Pourquoi certaines compagnies aériennes refusent que les musiciens embarquent avec l’étui de leur instrument ?
Julien Moquet, violoniste professionnel, a poussé un coup de gueule après avoir été contraint de voyager en avion avec son instrument sur les jambes. L’étui a, lui, filé en soute sans qu’on lui explique pourquoiChristelle Pellissier
L'essentiel
- Un violoniste professionnel a déploré sur les réseaux sociaux d’avoir été contraint de voyager avec son violon sur les genoux, sans aucune housse de protection. La compagnie aérienne lui ayant demandé d’enregistrer les étuis en soute.
- Ce n’est pas le premier musicien à avoir subi une telle mésaventure. Fin 2025, la violoniste allemande Carolin Widmann a écrit - et partagé publiquement - une lettre ouverte à Lufthansa pour avoir vécu une situation similaire.
- Les politiques en matière de transport d’instruments de musique diffèrent d’une compagnie à une autre, notamment en matière de dimensions.
Une nouvelle fausse note pour les compagnies low cost. Pas toutes, mais certaines refuseraient que les musiciens prennent l’avion avec l’étui de leur instrument. C’est ce qui est arrivé à Julien Moquet, violoniste et directeur artistique du Festival d’Autan, qui a partagé sa mésaventure à bord d’un appareil Volotea sur les réseaux sociaux. « Aujourd’hui, situation absurde à l’embarquement. Pour pouvoir voyager, nous avons dû monter dans l’avion avec le violon et les archets… mais laisser les étuis en soute », débute le musicien.
Le professionnel rappelle qu’un violon n’est pas « un bagage "de confort" » mais « un outil de travail », et déplore « des règles incohérentes, variables d’un vol à l’autre ». Il regrette par ailleurs l’application de suppléments, jusqu’à « un deuxième siège pour transporter correctement un instrument pourtant accepté depuis des années en cabine dans des dimensions compatibles ». Une situation qui l’amène à demander « une réglementation claire, harmonisée et adaptée aux réalités des instruments de musique », ainsi qu’à ceux qui les transportent régulièrement via l’aérien « pour faire vivre la culture ».
Un cas loin d’être isolé
Ce n’est pas la première fois que des musiciens professionnels soulèvent le problème. Au regard des (très) nombreux commentaires postés sous le message de Julien Moquet, cette situation semble même récurrente. « J’ai eu le problème […]. L’hôtesse a littéralement mesuré les dimensions de ma boîte mais la somme des trois longueurs respectait la limite… Elle m’a dit "vous verrez bien à la sécurité s’ils vous laissent passer mais ce n’est pas sûr" », écrit une internaute. « Exactement pareil, avec un accès à l’avion sous la pluie, sans bus, violon sous le manteau », raconte un autre. Beaucoup regrettant le manque d’explications et de transparence sur les politiques des compagnies aériennes.
Fin 2025, c’est la violoniste allemande Carolin Widmann qui a partagé sa mauvaise expérience sur un vol Lufthansa reliant Helsinki à Leipzig avec une escale à Francfort. Pour la première fois, il a été demandé à la musicienne, qui précise donner près de 60 concerts par an à travers le monde, d’enregistrer son étui à violon en soute. Un Guadagnini de 1782 d’une grande valeur qu’elle a dû envelopper dans son pull pour que l’étui parte, lui, seul en soute. « Je vous invite à saisir l’occasion offerte par cet incident choquant et scandaleux pour revoir les politiques de votre compagnie et ajouter une annexe aux règles relatives aux bagages à main concernant les petits instruments », a-t-elle écrit dans une lettre ouverte à Lufthansa.
Une question de… dimensions
Reste à déterminer ce qui peut empêcher un étui d’accompagner (et de protéger) son instrument de musique en cabine. Contactée par 20 Minutes, Volotea n’était pas en mesure de répondre dans les délais impartis, faute de porte-parole présents. Un coup d’œil aux politiques de la compagnie montre qu’il est possible de voyager avec son instrument en remplacement d’un bagage cabine, « à condition qu’il ne dépasse pas les dimensions maximales autorisées ». Etui compris ou pas ? Ce n’est pas précisé. Les conditions sont globalement les mêmes pour toutes les compagnies aériennes, si ce n’est que les dimensions des bagages cabine - on le sait - diffèrent d’une compagnie à une autre, et que peu précisent la mention « étui compris » ou « housse de protection comprise ». Difficile donc de pouvoir anticiper.
Autre problème, un violon professionnel mesure plus de 60 centimètres, alors que les dimensions maximales autorisées pour un bagage cabine dépassent rarement 55 centimètres. Un problème qui nécessiterait une politique spécifique pour les instruments à musique comme l’a soulevé Carolin Widmann. « Un étui à violon standard dépasse vos dimensions autorisées de 55 cm x 40 cm x 23 cm », indique-t-elle. Mais de préciser que « son volume est inférieur d’un tiers à celui d’un bagage autorisé ». Autrement dit, le violon est plus long mais il prend moins de place qu’une valise standard. Raison pour laquelle nombre de musiciens réclament une harmonisation des règles en vigueur, et la prise en compte de leur métier.
Chose faite par Lufthansa suite à l’incident vécu par la violoniste allemande. La compagnie a modifié sa réglementation, acceptant désormais des instruments « ne mesur[a]nt pas plus de 125 cm (hauteur + largeur + longueur) ». Davantage en adéquation avec la réalité. D’autres compagnies, comme Transavia et easyJet, proposent des dimensions spécifiques pour les instruments de musique, dans des conditions qui diffèrent toutefois. Mais certaines n’ont pas encore inclus cette particularité à leur réglementation, et il n’y a aucune harmonisation. Aux Etats-Unis, les compagnies aériennes sont tenues d’accepter les petits instruments dans leurs étuis s’ils peuvent être rangés dans les coffres. Une règle qui pourrait inspirer au-delà de l’Atlantique.



















