Lissage brésilien : Comment éviter les risques pour la santé liés à l’acide glyoxylique ?
Santé•L’Anses alerte ce mercredi sur les risques associés aux lissages brésiliens contenant de l’acide glyoxylique, à l’origine de cas d’insuffisance rénale aiguëAnissa Boumediene
L'essentiel
- Ce mercredi, l’Anses pointe la toxicité de l’acide glyoxylique, une substance chimique qui entre dans la composition de nombreux produits de lissage brésilien.
- Cette substance est à l’origine d’au moins quatre cas d’insuffisance rénale aiguë chez des personnes qui avaient en commun d’avoir fait un lissage brésilien.
- Mais pourquoi l’acide glyoxylique entre-t-il dans la composition des produits de lissage brésilien ? Quels sont les risques associés à cette substance ?
Elles voulaient une chevelure lisse, souple et brillante, et ont récolté une hospitalisation. Ce mercredi, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) lance une alerte sur les risques associés au lissage brésilien, après avoir identifié « quatre cas d’insuffisance rénale aiguë » chez des personnes âgées de 28 à 42 ans, « en lien avec l’utilisation de différents produits capillaires contenant de l’acide glyoxylique ».
Hospitalisées, ces quatre personnes, intoxiquées entre janvier et août 2024, « ont guéri suite à un traitement », indique l’agence, qui a lancé une expertise de la toxicité rénale de cette substance chimique en application capillaire. Mais pourquoi est-elle utilisée ? Comment reconnaître les signes d’une intoxication ? Et surtout, comment l’éviter et améliorer l’information des professionnels et des consommateurs ?
Nausées, fièvre et sensation de brûlure
Les cas d’insuffisance rénale mis au jour par l’Anses sont tous survenus après l’application de produits lissants dans un salon de coiffure. Des cas loin d’être isolés. En mars, des chercheurs français rapportaient déjà, dans le cadre d’une étude publiée dans le New England Journal of Medicine le cas d’une jeune femme ayant connu « trois épisodes consécutifs de lésion rénale aiguë après avoir reçu des traitements de lissage des cheveux », et qui présentait comme symptômes « des vomissements, une diarrhée, de la fièvre et des maux de dos ».
Si le lien n’a pas été établi tout de suite, les médecins ont ensuite constaté que « chaque épisode de lésion rénale aiguë avait coïncidé avec un traitement capillaire dans le même salon le jour où les symptômes avaient commencé », rapportent les auteurs de l’étude, qui ont trouvé la preuve de la toxicité de cette substance sur le foie. « La patiente a signalé une sensation de brûlure lors de chaque procédure, suivie d’ulcères du cuir chevelu ». Or, « la crème utilisée pour la procédure de lissage contenait 10 % d’acide glyoxylique ».
Par quel mécanisme cette substance devient-elle toxique ? En pratique, lorsque l’acide glyoxylique « passe dans le sang par le cuir chevelu », il peut « se transformer en cristaux d’oxalate » de calcium, qui vont causer des dommages rénaux, a expliqué le Dr Juliette Bloch, directrice des alertes et des vigilances sanitaires à l’Anses. Et « il est très probable que d’autres cas soient passés sous les radars. Et même s’il y a eu des insuffisances rénales diagnostiquées dans les heures qui suivent, la personne peut ne pas faire le lien », a-t-elle poursuivi. Mais en cas de signes d’insuffisance rénale - douleurs abdominales ou lombaires, nausées et/ou vomissements - quelques heures après application d’un produit capillaire contenant de l’acide glyoxylique, il faut « consulter rapidement un médecin ou appeler un centre antipoison » en mentionnant cette utilisation, avertit l’Anses.
Une substance de remplacement
Pourquoi une telle substance entre-t-elle dans la composition de nombreux lissages brésiliens ? « Le lissage des cheveux à l’aide d’agents chimiques est une technique de coiffure très répandue dans le monde et appelée procédure "brésilienne" », rappelle l’Académie nationale de médecine, qui pointait en juin dernier « un risque sanitaire qui pourrait être sous-estimé, car méconnu ».
A l’origine, « le formaldéhyde était utilisé pour ce défrisage mais, classé cancérigène, il a été remplacé, dès 2013, par des dérivés de l’acide glycolique, notamment l’acide glyoxylique, poursuit l’Académie de médecine. Lors de ces procédures, l’exposition à l’acide glyoxylique peut se produire par inhalation ou par contact cutané et oculaire ».
A la lumière des cas identifiés par l’Anses, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et la direction générale de la Santé (DGS) déconseillent, par précaution, aux salons de coiffure et aux particuliers d’utiliser ces produits et aux commerces de produits cosmétiques de les vendre, en attendant les conclusions de l’expertise de l’Anses fin 2024. La DDGCCRF recommande aux particuliers de vérifier la composition de leurs produits lissants t 'éviter ceux contentant de l’acide glyoxylique.
Améliorer l’information des professionnels
Un manque à gagner pour nombre de salons de coiffure, avec un soin plébiscité et souvent facturé à un tarif élevé. « Certains coiffeurs, en particulier les chaînes, vont être bien malheureux : ils ne font que ça du matin au soir », s’exclame Patrick Medjkane, coiffeur indépendant qui déclare faire peu de lissages, avec un « produit top, au cacao : au prix où il est, je suis sûr qu’il n’y a pas d’acide glyoxylique dedans ». Vérification faite et à son grand étonnement, c’est pourtant le deuxième ingrédient de son produit phare, « écrit tout petit, petit » sur le flacon.
« Je n’ai jamais eu de problème avec ces produits », affirme Vanessa Ea, qui enchaîne les lissages brésiliens dans son salon de coiffure sans avoir connaissance de l’alerte sanitaire. Cette gérante d’un petit salon parisien du 10e arrondissement de Paris utilise deux produits de lissage à la kératine dont l’un, « très populaire chez les coiffeurs » selon elle, contient cette substance chimique, et l’autre non, pour cette prestation demandée par des femmes et des hommes, facturée 150 à 240 euros.
Et pouvant dépasser les 300 à 500 euros dans certains salons de coiffure parisiens. Comme la plupart des coiffeurs parisiens interrogés mercredi, elle ignore que les autorités sanitaires viennent de déconseiller l’usage des produits de lissage brésilien contenant cet ingrédient cosmétique, jugé « potentiellement toxique » car pouvant entraîner une insuffisance rénale aiguë.
Plus de transparence
Du côté des clientes, pas facile de savoir ce que contiennent les produits lissants employés. Depuis quelques années, Inès, 37 ans, fait régulièrement des lissages brésiliens chez le coiffeur pour « dompter [ses] cheveux frisés et les empêcher de gonfler et devenir mousseux au moindre brin d’humidité dans l’air », explique-t-elle. Mais si la jeune femme est satisfaite du résultat, elle s’interroge depuis longtemps sur la composition des produits utilisés.
« Pourtant, j’avais choisi un salon parisien qui a pignon sur rue, réputé pour son lissage brésilien bio. Mais quand on m’a posé le produit, cela m’a piqué le cuir chevelu et en plus de son odeur désagréable, le produit me piquait les yeux au point de me faire pleurer et me brûlait la gorge quand je respirais. Je me suis demandé s’il ne contenait pas des substances chimiques nocives mais quand j’ai posé la question, je n’ai pas eu de réponse claire. Alors je n’y suis plus retournée. J’ai trouvé un autre salon assez réputé, et assez cher, où l’application du produit ne déclenche pas les mêmes effets. Mais avant mon prochain lissage, vu le prix et les risques potentiels sur la santé, je vais demander à voir l’étiquette du produit, qui devrait être affichée sur le site ou accessible sur demande », estime-t-elle.
« Il est urgent de réglementer » l’utilisation de l’acide glyoxylique dans les produits capillaires de lissage, plaide ce mercredi sur franceinfo Laurence Coiffard, professeure en cosmétologie à l’université de Nantes. Un appel à la plus haute prudence partagé par l’Académie de médecine, qui « recommande de diffuser des messages d’alerte et d’information auprès des professionnels de santé, des salons de coiffure et des commerces de produits cosmétiques à base d’acide glyoxylique ». Et « insiste sur l’importance d’informer les utilisateurs sur les risques en cas d’usage fréquent de ces produits lissants », soulignant « l’importance de ne pas réaliser de lissage des cheveux en cas de lésions du cuir chevelu, ce qui augmente la pénétration de l’acide glyoxylique ».


















