Des experts à leur poste au Centre d'opérations des menaces à l'agence américaine de renseignement NSA le 25 janvier 2006 à Fort Mead, dans le Maryland
Des experts à leur poste au Centre d'opérations des menaces à l'agence américaine de renseignement NSA le 25 janvier 2006 à Fort Mead, dans le Maryland - Paul J. Richards AFP

«Big Brother is watching you», répète souvent George Orwell dans 1984. Dans la réalité, la NSA préfère écouter: selon les dernières révélations d'un document fourni par Edward Snowden au Washington Post, l'agence américaine a mis en place un système capable d'enregistrer 100% des conversations téléphoniques passées depuis un pays.

Selon le quotidien, le programme Mystic a été déployé dans au moins une nation étrangère dont le nom est gardé secret à la demande des autorités US. L'agence pourrait l'avoir étendu, ou s'apprêterait à la faire, à six autres pays.

Les contenus des appels enregistrés pour 30 jours

Il ne s'agit pas simplement des métadonnées des appels, comme dans un autre programme domestique. Avec Mystic, la NSA enregistre à la volée le contenu de toutes les conversations téléphoniques –plusieurs milliards d'appels– du pays ciblé. Les données sont écrasées après 30 jours. Moins de 1% des appels sont écoutés par l'agence, qui garde plusieurs millions de clips par mois dans son stockage de longue durée.

Les lois américaines imposent moins de restrictions sur les communications qui n'incluent pas de ressortissant américain ou se situant sur le territoire des Etats-Unis. Mais comme lors de la révélation du programme Prism, qui vise les communications sur de grands services internet comme Gmail ou Skype, les détracteurs américains de la NSA relèvent que le filet électronique de l'agence n'est vraisemblablement pas capable de trier entre les communications purement étrangères, et celles qui incluent des Américains.

La NSA ne nie pas

«La NSA a toujours cherché à tout enregistrer, et désormais elle en a la capacité", a réagi Jameel Jaffer, de la grande association de défense des libertés individuelles American Civil Liberties Union (ACLU). «La question est maintenant de savoir si nous aurons la volonté politique d'imposer des limites raisonnables sur les pouvoirs de la NSA, c'est-à-dire, si nous aurons la volonté politique de protéger nos libertés démocratiques».

La NSA n'a pas spécifiquement commenté les nouvelles révélations, mais a réaffirmé que sa mission consistait précisément à identifier d'éventuelles menaces sur «le grand et complexe système de communications globales modernes». «La NSA ne collecte pas de renseignements dans un pays, où que ce soit dans le monde, à moins que cela ne soit nécessaire pour les intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des Etats-Unis, et pour protéger ses citoyens et ceux de ses alliés et partenaires», a déclaré l'agence dans un communiqué.

L'un des outils du programme, Retro, qui fonctionne comme une machine à remonter le temps, permet de «récupérer des enregistrements qui ne paraissaient pas dignes d'intérêt au moment de l'appel original», expliquent des documents officiels cités par le journal.

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