Grace Jones : Les mémoires sexys, drôles et rock’n’roll d'une icône de la musique et de la mode

ICÔNE Grace Jones a sorti son autobiographie. Dans ce livre, la top-modèle, chanteuse et actrice jamaïcaine revient sur son enfance dans l’île, sa jeunesse aux Etats-Unis et sa carrière dans l’effervescence des années 1980…

Joel Metreau

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Grace Jones en promo pour ses mémoires, à Londres, le 12 novembre 2015.
Grace Jones en promo pour ses mémoires, à Londres, le 12 novembre 2015. — Vianney Le Caer/AP/SIPA

Reine de la disco, top-modèle hors-norme, chanteuse avant-gardiste, femme à scandale, égérie des années 1980, icône gay, actrice… Grace Jones fut tout cela à la fois et un modèle pour plusieurs générations d’artistes : Rihanna, Madonna, Lady Gaga… Aujourd’hui âgée d’une soixantaine d’années (elle ne dira jamais son âge), la Jamaïcaine a écrit ses mémoires, pour l’instant encore non traduites en français. Cela ne saurait tarder.

Car l’interprète fameuse de La Vie en rose et de Slave to the Rhythm a vu sa carrière prendre son envol après être arrivée en France. Sa rencontre avec Jean-Paul Goude s’avère également déterminante : l’illustrateur et publicitaire lui construit une image provocante et baroque. Au croisement de la mode, de la musique et du cinéma, Grace Jones se confie sans fard dans I’ll never write my memoirs (Simon & Schuster), son autobiographie cocasse, drôle et émouvante sortie cette fin d’année. Extraits choisis…

A Paris, Jerry Hall et Jessica Lange comme coloc

Au début des années 1970, Grace Jones quitte New York pour tenter sa chance à Paris. Elle y arrive seule, en descente de LSD. Son premier souvenir de la capitale française, ce sont les toilettes à la turque ! Un sacré contraste : « Les personnes les plus à la mode au monde, ceux qui disaient au reste de la planète comment s’habiller, et puis ces trous sales et sombres dans le sol, au-dessus desquels il fallait se balancer pour éviter de se mouiller. » Autre cauchemar pour elle : Les cabines à pièces.

A Paris, elle partage un appart avec deux autres jeunes femmes également mannequins : Jerry Hall, future épouse de Mick Jagger, et Jessica Lange, dont la carrière à Hollywood démarre en 1976 après son rôle dans King Kong. Les trois sont restées très copines aujourd’hui.

Grace Jones, au Palace, à Paris, en 1981. - ROBERT PATRICK/SIPA

 

Ce qui l’agace aussi à Paris, c’est le fait que les restaurants ne servent pas de beurre avec le pain. Elle raconte : « J’ai commencé à emporter mon propre beurre avec moi. J’ai aussi pris l’habitude de me promener avec des œufs pour jeter sur les chauffeurs de taxi quand ils refusaient de me prendre. Ils ont l’habitude de vous demander où vous alliez avant d’accepter. »

Draguée par Jack Nicholson

Sa première couverture de magazine en France, c’est pour 20 ans. « Quand le magazine m’a appelé pour me rencontrer, je ne me sentais pas très à l’aise dans ce que je portais. Quelque chose me dérangeait. Mes vêtements me démangeaient. Alors je les ai enlevées dans le bureau. J’ai attendu nue qu’on me demande de venir. »

A Paris, Grace Jones fait la connaissance d’un « génie », Issey Miyake, qui n’hésitait pas à faire appel à des mannequins d’origine africaine ou indienne, se rappelle-t-elle. Au Japon, Michael Douglas et Jack Nicholson, en promotion pour Vol au-dessus d’un nid de coucou étaient venus assister à un défilé du couturier, en débarquant en limousine. Grace refuse les avances de « Jack », mais ses copines de podium tombent dans le panneau : « Les filles commençaient à disparaître une à une. J’ai appris le lendemain (…) qu’il avait invité chaque fille dans la voiture, et chaque fille pensant qu’elle était la seule, une à une elles venaient à lui ».

Le même compositeur qu’Eddy et Johnny

Elle partage un point commun avec Eddy Mitchell. C’est avec Pierre Papadiamandis, le parolier et compositeur de La Dernière Séance et de La Couleur menthe à l’eau qu’elle a coécrit un morceau That’s The Trouble. « Il avait écrit quelque chose pour un album de Johnny Hallyday. C’était ma première collaboration en musique. Il ne parlait pas anglais, alors il n’avait aucune idée de ce que je chantais. »

A l’origine d’un tube… malgré elle

En 1977, Grace Jones avait invité Nile Rodgers et Bernard Edwards du groupe Chic pour célébrer le Nouvel an au Studio 54. Mais leurs noms ne figuraient pas sur la liste. Pourtant Grace affirme être « certaine d’avoir mis leurs noms sur la liste. Mais la boîte était tellement pleine qu’ils ne laissaient plus personne rentrer, même par l’arrière ou rentraient les célébrités. » Le portier leur a crié « Fuck off » (« Allez vous faire foutre »). « Ce Fuck off résonnait dans leurs oreilles. Leur musique était jouée à l’intérieur mais ils ne pouvaient rentrer. » Rentrés chez eux, les musiciens font un morceau et où le chœur s’écrie Fuck off. Pas terrible pour faire un hit, ils le changent en « Freak out ». Un tube est né : Le Freak.

Graces Jones sur scène en 2014, à Londres. - Richard Young/REX/REX/SIPA

 

La même nuit de réveillon, Grace Jones affirme avoir rencontré Marianne Faithfull pour la première fois, bien que cette dernière ne s’en rappelle pas. « Je m’en souviens bien parce que c’est là qu’elle m’a fait goûter aux Cocoa Puffs, des cigarettes à la marijuana enrobées de cocaïne. J’ai l’habitude de les appeler des Mariannes, parce que c’est la première personne avec qui j’en ai fumées. »

Proche d’Andy Warhol

Grace Jones fut aussi une proche d’Andy Warhol. A cette époque Grace sort avec Dolph Lundgren. « Andy pouvait m’appeler pour me demander de quelle taille était la bite de Dolph. (…) Il voulait en savoir plus sur mon nouveau petit copain, alors il a organisé une séance de photos avec Helmut Newton ». Une séance où le couple est nu ! Andy l’avait aussi invité au mariage d’Arnold Schwarzenegger avec Maria Shriver en 1986 dans le Massassuchets. Ils se sont rendus à l’évenement en jet privé. Ils sont arrivés en retard, au moment même où Arnold et Maria étaient à genoux s’échangeant leurs vœux. La porte a grincé et ils ont fait une entrée bien remarquée.

Elle a laissé filer un rôle dans « Blade Runner »

Grace Jones a aussi fait des erreurs de carrière. Sur les conseils de son compagnon Jean-Paul Goude, elle a refusé un rôle dans le film culte Blade Runner. Ridley Scott lui avait en effet proposé le rôle de Zhora, la danseuse exotique et dangereuse réplicante. Finalement le rôle échoit à Joanna Cassidy. Dans ses mémoires, elle regrette : « J’aurais dû prendre la décision moi-même plutôt que d’être prise dans la rivalité entre Jean-Paul et Ridley Scott dans le monde de la publicité. » Finalement, elle accepte de jouer dans le film Dangereusement vôtre aux côtés de Roger Moore et de Christopher Walken.

Autre regret, musical cette fois. Pour son album Inside Story, qui était produit par Nile Rodgers, elle voulait travailler avec un pionnier de l’afro-beat, le Nigerian Fela Kuti. Mais le courant ne passe pas plus que cela avec Nile Rodgers, qui ne le connaît pas. « Fela était dans le studio pendant qu’on travaillait sur Inside Story mais la seule chose qu’il voulait faire, c’était séduire Pam [la sœur de Grace Jones] et moi. »

Grace Jones, en 2006, à Londres. - Mr. JCY/Rex Features/REX/SIPA


Une robe créée par Keith Haring 

Grace a eu davantage de chance pour le tournage du clip vidéo du single I’m not perfect (But I’m perfect for you). Elle a engagé Keith Haring, qui lui a créé une robe géante qui se confond avec le sol. Autre guest-star : le gourou Timothy Leary, qui joue son psychiatre. Cette vidéo est aussi l’une des dernières apparitions d’Andy Warhol avant sa mort. Les mots qu’il prononce : Grace is perfect.