en charge une personne blessée lors de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 à Paris
Des pompiers prennent en charge une personne blessée lors de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 à Paris - Philippe Dupeyrat AFP

«C’est un massacre.» Ces mots sont ceux d’un policier, presque en larmes, à la sortie de l’allée verte (11e arrondissement), quelques dizaines de minutes après l’attaque terroriste à Charlie Hebdo qui a fait douze morts et au moins quatre blessés ce mercredi. En face de lui, sur la chaussée, à l’angle du boulevard Richard-Lenoir, une voiture de la police, les pneus dégonflés, criblée d'une quinzaine d’impacts de balles, des tirs d’arme automatique.

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Au sol, des douilles. Face à la confusion, les forces de l’ordre tardent à faire évacuer le périmètre, foulé par des journalistes et des riverains. Un habitant raconte avoir vu «deux ou trois silhouettes s’enfuir à bord d’une Citroën C3 sombre». Simone et Françoise, de leur balcon qui donne sur la rue Pelée, adjacente à la rue Nicolas Appert, où se trouve la rédaction de Charlie Hebdo, étaient aux premières loges: «On a vu deux policiers, sans gilet pare-balles, à vélo, tirer trois coups de feu. Ils disaient à tout le monde de rester chez eux», expliquent-elles. «Un des policiers est tombé de vélo. Puis on a encore entendu des coups de feu.» Blessé à la jambe, le policier est rapidement évacué. Des impacts de balles sur la façade de Pôle emploi et les douilles retrouvées par la police témoignent de la violence de la scène.

«C’étaient des costauds»

«J’ai entendu des coups de feu. Des rafales de tirs très rapprochés. J’ai d’abord cru que c’était des travaux», raconte encore sous le choc, Marie, 41 ans, salariée dans une entreprise voisine de la rédaction de Charlie Hebdo. Le déroulement exact des faits semble encore flou. Car outre la fusillade rue Pelée, on sait que les individus se sont enfuis par une rue parallèle, l'allée verte, où ils ont ouvert le feu sur une voiture de policesans faire de blessé. Samy, qui habite face à la rédaction de Charlie Hebdo, a lui pensé que «c'étaient des pétards d'enfants». Il a entendu des coups de feu dehors, puis à l'intérieur du bâtiment. Il a ensuite vu deux hommes s'enfuir et «ensuite un homme en sang est sorti, criant "ils sont tous morts" et demandant d'appeler la police».

Ayem, précise: «Trois mecs sont sortis cagoulés. Ils avaient des gilets pare-balles et des kalachnikovs. C’étaient des costauds. Ils ont pris une voiture puis se sont enfuis avant de recommencer un peu plus loin à tirer». Annick, qui travaillait dans un des immeubles, a d'abord cru que «c'était le tournage d'un film mais quand j'ai vu la panique des policiers, j'ai compris que c'était un acte terroriste». Encore choquée, elle témoigne: «Ils n'arrêtaient pas de tirer, on aurait cru que c'était des flammes qui sortaient de leurs armes, puis ils ont pris la fuite par le boulevard Richard Lenoir.» Un badaud, la voix émue, rapporte la scène boulevard Richard Lenoir: «Ils étaient dans la voiture, puis je les ai vus sortir tranquillement pour tirer sur une cible. C'est incroyable, ils n’étaient pas du tout pressés, ils agissaient comme des pros, ils étaient armés comme des pros.» Un policier à terre, est tué de sang froid.

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«Ils voulaient savoir où c’était»

En tout, selon les témoignages recueillis sur place, la fusillade a duré «une quinzaine de minutes, très intenses». Au moins trente coups de feu ont été tirés. «Une scène de guerre plutôt qu'une scène de crime», lâche un policier, le visage grave. Dans une vidéo publiée quelques heures après, on y voit deux hommes armés de fusils automatiques sortir de leur véhicule pour exécuter un policier à bout portant avant de crier: «On a vengé le prophète Mohamed!».

Plusieurs personnes blessées ont été évacuées par les pompiers à l'Hôtel-Dieu. Une autre victime est sortie, inconsciente, sur un brancard. Un témoin visuel parle de «mare de sang» devant Charlie Hebdo. Une factrice encore en état de choc raconte qu’un des assaillants lui a demandé où étaient les bureaux de Charlie Hebdo. «Ils voulaient savoir où c’était, raconte-t-elle. Après, ils ont tiré pour nous impressionner», lâche-t-elle.

Puis les officiels se sont enchaînés. Le préfet de police, le procureur de la République. Les élus d’Ile-de-France, Anne Hidalgo, Jean-Paul Huchon. Puis les ministres. Bernard Cazeneuve, Fleur Pellerin, Manuel Valls… Le regard grave. Les traits durs. Jusqu’à François Hollande. C’est «un acte d'une exceptionnelle barbarie», dit-il à la presse. Pour lui, il ne fait aucun doute. Il s’agit d'un «attentat terroriste».

Deux heures après, le quartier est toujours sous le choc. Les riverains tentent de reconstituer la scène. Une mère de famille, en pleurs, panique, car elle n'a pas de nouvelle de sa fille depuis la fusillade avant qu'un riverain la rassure en assurant l'avoir vue parler à des journalistes. Delphine, fidèle lectrice de Charlie Hebdo, est venue près de la rédaction dès qu’elle a su, une rose à la main. «C’est terrassant de voir un journal qui défend les valeurs républicaines, laïques, mis à genoux. C’est un crime national. En 2011, après l’incendie, on n’a pas mesuré à quel point ils étaient en danger. Je suis émue par l’intelligence de leur travail, leur force, leur vigueur. La preuve aujourd’hui… », témoigne-t-elle, les larmes aux yeux.

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