Disco revival : Quand le « Studio 54 » à New York avait le sens de la fête
Cet été, « 20 Minutes » sort les boules à facettes pour la renaissance du mouvement disco. Dans ce premier épisode, découvrez où enflammer le dancefloor à ParisChristophe Séfrin
L'essentiel
- Cinquante ans après la sortie de « Love in C Minor » de Cerrone et quarante-sept ans après sa mise à mort symbolique lors du « Disco Demolition Night » de 1979, la fièvre du samedi soir s’est réinstallée partout – dans les bacs, sur les dancefloors, sur les podiums et sous les roues des patins à roulettes
- L’été 2026 ressemble à une grande boule à facettes. Des tubes d’hier qui ont fait danser la planète entière, au revival qui joue actuellement la mélodie de la nostalgie sur les dancefloors, le disco reste tout un symbole.
- Dans ce 2e épisode, retour sur l’icônique « Studio 54 », le club new yorkais où le disco fut en 1977 et 1978 symbole de fête, d’insouciance, de liberté, d’énergie…
Cet automne 2026, un club iconique rouvrira ses portes, Le Palace, 8 rue du Faubourg Montmartre. Face au Bouillon Chartrier, l’ancienne salle de spectacle devenue en pleine folie disco à la fin des années 70 le temple des nuits parisiennes, va faire peau neuve. Jacques Garcia, « le roi Soleil » de la déco, connu pour son travail sur des lieux iconiques comme l’Hôtel Costes ou Ladurée, est à la manœuvre… Une résurrection respectant l’ADN du lieu, souhaitée par le producteur de spectacles Mickael Chetrit et ses associés qui ont racheté Le Palace l’an passé.
En 1978, Fabrice Emaer, l’ancien propriétaire de la salle dont Grace Jones, Prince, Serge Gainsbourg et Karl Lagerfeld allaient fair leur Q.G. s’était inspiré d’un lieu qui faisait le buzz pour son Palace : le Studio 54. Ouvert en avril 1977 à New York, ce club où la fête devenait un spectacle total, dépoussiérait alors le monde de la nuit. Direction le 254 West 54th Street : arte.tv consacre un documentaire nostalgique et captivant au fameux Studio 54 qui, en seulement 33 mois d’existence, a accompagné la folie disco jusqu’à son apogée… pour mieux l’enterrer.
Avec le disco souffle un vent de liberté
Comme Le Palace à Paris avec sa façade emblématique, ses vitrines, mosaïques et fresques, le Studio 54 possède derrière ses portes en verre fumé un lourd passé dans le monde du divertissement. Avant que Ian Schrager et Steve Rubell, deux potes de fac, le rachètent en 1977, le lieu situé sur la 54e rue à New York, avait tour à tour été un théâtre, une salle d’opéra, mais aussi un studio TV. CBS y avait produit des émissions de variété, des jeux et programmes musicaux. Un décorum rêvé pour ses nouveaux propriétaires : « nous voulions créer la boîte de nuit ultime », rappelle Ian Schrager dans le documentaire Studio 54 - Un lieu de liberté et d’excès diffusé sur arte.tv depuis le 9 août.
Réalisé par Matt Tyrnauer, un ancien journaliste de Vanity Fair, ce film de 75 minutes retrace l’histoire incroyable d’un lieu bientôt iconique. Entre mythe et réalité, le spectateur y découvre l’aventure du site ouvert aux oiseaux de nuit new-yorkais le 26 avril 1977, alors que Staying Alive des Bee Gees et I Feel Love de Donna Summer squattent les billboards. Tandis que l’euphorie disco bat son plein, Schrager et Rubell veulent capitaliser sur le vent de liberté qui souffle avec elle.
Mais avant de croiser au Studio 54 Sylvester Stallone, Liza Minelli, ou Andy Warhol, il faut montrer patte blanche. L’excentrique Steve Rubell impose à l’entrée de son club flambant neuf sa fameuse « door policy », mélangeant célébrités, artistes, anonymes excentriques et figures de la nuit, toutes triées sur le volet. Mick Jagger et Keith Richard entrent gratos, mais pas les autres Rolling Stones qui doivent payer leur entrée ! « C’était là qu’il fallait être », rappelle Nile Rogers dont les sonorités du tube disco Le Freak avec le groupe Chic en 1978, offrent aujourd’hui un écho amer à la destinée du Studio 54…
Excentricité désinhibée et lasers colorés
Car sur place, l’argent coule à flots. Alors que Ian Schrager organise des soirées placées sous le signe de la liberté (des matelas sont installés aux sous-sols de l’établissement !), son associé Steve Rubell joue les fanfarons. À trop crier sur les toits qu’il fait « des tonnes de fric », c’est le fisc qui déboulera au Studio 54 le 14 décembre 1978. Et le fisc n’est pas chic…
En attendant, le Studio 54 impose son excentricité désinhibée, ses lasers colorés et sa di-ver-si-té ! « C’était cool, c’était chaud, c’était sexy », rappelle un ancien barman à propos du Studio 54. Plus qu’un prétexte pour s’éclater, les décibels du disco sont vécues comme « un refuge », notamment par les personnes transgenres qui trouvent le la 54e rue, un « abri, où elles sont intégrées, protégées », dixit un ancien employé. Et en 1977-1978, c’est au Studio 54 que pour la première fois, on voit des personnes gays… s’embrasser en public à New York ! « L’énergie gay était phénoménale, un vrai carburant », note aujourd’hui Ian Schrager. « On interrogeait la morale, les codes sociaux, on repoussait les limites », confesse l’ancien patron. Qui, comme son associé, finira en prison.
Dépasser les bornes
Un an et demi après l’ouverture du Studio 54, le fisc s’en mêle, donc. Soupçons de trafic de cocaïne, mais surtout fraude fiscale avérée (il est question de 3 millions de dollars détournés en à peine 2 ans), les deux proprios avaient « largement passé les bornes pour rester sous les radars », confesse Schrager dans le documentaire d’arte.tv. Malgré un bataillon de 37 avocats, rien n’y fait. Préférant finalement plaider coupables en novembre 70, les ex-princes de la nuit écopent de trois ans de prison. Ils « fêteront » leur dernier soir de liberté dignement au Studio 54 en janvier 80, entourés de Diana Ross, Andy Warhol et Calvin Klein. Las !
Après la discofolie, la discophobie : des mouvements anti-disco, notamment en réaction aux excès du Studio 54 creusent leur sillon. Certains activistes, comme Steve Dahl, un animateur de Chicago, organise une Disco Demolition Night le 12 juillet 1979 où les spectateurs sont invités à réunir des disques disco afin de les détruire lors d’une explosion ! Privé d’autorisation de débit de boissons, le Studio 54 ne survit que deux mois à l’emprisonnement de ses propriétaires, libérés en 1981.
Notre dossier sur «Le disco»Bientôt, le post-disco et ses musiques électroniques prennent vite la relève, avec notamment la Hi-NRJ incarnée par des artistes comme Dead or Alive ou Evelyn Thomas. Et pendant ce temps, un étrange virus nommé VIH fait des ravages. Le 25 juillet 1989, Steve Rubell décède des suites du Sida. Ian Schrager, ami de toujours avec lequel il avait créé le Studio 54, rebondira dans le monde de l’hôtellerie en investissant dans des hôtels où le design, l’architecture, l’éclairage, la musique et le service sont orchestrés pour créer une expérience unique. Comme au Studio 54.



















