La Génération Z et le monde professionnel… La question qui travaille Jasmine Manet
PORTRAIT•La fondatrice de Youth Forever est l’une des têtes d’affiche de ChangeNOW du 25 au 27 mars à ParisYoussef Zein
L'essentiel
- Jasmine Manet est la fondatrice de l’ONG Youth Forever et du média Vocation.
- Elle observe depuis des années le rapport qu’a la jeune génération au travail.
- Sur la scène de ChangeNOW, au Grand Palais le 25 mars, elle pourra une fois de plus tenter de faire le pont entre la Génération Z et ses aînés.
Sur la scène de l’événement ChangeNOW au Grand Palais le 25 mars, Jasmine Manet représentera Youth Forever, l’ONG qu’elle préside. Youth Forever : « La jeunesse pour toujours »… Une promesse dure à tenir pour l’entrepreneuse qui, à 27 ans, voit ses années d’études s’éloigner petit à petit. Mais un nom parfait pour son « ONG observatoire », une structure qui consacre toute son énergie à étudier le rapport des jeunes au travail.
Connecter les Gen Z et leurs aînés
Et de l’énergie il en faut. Objet de fantasme, la relation de la génération Z (comprendre celle née entre la fin des années 1990 et la fin des années 2000) à l’environnement professionnel alimente bien des débats. En janvier, un sondage BFM Business établissait par exemple que la majorité des 4.700 interrogés trouvaient que les jeunes de la génération Z avaient un problème avec le travail. Si tout le monde semble avoir un avis sur la question, celui des jeunes sur eux-mêmes est rarement entendu.
Jasmine Manet commence à se forger le sien sur les bancs de l’école de commerce. « Je me posais des questions sur le sens du travail », confie la Franco-britannique. Ces interrogations mûrissent pendant la crise Covid et l’incitent à jouer un nouveau rôle : connecter la génération Z à laquelle elle appartient et ses aînées. Trois ans plus tard son positionnement n’a pas beaucoup changé. Il a simplement gagné en subtilité et nuance.
La voix des zoomers
Dès la fin de ses études en 2020, elle fonde un média spécialisé dans l’emploi, Vocation. En même temps, en pleine pandémie de Covid, elle remarque le fossé d’incompréhension et de préjugés séparant les jeunes générations, les zoomers ou Gen Z, de leurs aînés au travail. « La pandémie a mis en évidence une génération incomprise, affectée par le contexte », observe-t-elle. Lors d’un podcast de Vocation, où l’entrepreneuse Emmanuelle Duez était invitée, un lien professionnel commence à se tisser entre Jasmine et elle : « À la fin de cet entretien que j’avais adoré faire, Emmanuelle m’a présenté le projet qui allait devenir Youth Forever et m’a proposé d’en prendre la tête. J’ai immédiatement accepté », se souvient Jasmine Manet.
Avec les intérêts de la jeunesse comme boussole, les deux femmes marchent dans la même direction. Emmanuelle Duez est conquise et évoque même un « coup de foudre professionnel » : « Je suis entrepreneuse dans un milieu d’hommes, où la concurrence est permanente. Dans le travail quotidien avec Jasmine, la notion de compétition n’existe pas. Il y a un vrai rapport de protection et de transmission où elle m’apporte aussi énormément de confiance, de clarté en retour. »
Le retour du réel
Ses quelques années de terrain, au contact de jeunes de la France entière, brisent une certaine idée qu’elle avait de cette génération de zoomers. Elle comprend que cette jeunesse née à l’aube du nouveau millénaire n’est pas monochrome. Elle apprend à en cerner les subtilités : « J’ai rajouté beaucoup de nuances à mon analyse. Cette jeunesse est très plurielle dans ses idéaux, ses attentes et ça n’est pas toujours une histoire de territoire ou d’origine sociale. J’ai désormais une vision beaucoup moins simple. J’ai aussi pu prendre conscience que j’étais privilégiée et mieux comprendre la diversité des parcours et des histoires », explique-t-elle.
Un combat permanent
Dans cet engagement en faveur de la transition et de la jeunesse, Jasmine sait que la route est encore longue : « On parle beaucoup de la façon dont les entreprises ou les organisations devraient changer leur modèle économique pour devenir durable… Je regrette que la question de savoir qui va le faire soit moins souvent posée », regrette-t-elle.
Les années passant, comment continuer à incarner une jeunesse qui nous fuit inexorablement ? « A un moment, je ne serai plus la jeune qui parle des jeunes » reconnaît-elle. « Mais j’aimerais continuer à faire le pont entre les générations, et pourquoi pas à l’échelle mondiale ? Et puis, reprendre le podcast Vocation, à l’occasion »
Sûre d’elle, elle reste persuadée que son action ne sera pas vaine : « J’ai énormément pris en maturité sur le sujet. On est plein d’idées préconçues, puis le réel nous rattrape. J’ai pris conscience que je travaillais sur des sujets qui étaient des sujets de société et pas uniquement des thématiques “jeunes”. Quoi qu’il advienne, je cherche vraiment à garder cette impertinence et cette liberté propres à la jeunesse… » « Jeune à jamais », peut-être pas. Mais engagée à jamais, ça semble certain…


















