« Il fallait un grand salon mondial des solutions pour la planète », c’est chose faite avec ChangeNOW

INTERVIEW A l’instar du CES de Las Vegas pour la tech, Santiago Lefebvre veut créer un grand rendez-vous annuel de l’innovation environnementale. C’est ChangeNOW, qui démarre ce jeudi au Grand Palais, à Paris, et qui fera découvrir 1.000 solutions venues de 100 pays

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Vue du Grand Palais à Paris.
Vue du Grand Palais à Paris. — Stephane Allaman/SIPA
  • ChangeNOW investit le Grand Palais à compter de ce jeudi, pendant trois jours. L’idée est d’instituer un grand rendez-vous annuel où les porteurs de solutions pour la planète pourront se rencontrer, se faire connaître et taper dans l’œil d’investisseurs.
  • Cette troisième édition exposera 1.000 solutions dénichées dans 100 pays différents. Ces trois jours seront aussi animés par les interventions de 250 personnalités, par un festival du film engagé ou encore, le samedi, par un salon de recrutement.
  • Santiago Lefebvre, fondateur de ChangeNOW, répond aux questions de 20 Minutes.

Le monde de l’innovation électronique se retrouve chaque janvier, à Las Vegas, au Consumer electric show (CES). Pour l’industrie de la téléphonie mobile, ça se passe à Barcelone, fin février, lors du Mobile World Congress (MWC). L’industrie aéronautique se retrouve, elle, au Bourget (Seine-Saint-Denis), et le monde de l’automobile aux salons de Francfort ou de Genève.

Mais où se tient la grande messe mondiale de l’innovation sociale et environnementale ? « A Paris », répond Santiago Lefebvre. A la tête de la jeune start-up ChangeNOW, il travaille à créer un grand rendez-vous annuel où ceux qui portent des solutions qu visent à répondre au réchauffement climatique, à la perte de biodiversité ou à la finitude des ressources naturelles pourraient rencontrer investisseurs et grand public.

Après deux premières éditions à la station F, ChangeNOW change cette année de dimension en réunissant 1.000 solutions des quatre coins du monde au Grand Palais, de ce jeudi à samedi. « La première exposition universelle des solutions pour la planète », décrit Santiago Lefebvre. Il répond aux questions de 20 Minutes.

Santiago Lefebvre, fondateur de ChangeNOW, grand salon axé sur l'innovation sociale et environnementale. Au Grand Palais, du 30 janvier au 1er février, il réunira 1.000 solutions pour la planète.

Pourquoi fallait-il aussi une grand-messe mondiale des solutions pour la planète ?

L’idée a germé fin 2015. La COP21 de Paris venait de se terminer, et sortait aussi le film-documentaire Demain, de Cyril Dion, qui faisait le tour des initiatives individuelles et collectives pour engager la transition écologique, et qui a beaucoup inspiré les spectateurs. D’un côté, on attendait beaucoup des pouvoirs publics – des Etats – pour qu’ils trouvent ces solutions pour répondre à la crise climatique. De l’autre, il y a ceux qui disaient que ce sont les actions individuelles qui permettront véritablement de faire bouger les choses.

Mais le secteur privé – les innovateurs, les entreprises – a aussi un rôle-clé à jouer dans cette transition écologique. Justement, je voyais, un peu partout dans le monde, des entrepreneurs se pencher sur des solutions pour répondre à ce défi. Un grand salon mondial, qui réunirait ces acteurs et leur offrirait de la visibilité, ne pourrait qu’aider à accélérer le mouvement.

Avec cette troisième édition, le salon ChangeNOW change-t-il de dimension ?

Cette année, nous faisons effectivement un grand saut. En changeant de site, déjà. Le Grand Palais est un lieu magique, très inspirant. Nous aurons 10.000 m² d’expositions où nous réunirons 1.000 solutions de 100 pays différents. Mais aussi 250 speakers, dont Nicolas Hulot, Bertrand Piccard, co-fondateur de Solar Impulse Foundation et qui a réalisé un tour du monde avec un avion solaire, ou le Néerlandais Boyan Slat, fondateur d’ Ocean Cleanup, qui planche sur la dépollution plastique des océans. En septembre 2017, pour la première édition, nous avions réuni 2.000 visiteurs. Cette fois-ci, nous espérons 20.000 personnes sur les trois jours.

Comment avez-vous choisi ces 1.000 solutions ?

Il fallait déjà que ces solutions répondent, à leur échelle, à l’une des quatre équations à résoudre : le réchauffement climatique, la perte de biodiversité, la finitude des ressources naturelles, et la nécessité que cette transition écologique soit supportable par tous.

Nous avons ensuite regardé quatre critères majeurs. Le premier est celui du potentiel d’impacts de ces solutions. Il faut qu’elles aient été créées dans l’intention de répondre, avec un fort potentiel d’impact, à l’un des dix-sept objectifs de développement durables (ODD) définis par l’ONU et à atteindre à l’horizon 2030. Le deuxième critère est celui de la viabilité économique. Nous voulions des projets qui peuvent être pérennes et dont l’équilibre financier ne dépend pas de dons. Il fallait aussi que ces solutions aient un potentiel de développement, c’est-à-dire qu’elles ne soient pas applicables seulement dans un secteur géographique ou une communauté donnée, mais qu’elles puissent être déployées à une grande échelle. Enfin, nous regardions aussi s’il y avait un côté innovant dans cette solution, mais innovant au sens large. Ce n’est pas forcément une innovation technologique, ça peut être aussi une nouvelle manière de penser.

Ces 1.000 solutions ont-elles été compliquées à dénicher ou, au contraire, vous êtes loin d’avoir pu prendre tout le monde ?

Nous étions plus dans la situation de devoir faire des choix. Sur la partie « démo », c’est-à-dire les 10.000m² de stands où seront exposées des solutions, nous avons ainsi été contraints, pour des questions de place, de sélectionner un projet sur trois parmi ceux qui avaient postulé. Cela témoigne justement de la force et de la vitalité de ce secteur de l’innovation sociale et environnementale.

Clairement, trouver 1.000 solutions de la qualité de celles que l’on réunira pendant trois jours au Grand Palais, nous n’aurions pas pu le faire il y a deux ans. Ce n’est pas qu’une question de nombre, mais aussi de maturité. De nombreux projets ont beaucoup grandi ces derniers temps. On le voit à ChangeNow, à travers les 200 sociétés qui viendront exposer leurs projets. Entre 30 et 40 % de celles-ci cherchent à lever entre 3 et 10 millions d’euros, des montants que les entreprises demandent habituellement lorsqu’elles sont en phase d’accélération de leurs projets. En d’autres termes, leur projet initial a fait ses preuves, et elles veulent désormais passer en phase d’optimisation.

Mais ces 1.000 solutions sont-elles toutes bonnes ? Des scientifiques reprochent par exemple à Boyan Slat son optimisme exagéré pour sa solution Ocean Cleanup, qui lève beaucoup de fond, alors que la priorité serait d’investir dans les solutions à « terre » pour en finir avec la pollution plastique…

Ces 1.000 solutions ouvrent des portes qu’il faut explorer. Nous ne disons pas qu’elles sont à ce jour parfaites. Mais c’est le principe de la R & D (recherche et développement) : il y a des tentatives et donc, inévitablement, des échecs, ou au moins des ajustements. Le cas de Boyan Sat et d’Ocean Cleanup est intéressant. Les tests sur la grande barrière qu’il comptait déployer dans le vortex de déchets du Pacifique n’ont effectivement pas eu les résultats escomptés [la barrière qui devait collecter les déchets s’est brisée mer, poussant Ocean Cleanup à écourter les expérimentations lancées en septembre dernier]. Mais la start-up continue de plancher et, en parallèle, elle développe le projet « The Interceptor » [une péniche dotée d’une barrière et qui sera déployée aux embouchures des fleuves et rivières pour collecter les plastiques avant qu’ils ne passent dans les océans]. T

out le mérite de Boyan Slat est de persévérer, mais aussi d’avoir réussi à alerter le grand public sur ce problème de la pollution plastique des océans. Il a certainement suscité des vocations. D’ailleurs, c’est en me disant qu’il y avait sûrement d’autres Boyan Slat dans le monde, et qu’il fallait les fédérer, que j’ai voulu lancer ChangeNOW.

Quel est l’objectif de ChangeNOW : souffler un vent d’optimisme sur le changement climatique en montrant que des solutions sont à l’étude, ou aider celles-ci à se développer encore ?

Nous sommes prioritairement sur le deuxième axe. En marge de l’exposition et des conférences, nous avons d’ores et déjà calé 5.000 rendez-vous d’affaires durant ces trois jours. Et c’est sans compter les rencontres plus informelles entre porteurs de projets et investisseurs, et même entre porteurs de projets et maires pour faire naître des collaborations. Une délégation de représentants d’une cinquantaine de grandes villes françaises et internationales sera ainsi présente.

Mais le grand public trouvera aussi son compte à ChangeNOW. Il pourra bien sûr déambuler entre les stands, assister aux conférences. Nous organisons aussi un festival du film engagé avec la projection de deux films chaque soir. Parmi la sélection figure Woman, le documentaire d’Anastasia Mikova et de Yann Arthus-Bertrand, vendredi soir [à 20h30] et dont ce sera l’avant-première. Samedi, se tiendra aussi un « job fair », un salon du recrutement, pour faire se rencontrer des talents en quête de sens dans leur travail et des entreprises qui planchent sur ces solutions pour la planète. Nous estimons à 500 le nombre d’emplois à pourvoir.

La billetterie pour ChangeNOW est disponible sur le site du salon. Les tarifs pour le grand public sont de 35 euros, aved des réductions pour les étudiants (15 euros) et les enfants (10 euros).

Des voiles d’Airseas à SolCold, la peinture qui refroidit les bâtiments

Mille solutions seront exposées au Grand Palais pendant ces trois jours de ChangeNOW. La liste complète, de même que celle des 250 personnalités qui interviendront, est à retrouver sur le site internet du salon.

Citons notamment Ecosia, le moteur de recherche qui plante des arbres. Energy Observer, navire-laboratoire qui teste les énergies décarbonées de demain. Peas & Love, la ferme urbaine qui loue des parcelles de potager. Off-grid-box, la boîte qui rend l’eau potable grâce au soleil. Ou encore Airseas, la voile qui aide les bateaux à réduire leurs émissions carbones, et Solcold, la peinture qui refroidit les bâtiments sans électricité.