Les jeunes ont-ils du mal à déconnecter en vacances ?
Mail au soleil•Selon une étude d’Indeed France, 48 % des salariés français n’arrivent pas à décrocher complètement du travail pendant leurs vacances, y compris les jeunes générations pourtant réputées attentives à l’équilibre vie privée-vie professionnelleQuentin Meunier
L'essentiel
- Selon un sondage d’Indeed France, 48 % des salariés français n’arrivent pas à décrocher complètement du travail pendant leurs vacances, et ce phénomène touche particulièrement les jeunes générations.
- Pêle-mêle, les personnes convoquées évoquent un faible impact sur leurs vacances, une curiosité et une implication dans leur travail, et l’envie de ne pas laisser leurs collègues seuls.
- La déconnexion a pourtant des effets positifs importants sur le bien-être.
Le mois d’août, moment idéal pour déconnecter… vraiment ? Un sondage réalisé par Indeed France et l’institut Censuswide, paru au début de l’été, montre que les salariés français ont du mal à décrocher. Un peu moins d’un sur deux (48 %) affirme ne pas réussir à rompre totalement avec le travail pendant cette période. L’an dernier, une étude de Deskeo, partagée notamment par France Inter, affirmait carrément le chiffre de trois Français sur quatre qui répondaient à des mails ou des appels sur leur lieu de vacances.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les jeunes sont aussi concernés. La gen Z et les plus jeunes milléniaux, décrits comme particulièrement attentifs à l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, auraient-ils du mal à lâcher le téléphone ? Selon l’étude d’Indeed, seulement 38 % des personnes nées entre le milieu des années 1990 et la fin des années 2000, et 45 % de celles nées entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990 parviennent en effet à une déconnexion complète pendant leurs vacances.
« Il y a une culpabilité à laisser ses collègues seuls »
Beaucoup s’infligent en fait cette reconnexion eux-mêmes. « Dans des congés de moins de deux semaines, c’est dur de déconnecter, surtout au début, remarque Constance, fonctionnaire. Tu pars forcément au milieu d’un dossier et tu as envie de savoir s’il y a des actualités, et si quelqu’un profite de ton absence pour confisquer le truc et s’approprier le sujet. Qui essaie de prendre ta place quand tu es en congés ? » Au-delà de ces rivalités de bureau, une vraie implication dans le travail, encore une fois à rebours des clichés sur les jeunes au travail. « Quand tu passes du jour au lendemain hors du monde du travail, c’est dur de tout lâcher, surtout quand ce sont des dossiers à enjeux, que tu t’es investie, que t’as envie de le mener jusqu’au bout, reprend la jeune femme plus sérieusement. Et ce n’est qu’au bout d’un moment que t’arrives à prendre du recul et à comprendre qu’il n’y a pas que le travail. »
Les personnes qui ont répondu à notre appel à témoignages évoquent aussi une forme de solidarité avec leurs collègues. « Personne ne m’a jamais demandé de checker mes mails en vacances, mais comme je suis spécialiste de certains dossiers, je savais que j’étais seule à avoir la réponse, raconte Mariette, 30 ans, parisienne. Ça économise du temps à tout le monde si je peux répondre en cinq secondes. Et je savais que ça allait prendre encore plus de temps quand je reviendrai. » « Au travail, tu as à la fois ce sentiment d’être un tout petit pion dans une énorme machine, et, en même temps, qu’on a besoin de toi et si tu prends des congés ça fait chier, donc il y a un peu une culpabilité à laisser ses collègues », insiste Constance.
Un impact limité sur les vacances ?
Malgré les résultats des différentes études, et l’importance du droit à la déconnexion, consulter sa messagerie pro ne semble pas peser sur les vacances. « J’ai eu la "bonne idée" de mettre les notifications de Microsoft Teams et de mon mail pro sur mon téléphone perso », ironise Marine, 28 ans. Pour elle aussi, c’est un mélange entre curiosité, envie d’aider ses collègues et « s’éviter une charge de boulot au retour de vacances ». Pour elle, c’est deux-trois fois par jour. « Au début des vacances, surtout, j’arrive mieux à décrocher après, détaille-t-elle. Moi, ça ne me pèse pas, mais c’est ma copine qui le prend avec moins de légèreté. » « Le coût en énergie n’est pas très épuisant, j’arrive quand même à déconnecter et profiter des vacances malgré ça, témoigne aussi Peter, qui travaille dans la com'. Au contraire, ça me sécurise de savoir qu’il n’y a pas d’immense dossier que je manque. »
Pour les personnes qui ne sont pas en CDI, la problématique est différente. C’est la recherche d’emploi qui ne s’arrête pas pendant les vacances. « Je regarde tous les jours pour être sûr de ne rien manquer, explique Elodie, commerciale freelance. Mais ça me prend deux minutes, et je n’ai pas vraiment l’impression que ça empiète sur ma manière de profiter des vacances. » « J’ai juste peur de rater une opportunité donc je consulte un peu les offres d’emploi ou les réponses aux candidatures », reconnaît Nina, 25 ans, qui enchaîne plusieurs CDD dans la communication. La déconnexion représente pourtant un besoin essentiel : une étude de 2023 de François Lenglet et Isabelle Frochot a rappelé qu’elle était fortement associée au bien-être. Lâchez les mails, ils seront toujours là en septembre.


















