Vendredi sur Mer avait « juste besoin de rentrer » chez elle, à la montagne
au grand air•Avec « Malabar Princess », Vendredi sur Mer signe un retour aux sources, porté par une pop organique et introspectiveVictoria Berne
L'essentiel
- Avec Malabar Princess, Vendredi sur Mer signe un retour aux sources, inspiré par les paysages de son enfance en Suisse romande.
- L’album marque un virage musical plus organique, mêlant piano, guitare et textures brutes, loin des sonorités électro-pop de ses débuts.
- Pour la première fois, elle s’éloigne des histoires d’amour pour évoquer le besoin d’ancrage, de liberté et de reconnexion à soi.
Vendredi sur Mer, de son vrai nom Charline Mignot, revient avec Malabar Princess, un troisième album qui ressemble à une cabane perchée dans les hauteurs : un refuge, une métaphore du retour à soi.
Derrière une musique à la fois douce et affirmée, la chanteuse évoque un salutaire retour aux sources vers ses montagnes, après les avoir longtemps laissées derrière elle. Retour sur l’envol de cette chanteuse des montagnes vers la mer, avant retour aux cimes.
Vendredi sur Mer, mais une enfance à la montagne
Avant d’enfiler le pseudonyme poétique de Vendredi sur Mer, Charline Mignot grandissait les deux pieds bien ancrés dans la terre de Suisse romande. Elle se souvient d’une enfance entourée de paysages montagneux, à mille lieues du tumulte des villes. « Un très bon souvenir ! Je suis contente d’être née au vert, à la campagne. On était tout le temps dehors. Je n’ai pas du tout eu la même enfance que mes amis nés à Paris. »
Chez elle, pas de musiciens professionnels, mais un amour viscéral de la musique transmis par son père, passionné de CD, de Renaud, de Pink Floyd, de Manu Chao. « J’ai grandi avec une culture musicale hyper variée. Des chansons que j’écoute encore aujourd’hui. »
Des hasards heureux
La musique entre alors dans sa vie comme un hasard heureux. Lancée dans la photographie et la vidéo, elle travaillait sur un projet de court métrage, elle a alors décidé d’écrire elle-même la chanson pour sa bande-son, « pour voir ». Elle la poste sur SoundCloud, juste pour l’avoir sous la main, « au cas où… » Elle rencontre alors - toujours un peu par hasard - celui qui deviendra son manager. C’est là que tout commence.
Elle trouve alors son nom d’artiste. Un collage de mots trouvé au… hasard bien sûr. « Au début je pensais à "écume". Mais mes potes m’ont dit que ce n’était pas ouf. Un jour j’ai ouvert un magazine au hasard, j’ai vu "Vendredi", puis "à la mer" et j’ai composé avec ces deux mots. » Une évidence floue, mais une direction claire : celle d’un projet sensible, entre image et son, entre texte parlé et mélodie habitée.
Le poids du tube… et la joie de la scène
Sortent ensuite les premiers projets de Vendredi sur Mer avec des titres comme Écoute Chérie, Les filles désir ou La femme à la peau bleue. La chanteuse décroche un disque de platine et un disque d’or, avec des succès extrêmement viraux sur TikTok. « C’est fou que les gens les aiment toujours autant. Moi, je serais lassée à leur place !, plaisante-t-elle. Mais c’est aussi beau que des chansons vivent plusieurs vies. »
Une des vies de ces chansons aura été sur scène, en tournée. Des concerts pleins, des foules fidèles, et des souvenirs marquants pour Vendredi sur Mer. Aux Vieilles Charrues, elle se souvient d’un monsieur habillé en Viking, au premier rang. Venu par hasard, resté jusqu’à la fin. Un an plus tard, même festival, même tenue, même énergie. Elle le fait monter sur scène. « Ce sont des moments comme ça qui te montrent que ta musique touche des gens très différents », explique la chanteuse.
La métaphore du crash
Après une longue période sans écrire, elle tente un détour par Montréal, persuadée qu’un ailleurs lui offrirait les chansons qu’elle n’arrive plus à écrire. « J’y suis restée un mois et j’ai écrit un seul morceau… C’était Malabar Princess. C’est là que j’ai compris que je n’avais pas besoin de partir loin. J’avais juste besoin de rentrer chez moi. ». Ce retour tant attendu lui a offert le cadre adéquat pour écrire les neuf autres titres composant cet album. « Une fois que l’écriture était enclenchée, ça a été plutôt rapide » plaisante-t-elle.
Son nouvel album et la chanson éponyme, Malabar Princess, fait référence à un crash d’avion survenu dans les Alpes en 1950. « Ce n’est pas tant le drame que j’ai voulu convoquer, mais le fait de se prendre ses racines en pleine figure. Après dix ans loin de chez moi, j’ai eu besoin de revenir », explique l’artiste. Et ça se sent dans les paroles, comme dans l’esthétique de l’album. De la cover aux clips, il y a toujours un peu de ces montagnes natales.
Un album-paysage, un album-personnage
Malabar Princess est un album de paysages. Et de visages. Celui de ses montagnes, de son enfance, de sa solitude aussi. « C’est la première fois que je parle d’autre chose que d’amour ou de rupture. Peut-être parce que la trentaine arrive. Peut-être parce que j’en avais besoin. »
Certaines chansons sont même, dit-elle, de véritables lettres d’amour aux Alpes. Dans Arrêter le temps, avec Sofiane Pamart au piano, la frontière entre l’intime et le paysage se brouille. Une déclaration à un être cher ? Peut-être. Une déclaration aux paysages de son enfance ? « Chacun peut entendre ce qu’il veut. Mais c’est aussi une déclaration à la montagne. J’en parle comme je parlerais d’un humain. »
« Nature », un mot pour tout dire
Alors qu’elle s’apprête à repartir en tournée, Vendredi sur Mer pense déjà aux quelques jours volés entre deux dates, ceux où elle pourra revenir chez elle, dans sa montagne. « Je regarde mon planning et je me cale déjà des fenêtres de temps pour rentrer. »
Quand on lui demande de résumer cet album en un mot, elle n’hésite pas : « Nature. Parce que je suis nature, comme dit ma mère. » Et parce que cet album respire ça : le brut, le vivant, l’essentiel.


















