C’est quoi « la règle des trois secondes » en dating au Brésil qui fait parler les réseaux sociaux ?
Brésil, Suède, Islande… Quel que soit votre lieu de villégiature estival, il se pourrait que les codes du dating varient quelque peu du modèle françaisVictoria Berne
L'essentiel
- Cet été, 20 Minutes chevauche son cheval blanc en quête de formes de dating originales all around the world.
- Les applications de rencontres, bien trop été 2025. On vous rencarde sur ce qu’il se passe ailleurs, les spécifités de certains pays, comme l’Islande, le Brésil et la Suède.
- Sur TikTok, une théorie revient sans cesse lorsqu’il est question de la vie nocturne brésilienne et surtout carioca : la « règle des trois secondes » pour embrasser quelqu’un.
Trois secondes. Tout peut apparemment se jouer en trois secondes… en tout cas au Brésil, si l’on en croit TikTok. Depuis quelque temps, le pays, et surtout Rio de Janeiro, est devenu l’une des destinations les plus en vogue sur les réseaux sociaux. Entre les vidéos de voyage et les conseils, une théorie revient inlassablement entourant la vie nocturne : la fameuse « règle des trois secondes » pour embrasser quelqu’un.
Cette histoire ne m’a pas vraiment surprise… Ayant grandi entre la France et le Brésil, embrasser quelqu’un en soirée sans échanger un seul mot et repartir comme si de rien n’était, n’avait rien d’exceptionnel. Ce qui m’a plus intriguée, c’est de voir les réseaux transformer cela en une règle semi-universelle. Mais existe-t-elle vraiment ? Voilà une enquête qui mérite d’être menée.
Fast and kissing
« La règle des 3 secondes est réelle les gars ». En quelques recherches, mon algorithme se remplit de vidéos de touristes français, américains, espagnols parlant de cela. Mais comment cela se passe ? Un créateur de contenu brésilien explique :
« Il suffit parfois de croiser le regard de quelqu’un pendant quelques secondes pour vous embrasser. Pas de prénom, pas de flirt, pas de questions… rien. Boum, un baiser. »
Selon lui, cette facilité s’explique par une culture où embrasser ne signifie pas forcément s’engager. « Au Brésil, s’embrasser est quelque chose de très courant. Ça ne veut pas dire que la personne est amoureuse de vous, c’est simplement une façon de sociabiliser. »
Alors on vous rassure, si vous avez prévu un voyage au Brésil, personne ne viendra vous embrasser en plein milieu de votre visite du Christ Rédempteur. Cette supposée règle s’appliquerait surtout en soirée.
« Au fond, embrasser au Brésil, c’est une autre manière de dire : "Ravi de te rencontrer" ou "Je te trouve beau ou belle" », assure le créateur de contenus. Et nombreuses sont les vidéos allant dans ce sens…
Mais les Brésiliens parlent-ils vraiment de cette fameuse règle des trois secondes ? Ou les touristes sont-ils en train de transformer une habitude culturelle en une legend-trend sur les réseaux ?
« On ne m’avait jamais parlé de cette règle »
Je pensais trouver des dizaines de vidéos de Brésiliens confirmant cette théorie. À la place, je tombe sur des Brésiliens qui découvrent eux-mêmes son existence… Ça commence bien. Caroline, une créatrice de contenu brésilienne, explique être tombée sur cette histoire en regardant les vidéos de touristes :
« Les étrangers parlent beaucoup de ça. Apparemment, ils pensent qu’au Brésil, si tu regardes quelqu’un pendant trois secondes, tu dois l’embrasser. On ne m’avait jamais parlé de cette règle. »
Avant de nuancer dans la foulée : « Finalement, ça a quand même un peu de sens... » Pour elle, les Brésiliens s’embrassent effectivement beaucoup plus facilement qu’ailleurs, au point qu’il est courant d’avoir des amis qui ont embrassé des dizaines, voire des centaines de personnes au cours de leur vie. En revanche, cette fameuse règle des trois secondes ne fait pas vraiment partie de la culture populaire.
Je décide alors de prendre l’option « appel à un ami » brésilien. André Nascimento m’explique que lui non plus n’a jamais entendu parler d’une « règle des trois secondes ». Tout s’effondre. En revanche, il comprend immédiatement de quoi je parle :
« Il existe un code du regard. On sait reconnaître quand quelqu’un veut nous embrasser. »
Selon lui, cette spontanéité est peut-être plus visible à Rio de Janeiro, une ville très touristique « où les gens ne veulent pas perdre de temps ». Mais il insiste : « Ce n’est pas automatique. Certaines personnes préfèrent discuter avant. Tout le monde n’est pas à l’aise avec ça. »
Et ça ne tenait finalement pas qu’à une rue ?
André me met donc sur une piste : Rio de Janeiro. Et si cette fameuse règle des trois secondes n’était finalement pas brésilienne, mais carioca… Mieux encore : et si elle se jouait dans une rue bien précise ?
Fanny Fernandes avait entendu parler de cette fameuse règle avant de partir au Brésil. Sur place, elle ne la retrouve pas directement. En revanche, une différence avec la France la frappe immédiatement : « Les gens viennent beaucoup plus facilement te parler. Et surtout, quand tu refuses, ils passent à autre chose. Ils n’insistent pas. » Au carnaval, l’ambiance est toutefois plus propice aux rencontres. Plusieurs hommes viennent l’aborder au cours de la soirée. « Un seul m’a demandé s’il pouvait m’embrasser », raconte-t-elle.
Sarah a pendant plusieurs semaines traversé le pays, de Sao Paulo à São Luís, passant par 17 villes. Son constat est sans appel : « Plus on avançait dans le voyage, moins cette culture des trois secondes existait. C’est mille fois plus courant à Rio qu’ailleurs ». Mais c’est surtout dans une rue où elle a expérimenté cette règle : Pedra do Sal. Tous les lundis, des centaines de personnes s’y retrouvent pour danser toute la nuit. Et c’est précisément là que la fameuse règle semble prendre vie : « Tu avances dans la foule, tu es collé aux gens qui marchent dans l’autre sens. Tu regardes quelqu’un pendant quelques secondes, vous vous croisez… et il t’embrasse », raconte-t-elle. Au point que ses amis et elle en ont fait un jeu. « On s’était lancé un challenge : embrasser cinq garçons le plus vite possible. » Une anecdote qui semble tout droit sortie des vidéos TikTok.
Les deux témoignages ne se contredisent pourtant pas. Ils dessinent plutôt une géographie du flirt brésilien. Sarah insiste d’ailleurs sur ce point : « À part Rio, les gens te parlent, ils dansent avec toi, ils te draguent avant de t’embrasser. Ça ressemble beaucoup plus à ce qu’on connaît. Rio, c’est vraiment très spécifique. »
Verdict ? Si vous partez au Brésil en espérant embrasser quelqu’un trois secondes après avoir croisé son regard, mieux vaut éviter de prendre votre billet uniquement pour ça. En revanche, si votre voyage passe par une soirée à Rio et pourquoi pas à Pedra do Sal, il y a de fortes chances que vous compreniez pourquoi cette légende est née.



















