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Pourquoi c’est important d’apprendre aux enfants à nommer leurs parties intimes
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Pourquoi c’est important d’apprendre aux enfants à nommer leurs parties intimes

Si apprendre aux enfants à connaître leur corps est capital, le nommer correctement avec des termes précis, a aussi son importance
Clio Weickert

Clio Weickert

L'essentiel

  • Les enfants apprennent très tôt à identifier et nommer chaque partie de leur corps.
  • Si l’on utilise tout naturellement les termes anatomiques pour désigner les mains ou les jambes, on préfère souvent leur substituer des surnoms enfantins pour ce qui concerne les parties intimes.
  • Or, si apprendre aux enfants à connaître leur corps est capital, le nommer correctement avec des termes précis, a aussi son importance.

Dès leur plus jeune âge, on apprend aux enfants à identifier et nommer chaque partie de leur anatomie, du bout du nez jusqu’à la pointe des orteils, des oreilles jusqu’aux parties intimes. Un apprentissage du quotidien nécessaire qui « permet à l’enfant de se construire une représentation globale de son corps », explique à 20 Minutes Fanta Sissoko, conseillère conjugale et familiale à Paris, en partenariat avec des associations, des institutions ou encore des établissements scolaires.

« Connaître son corps » et « comprendre ce qu’est l’intimité » fait par ailleurs partie des objectifs d’apprentissage du Programme d’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR), enseigné dès l’école maternelle et entré en vigueur en 2025.

Mais toutes les parties du corps ne sont pas logées à la même enseigne. Si l’on utilise tout naturellement les termes anatomiques pour désigner les mains ou les jambes, on préfère souvent leur substituer des surnoms enfantins pour ce qui concerne les organes sexuels, tel que le « zizi », le « kiki », la « zézette » ou encore la « minette »… Or, si apprendre aux enfants à connaître leur corps est capital, le nommer correctement avec des termes précis, a aussi son importance.

S’approprier son corps et le protéger

Lors de ses interventions dans le cadre de l’EVAR, Fanta Sissoko préfère utiliser les termes anatomiques, plus « neutres » selon elle. « Kiki ou zizi, ça peut compliquer la compréhension chez certains alors que si on parle de pénis, de vulve ou de vagin, c’est très clair et ça permet aussi à l’enfant d’être à l’aise avec ce vocabulaire », estime-t-elle.

Pour le psychiatre, psychothérapeute et anthropologue Daniel Delanoë, apprendre aux enfants les termes exacts de leurs organes sexuels est très important et leur « permet d’en être propriétaire, de se les approprier. Si on ne leur dit pas le nom de ces parties de leur corps, c’est en quelque sorte une manière de les en priver ».

Or, connaître son corps est aussi une façon d’apprendre à protéger son intimité. Dans C’est MON corps !, un livre de référence sur le sujet à destination des jeunes lecteurs et de leurs parents, paru en 2024 aux éditions de La Martinière, l’autrice Mai Lan Chapiron explique dès les premières pages ce que sont les parties intimes. « Tes parties intimes sont à toi et à toi seul·e », écrit-elle ensuite, développant dans un second temps pourquoi personne n’a le droit d’y toucher ainsi que la notion de consentement.

« Pour signifier un interdit, il faut dire à l’enfant qu’on n’a pas le droit de le toucher sur ces parties du corps et c’est très important qu’elles soient bien nommées », souligne le psychiatre Daniel Delanoë. Il ajoute : « C’est considérer l’enfant comme un interlocuteur responsable, même s’il a 3, 5, 10 ans… Comme une personne qui sait ce qu’est son corps et ce qu’on peut lui faire ou pas. Ça fait partie du respect de l’enfant et c’est une façon de le protéger ».

L’enjeu de l’accueil et du respect de la parole de l’enfant

Au moins 160.000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année, dévoilait la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfant (CIIVISE) en 2023. Un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle toutes les trois minutes et près de 40 % des violences sexuelles avant 18 ans ont lieu avant l’âge de 11 ans. Apprendre aux plus jeunes à identifier leurs parties intimes peut aussi les aider à faire part de violences.

« Quand l’enfant subit une agression comme ça, il ne comprend pas. Il ne trouve pas de sens à ce qui lui arrive. D’avoir un certain vocabulaire, ça peut lui permettre de penser ce qui se passe », explique ainsi la conseillère conjugale et familiale Fanta Sissoko, dont toute une partie du travail réside dans la prévention des agressions sexuelles.

« Lorsque l’enfant est agressé sur ces parties du corps, c’est important qu’il puisse nommer et décrire l’agression avec des termes précis, abonde le psychiatre Daniel Delanoë. Quand ces mots sont utilisés, il sait à quoi ça correspond vraiment. »

Il y a aussi tout l’enjeu de l’accueil et du respect de la parole de l’enfant, cruciale, mais souvent inaudible aux oreilles des adultes. Lui apprendre à identifier son corps avec des termes exacts peut lui donner un outil pour que sa parole soit plus précise, mieux entendable, et sa confiance en lui renforcée.

« Si on s’est déjà adressé à lui en tant que personne, l’enfant va penser que sa parole aura plus de poids. Il ne sera pas infantilisé si on lui dit les bons mots. Or, si on est infantilisé, on n’est moins crédible », observe le psychothérapeute.

C’est donc aussi une façon de lui signifier que sa parole compte. « Lors des interventions EVAR, on aborde aussi le fait que les enfants, s’ils sont face à des situations qui les questionnent, peuvent toujours en parler à un adulte. Qu’ils sachent qu’il y a des adultes qui sont là et qui peuvent aussi les aider, qui sont prêts à les écouter. Ça fait la différence », estime Fanta Sissoko.