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Faut-il encore apprendre à faire du ski aux enfants ?

Dérèglement climatique, baisse du pouvoir d’achat… Faut-il encore apprendre le ski aux enfants ?

piou-piouAvec des hivers plus courts et une neige de plus en plus incertaine, apprendre le ski aux enfants n’a plus la même évidence. Les acteurs de la montagne adaptent leurs pratiques et leurs offres
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • Les hivers raccourcissent et la neige se fait plus rare en montagne : selon Météo-France, la durée moyenne d’enneigement dans les Alpes a diminué d’environ un mois en cinquante ans, principalement sous les 2.000 mètres d’altitude, en raison de la hausse des températures.
  • L’apprentissage du ski reste central dans l’expérience montagne proposée aux familles.
  • Les acteurs du tourisme de montagne diversifient leurs offres au-delà du ski avec des programmes alternatifs, permettant de transmettre les mêmes valeurs que le ski par d’autres biais.

«J’ai appris à skier avant de marcher », cette phrase, souvent lancée pour crâner devant ses copains, vous l’avez forcément déjà entendue chez les natifs de la montagne. Pendant longtemps, partir en vacances à la montagne a été, pour beaucoup, indissociable de la glisse : des skis aux pieds, parfois un snowboard, et des journées entières passées sur les pistes.

Mais aujourd’hui, cette évidence vacille. Les hivers raccourcissent, la neige se fait plus incertaine, et certaines petites stations de ski ferment. Selon Météo-France, la durée moyenne d’enneigement dans les Alpes a déjà diminué d’environ un mois en cinquante ans. Cette évolution n’est pas anodine : la hausse des températures entraîne des hivers de plus en plus irréguliers. Dans ce contexte, la question n’est pas seulement de savoir si l’on pourra encore skier demain. Elle interroge une transmission presque générationnelle : faut-il encore apprendre le ski aux enfants ? La montagne proposera-t-elle de nouvelles formes d’apprentissage comparables au ski ?

Un enneigement incertain

Le doute ne relève plus du ressenti : il est désormais documenté. Selon Météo-France, la durée moyenne d’enneigement dans les Alpes a diminué d’environ un mois en cinquante ans, principalement à basse et moyenne altitude, sous les 2.000 mètres. La réduction de l’enneigement, à basse et moyenne altitude, est une conséquence de la hausse de température, « Avec le réchauffement climatique, on va vers une limite d’enneigement qui remonte. Aujourd’hui, il peut pleuvoir dans toutes les stations de France, à n’importe quel moment de l’année », explique Frédéric Cabot, nivologue et prévisionniste pour Météo-France.

D’après les projections, chaque degré supplémentaire de réchauffement planétaire réduit d’un mois environ la durée moyenne d’enneigement à basse et moyenne altitude. « La réalité est qu’à ces altitudes, il va y avoir une grande hétérogénéité d’une année à l’autre… de plus en plus d’hivers peu enneigés, ce qui n’empêche pas d’avoir de temps en temps un enneigement exceptionnellement bon. Ce qui n’existe plus, c’est le beau temps froid. Quand il fait beau, il fait chaud », explique l’expert, ce qui entraîne un réchauffement des sols, qui ne permet pas à la neige de bien tenir.

Le ski reste un socle

Malgré ces prévisions, l’apprentissage du ski continue d’occuper une place centrale dans les séjours à la montagne. « Bien sûr qu’il faut encore apprendre à skier aux enfants. C’est primordial », affirme Xavier Perrier Michon, directeur de l’École du ski français de l’Alpe d’Huez. « Même si les saisons se raccourcissent, il y aura toujours des moments pour glisser et il suffit de voir le sourire des enfants. »

Du côté des acteurs touristiques, le constat est similaire. Historiquement associé aux vacances au ski en famille, le Club Med place la glisse au cœur de son offre. « L’apprentissage du ski reste aujourd’hui central dans l’expérience montagne que l’on propose », explique Clotilde Lamorlette, responsable produit Montagne. « Dès quatre ans, les enfants peuvent bénéficier de cours de ski intégrés au séjour. Cela va des premières glisses dans le jardin des neiges, jusqu’à des programmes comme le "Team Rider" pour les ados. Le ski reste une colonne vertébrale », résume-t-elle.

Pour Xavier Perrier Michon, cette centralité dépasse largement la seule pratique sportive. « Apprendre à skier, ce n’est pas juste apprendre à descendre une piste », insiste-t-il. « C’est apprendre à évoluer dans un milieu. C’est apprendre à respecter des règles, à gagner en autonomie, à prendre confiance. »

Des offres qui s’élargissent

« Le ski n’est plus l’unique réponse car les familles ne construisent plus des séjours 100 % axés sur les pistes », explique Clotilde Lamorlette. En parallèle du ski, le Club Med a d’autres parcours alternatifs au sein de ces différents clubs enfants : « activités créatives, jeux collectifs, sorties nature et raquettes pour les plus grands. Le but, c’est que l’enfant découvre la montagne sous plusieurs angles, pas uniquement celui de la glisse. Des séances de yoga parents-enfants font désormais partie intégrante des séjours ».

À l’ESF, Xavier Perrier Michon constate lui aussi une évolution des usages. « Les volumes de skieurs ne baissent pas. En revanche, les pratiques évoluent », témoigne-t-il. « Les familles cherchent d’autres expériences en montagne. Par exemple, pour les enfants on a développé un programme qui s’appelle "Mon Aventure Montagne" », explique Xavier Perrier Michon. « C’est un programme centré sur la faune, la flore et l’environnement de montagne. S’il y a de la neige, tant mieux. Mais ça peut aussi être des balades, des découvertes », ajoute-t-il. « L’idée, c’est de rester dans notre ADN : la pédagogie, l’encadrement, la sécurité, mais avec des contenus qui sont liés au milieu plutôt qu’à une pratique sportive pure. »

Enfin, cette adaptation passe aussi par l’anticipation des aléas climatiques. « Nous avons mis en place un dispositif de “sérénité neige” », explique Clotilde Lamorlette. « Sur certaines périodes, si l’enneigement est trop faible, les familles peuvent être relogées dans un autre resort mieux enneigé, sous réserve de disponibilité. »

Et la baisse du pouvoir d’achat est-elle un problème ? Sur cet aspect, Clotilde Lamorlette n’observe aucun changement dans les réservations : « actuellement sur la saison Hiver 2026, on est à + 3 % de clients. On remarque en revanche que notre clientèle, surtout fidèle, réserve massivement à l’ouverture des réservations (qui a lieu en mars pour l’hiver suivant) pour profiter de nos meilleures offres ». Elle rappelle, par ailleurs, que les cours de ski (25h avec l’ESF) font partis du tout compris proposé par le Club Med.

« Quand on apprend à skier à des enfants, on développe des qualités : la confiance, l’équilibre, le respect des règles, l’autonomie. Avec ces nouvelles offres, l’objectif est de développer les mêmes qualités, mais par d’autres biais », conclut Xavier Perrier Michon. Autrement dit, la question n’est peut-être plus seulement de savoir s’il faut encore apprendre le ski aux enfants, mais de comprendre ce qu’on cherche à leur transmettre à travers lui.