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Connaître 2.500 mots en fin d’école maternelle, c’est beaucoup ?
le compte est bon

Connaître 2.500 mots en fin d’école maternelle, c’est beaucoup ?

Le développement du langage compte parmi les priorités du programme scolaire de l’année 2026/2027, dès l’école maternelle. L’un des objectifs est d’apprendre aux enfants à connaître 2.500 mots avant leur entrée au CP
Clio Weickert

Clio Weickert

L'essentiel

  • Les enfants ont repris le chemin de l’école la semaine dernière.
  • Le développement du langage compte parmi les priorités du programme scolaire de l’année 2026/2027, dès l’école maternelle. L’un des objectifs est d’apprendre aux enfants à connaître 2.500 mots avant leur entrée au CP.
  • Quels sont ces mots ? Est-ce beaucoup ? Comment sont-ils enseignés ?

Si les grands ont des objectifs annuels à remplir au boulot, les petits, aussi, sont évalués sur leurs connaissances et compétences, définies par les programmes scolaires. Cette année, cap sur « la maîtrise du langage, parce qu’un enfant a besoin de mots pour exprimer sa pensée », estimait notamment sur Linkedin le ministre de l’Education Édouard Geffray à quelques jours de la rentrée.

Cet axe devient ainsi crucial, dès l’aube de la scolarité. « À l’école maternelle, le développement du langage est la priorité pour favoriser la réussite scolaire et réduire les inégalités », souligne ainsi le ministère sur le site education.gouv.fr.

Pour cela, les programmes ont fixé un objectif : mettre le paquet sur le vocabulaire et faire en sorte que tous les enfants connaissent 2.500 mots à l’issue des trois premières années d’école, pour leur arrivée en CP. Mais ça veut dire quoi, exactement ?

D’où sortent ces 2.500 mots ?

« Une bonne connaissance lexicale permet de mieux comprendre et de mieux s’exprimer. Une maîtrise suffisante de la langue repose sur l’usage d’au moins 2.500 mots en fin de grande section », peut-on lire dans le nouveau programme d’enseignement disponible sur eduscol.education.gouv, à destination des enseignants. Cette notion qui n’est pas neuve, déjà présente dans le programme de 2025 et évoquée depuis plusieurs années auprès des profs, met en exergue les bénéfices à long terme d’un vocabulaire riche.

« Le lexique est le principal déterminant des inégalités scolaires et culturelles. Refuser tout fatalisme en termes d’inégalités passe donc d’abord, dans le premier degré comme au collège, par un travail exigeant et assidu pour élargir le champ lexical des élèves », explique le site du ministère de l’Education, ajoutant que « la richesse du vocabulaire conditionne la compréhension des textes, la qualité des productions écrites et l’accès aux savoirs dans toutes les disciplines ».

Pour Elodie Pascual, orthophoniste et rédactrice en cheffe du site Allo-ortho qui dispense de nombreux conseils aux parents, posséder un lexique fourni est important pour les enfants, pour l’apprentissage de la lecture et l’écriture à l’école élémentaire, mais aussi pour communiquer avec les autres. « Cela permet d’être plus outillé dans la vie pour parler, s’exprimer et comprendre le monde », affirme-t-elle.

Comment s’apprennent ces 2.500 mots ?

Pour aider les enfants à enrichir leur vocabulaire, les enseignants passent par l’apprentissage oral en discutant avec eux et en leur posant des questions. Ils lisent des histoires, apprennent des comptines. Le langage se transmet aussi à travers le jeu ou les activités sportives. Mais en plus de cela – qui n’a rien de nouveau –, ils doivent désormais passer par l’élaboration de corpus.

Le programme d’enseignement indique : « Le professeur enseigne, en petite et en moyenne sections, deux corpus de mots par période puis trois corpus en grande section ; il évalue, chaque mois et chaque période, que les corpus de mots enseignés sont bien mémorisés par les élèves ; il met en œuvre une progression conçue en équipe de la petite section à la grande section permettant d’enrichir les corpus enseignés les années précédentes de mots nouveaux ».

L’idée n’est donc pas de balancer 2.500 mots dès l’entrée en maternelle mais de suivre un apprentissage progressif, étalé sur les trois années.

Quels sont ces mots ?

Ces corpus ne sont pas définis par le programme mais par les enseignants eux-mêmes, qui doivent choisir les thématiques les plus adaptées aux enfants et à leurs âges : les vêtements, la maison, les animaux de la ferme, les saisons… Si cela permet de rappeler l’importance du bagage lexical, cela ne fait pas tout pour autant.

« Quand on fait ça, on développe le vocabulaire, mais pas le langage. Le vocabulaire n’est qu’une partie du langage » note pour sa part Manon Pilloy, enseignante à des petites et moyennes sections dans une école du Rhône et membre du secteur éducatif du FSU SNUipp (syndicat national unitaire des instituteurs et des professeurs des écoles).

Elle rappelle notamment qu’avant d’enrichir son vocabulaire, un enfant doit d’abord « oser entrer en communication », l’un des axes des programmes scolaires précédents, ce qui n’est pas une évidence pour tous ces enfants issus de milieux socioculturels différents et qui découvrent pour la première fois l’environnement scolaire.

« Ça ne veut pas dire que les enseignants de maternelle vont arrêter de parler à leurs élèves et ne vont plus les mettre dans des situations de discours et d’échanges, précise-t-elle. Mais nous avons des prescriptions sur nos modes d’enseignement qui vont se recentrer sur des corpus où on va évaluer des enfants seulement sur des mots. Ça prend énormément de temps et on ne peut plus développer les autres composantes essentielles à l’apprentissage du langage. »

Comment enrichir le vocabulaire d’un enfant ?

Pour Manon Pilloy, rien de mieux que le dialogue. « Les enseignants savent qu’il faut que les enfants parlent avec des adultes mais aussi avec d’autres enfants. Ils doivent entendre des histoires, en raconter eux-mêmes, en parlant, mais aussi en mettant des images dans l’ordre, en associant des personnages. Il y a plein de manières de parler, il n’y a pas qu’un seul mode de langage », souligne-t-elle.

De son côté, l’orthophoniste Elodie Pascual encourage les parents à poursuivre cette communication à la maison chaque jour : « Il faut communiquer avec son enfant, lui lire des livres, lui chanter des chansons, expliquer le sens des mots, des expressions… Il faut avoir une attention sur le langage parce que ça va avoir un impact toute sa vie ».

Ça se compte, les mots d’enfants ?

Elodie Pascual, orthophoniste, décrit plusieurs étapes du langage, tout en rappelant que chaque enfant est différent et va à son propre rythme : « Le premier repère est de se dire qu’un enfant de 12 mois dit environ 12 mots et en comprend une cinquantaine. A 18 mois, il va dire entre 50 et 100 mots et il va commencer à associer deux mots comme "maman donne", "papa dort" ou "chat crie", par exemple. A 2 ans, il dit déjà entre 300 et 500 mots ».

Quoi ? Vous n’avez pas listé les centaines de mots de votre bambin ? Pas de panique. « En tant que parent, on ne peut plus les compter au bout d’un moment mais on ressent cette explosion lexicale, répond Elodie Pascual. L’enfant devient une éponge à tous les mots qu’il entend et qui sont répétés régulièrement. Ils vont lui permettre de faire des demandes, de questionner le monde… »

A trois ans, un enfant peut comptabiliser 1.500 mots en moyenne, suivis d’une croissance exponentielle tout au long de la maternelle et la possibilité de dépasser les 10.000 à l’entrée de l’école élémentaire. « Entre le CP et la 3e, un enfant va entrer en contact avec 26.000 nouveaux mots environ », ajoute l’orthophoniste. Ces termes comprennent les noms communs, les verbes, les adjectifs, mais aussi les pronoms, les prépositions…

Passé un certain stade, comptabiliser le vocabulaire - d’un enfant comme d’un adulte – reste très abstrait. Par exemple, il est plus difficile de cerner le volume des mots que l’on comprend mais que l’on n’utilise pas régulièrement, le vocabulaire passif, de ceux du vocabulaire actif, désignant les termes que l’on emploie souvent. Et ce n’est pas tout.

« Quels mots sont véritablement comptabilisés ?, s’interrogeait au printemps dernier le linguiste et comédien Arnaud Hoedt pour France Culture, réagissant aux idées reçues autour de la langue française. Les noms propres, connus ou inconnus ? Les noms de marques, d’équipe de sport, de jeux ? Les groupes de musique, les mots d’argot, les mots techniques ? Les interjections et les locutions adverbiales ? »