Le couple est mort, vive le couple ! Est-ce que c’est devenu ringard d’avoir quelqu’un en 2025 ?
Être en couple serait-il devenu… embarrassant ? Chez la génération Z, l’amour n’a pas disparu, mais le couple traditionnel a perdu sa place centraleVictoria Berne
L'essentiel
- Pour la génération Z, le couple traditionnel n’est plus le centre de l’épanouissement sentimental mais une option parmi d’autres.
- Le célibat est désormais considéré comme une période épanouissante à part entière, et la Gen Z est en train de casser tout ce qui ressemblait à une norme, à un parcours obligatoire.
- Les jeunes générations ne rejettent pas l’amour mais cherchent des relations plus intentionnelles et flexibles.
Is Having someone Embarrassing Now ? Cette question posée par le magazine américain Vogue a beaucoup fait réagir ses dernières semaines. Car c’est peut-être la fin d’un monde : celui dans lequel « être en couple » suffisait à raconter sa vie affective. Car pour une génération tout entière, la relation amoureuse et toutes les normes qui l’accompagne, ne constituent peut-être plus le centre de l’épanouissement sentimental, ni la case qui organise l’existence sociale. Le couple est-il mort ? Est-il déjà enterré en 2026 ?
Pour Moe Ari Brown, expert Love & Connection chez Hinge, cette gêne n’est pas un rejet de l’amour, mais le symptôme d’un rapport plus complexe à l’exposition émotionnelle : « Dire que "se mettre en couple est embarrassant" traduit moins un rejet des connexions romantiques qu’une peur moderne d’être vulnérable, visible et jugé. »
L’idée paraît radicale (avouons-le, cette forme de relation ne disparaîtra jamais réellement). Pourtant, un faisceau d’indices montre son évidente décentralisation : baisse de l’enthousiasme autour de la vie à deux, centralité retrouvée des amitiés, multiplication des attachements parallèles, et même, parfois, un léger sentiment d’inconfort à l’idée d’être le « quelqu’un-de-quelqu’un »…
Je ne t’aime plus (de la même façon), mon amour
Ce qui se transforme, c’est la géographie du sentiment. L’amour circule ailleurs : dans les amitiés, dans les communautés, dans les groupes affinitaires. Lorsqu’on entend parler de pluralité des attachements, l’idée est simple : les liens se diversifient, l’intime se répartit. Le couple, au sens traditionnel, n’est donc plus l’unique foyer affectif. Aurore Malet-Karas, experte en thérapie de couple et sexologue pour Bumble confirme : « Beaucoup de personnes ne souhaitent plus placer toute leur énergie émotionnelle dans une seule relation. On répartit, on décentre. » Ce qui était autrefois considéré comme hors norme, voire marginal, se développe : multiplier les liens, continuer des relations après une rupture, aimer plusieurs fois, et autrement.
Moe Ari Brown observe cette même bascule : « Plutôt que de concentrer tous leurs besoins émotionnels dans une relation romantique principale, beaucoup de personnes cultivent plusieurs foyers émotionnels : amitiés, famille choisie, communauté et des liens durables ».
« L’idée du couple évolue. Les célibataires de la génération Z ne recherchent pas des structures rigides, mais des relations plus libres et intentionnelles. Cela implique une communication claire, l’absence de rôles de genre stricts, le respect des besoins émotionnels individuels et une flexibilité dans l’expression de l’amour et du lien. - Moe Ari Brown »
Amour, gloire et célibat
Dans les données recueillies auprès des utilisatrices de Bumble, près d’un tiers des femmes déclare qu’elles ne suivent plus les étapes « traditionnelles » d’une relation, et la moitié considère le célibat comme une période épanouissante. Autrement dit : loin de la pression sociale qui pesait sur les femmes, cette idée qu’il fallait absolument « trouver quelqu’un » (sous peine de finir seule avec des chats), le célibat devient pour certaine une étape personnelle à part entière.
Aurore Malet-Karas observe la même bascule dans son cabinet : « On voit une génération qui ne met plus sa valeur personnelle dans la relation amoureuse. Le couple n’est plus une preuve, encore moins une nécessité. On peut être seule, ou le rester, sans que ce soit dramatique ». Moe Ari Brown soutient aussi cette idée : « Pendant longtemps, être en couple était considéré comme la preuve que l’on « réussissait sa vie ». La génération Z remet en question cette équation. Pour elle, la réussite ne se mesure plus uniquement au fait d’être en couple, mais à l’alignement, à l’intention et au sentiment d’épanouissement personnel ».
Le rapport 2025 LGBTQIA DATE de Hinge, 33 % des daters (hétéro ou LGBTQIA +) ont déclaré avoir considéré sortir avec quelqu’un hors de leurs schémas habituels, c’est-à-dire en dehors de leurs « types » habituels. Aurore Malet-Karas le voit très nettement : « On est passé d’une génération pour qui être seule était un problème, à une génération pour qui c’est juste… normal. Et parfois bénéfique. La Gen Z est en train de casser tout ce qui ressemblait à une norme, à un parcours obligatoire. L’amour n’est plus un scénario prédéfini : c’est quelque chose qu’on invente au fur et à mesure. »
On ne cherche plus le couple, mais la relation
C’est peut-être ça, le changement fondamental : la relation amoureuse n’est plus une fin en soi, mais une expérience possible parmi d’autres. On peut aimer quelqu’un, passer toutes ses nuits avec lui, et refuser pourtant l’étiquette de « couple ». Non pas par peur de l’engagement, mais parce que l’engagement n’est plus un statut social, mais un choix émotionnel ponctuel. « Je vois une génération beaucoup plus authentique », dit la sexologue.
« Le couple peut arriver, disparaître, revenir, se transformer. Ce n’est plus LE scénario par défaut. - Aurore Malet-Karas »
Moe Ari Brown, fait le même constat : « Les célibataires ne rejettent ni l’amour, ni l’engagement. Ce qu’ils rejettent, c’est l’idée qu’il n’existerait qu’une seule “bonne” manière d’être en relation ». Selon lui, la génération Z cherche avant tout des liens intentionnels, définis par celles et ceux qui les vivent : « Les relations sont de plus en plus construites consciemment, avec une communication claire, une attention portée aux besoins émotionnels individuels et une plus grande flexibilité dans la manière d’aimer. »
Autrement dit, il ne s’agit plus de se demander dans quelle case entrer, mais ce que la relation permet. « Le couple peut exister », résume Moe Ari Brown, « mais il n’est plus une obligation. C’est une option parmi d’autres, choisie et non héritée. »
Est-ce que le couple est mort ?
Oui et non. Non, car beaucoup de gens continueront à vivre en couple, cette forme restera familière et elle conviendra encore à beaucoup de personnes. Mais quelque chose a changé : le couple n’est plus au centre de tout. C'est une possibilité parmi d'autres schémas de vie, de plus en plus valorisés.
« Les personnes valorisent toujours les connexions émotionnelles sincères, et le désir d’une relation sérieuse n’a pas disparu. Ce qui évolue, c’est la manière dont cette relation est définie. Les célibataires s’éloignent des modèles uniques et standardisés. Ils recherchent une communication adaptée à leurs besoins, embrassent des identités plus fluides et des structures relationnelles plus flexibles. Ce n’est pas l’idée du couple qui est rejetée, mais celle qu’il n’existerait qu’une seule « bonne » façon d’être en relation. - Moe Ari Brown »
En 2025, la vraie nouveauté n’est pas l’absence de relation amoureuse, mais son déclassement. On peut aimer autrement, ailleurs, plusieurs fois, en parallèle, ou pas du tout. Le couple n’est pas mort. Il est redevenu une option de vie.



















