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Mondiaux de tennis de table : « Le timing est idéal »… A 17 ans, Félix Lebrun chamboule déjà l’histoire de son sport
TENNIS DE TABLE•Perçu comme un phénomène mondial, l’ado montpelliérain va tenter, aux côtés de son frère Alexis (20 ans), de porter les Bleus très haut lors des championnats du monde par équipes, qui ont débuté ce vendredi par un succès (3-1) contre le DanemarkJérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France est arrivée avec ambition aux championnats du monde par équipes de tennis de table à Busan (Corée du Sud), avec un premier succès ce vendredi (3-1) contre le Danemark, grâce à deux victoires de Félix Lebrun (17 ans) et une de son grand fère Alexis (20 ans).
- Si les Bleus comptent obtenir leur première médaille mondiale depuis 1997, c’est avant tout parce qu’ils comptent dans leurs rangs les deux frangins montpelliérains, respectivement numéro 6 et numéro 22 mondial.
- Félix Lebrun, qui pourrait être l’un des héros tricolores des JO de Paris 2024, chamboule totalement le paysage du tennis de table mondial, même si les cinq meilleurs joueurs restent chinois.
Les Lebrun partent à la conquête du monde. Ce vendredi matin, Félix (deux succès) et Alexis (une victoire) ont entamé de belle manière leur deuxième campagne de Mondiaux par équipes de tennis de table contre le Danemark (3-1), avant d’affronter d’ici lundi l’Algérie, l’Autriche et l’Australie. En 2022 à Chengdu (Chine), le parcours de l’équipe de France s’était arrêté en quart de finale contre l’Allemagne (2-3). Mais cette fois à Busan (Corée du Sud), un objectif de médaille a clairement été défini par la Fédération française de tennis de table (FFTT).
« Notre dernier podium mondial remonte à l’argent obtenu en 1997 à Manchester, indique le directeur technique national (DTN) tricolore Jean-Nicolas Barelier. Avec trois joueurs classés dans le Top 30 mondial, on est la quatrième meilleure nation au monde. La médaille est un objectif que la fédé ne pouvait pas décemment fixer sur les précédentes grandes compétitions. Mais là, on est désormais obligé de le faire. »
Seuls Secrétin et Gatien ont fait mieux que son classement en France
« Obligé » car les Bleus comptent à présent dans leur rang un prodige de 17 ans nommé Félix Lebrun. « Les temps ont changé, demain tout ira mieux tu verras », samplait en 1997 IAM dans Petit Frère, pile lorsque Jean-Philippe Gatien, Damien Eloi et Patrick Chila faisaient briller l’équipe de France au niveau mondial. Après une longue traversée du désert, le renouveau vient de Montpellier, et de deux blonds à lunettes aux visages enfantins.
Frère cadet d’Alexis (20 ans), Félix Lebrun est devenu en novembre dernier le troisième joueur le plus précoce de l’histoire de ce sport à intégrer le Top 10 mondial. Ajoutez à cela qu’avec son sixième rang actuel, il est (déjà) le troisième pongiste français le mieux classé ever. Oui oui, le tout à 17 ans. Lorsqu’il a pris ses fonctions en avril 2021, à trois mois des JO de Tokyo, Jean-Nicolas Barelier n’avait pas conscience qu’un tel phénomène était sur le point de bondir pour changer la face du ping français aux côtés de son grand frère, 22e joueur mondial.
« On a voulu donner un signal aux Lebrun dès 2022 »
« Je n’avais pas du tout eu le temps de me préoccuper de la relève, mais simplement de la sélection pour ces Jeux, confie le DTN français. Et là, confiné dans ma chambre d’hôtel au Japon, je regardais durant la nuit Alexis et Félix lors des championnats d’Europe juniors et cadets, qui se disputaient au même moment. A 10.000 km d’eux, je leur ai vu des qualités exceptionnelles. » C’est pourquoi en janvier 2022, lorsque la FFTT décide de mettre en place une cellule de performance en vue des JO 2024, Alexis et Félix sont inclus, à seulement 15 et 18 ans, malgré un classement seniors… au-delà du Top 1.000 mondial.
« On a voulu leur donner un signal pour les accompagner au mieux, avec plus de moyens et un encadrement dédié, plus individualisé, avant même leurs premiers résultats concrets chez les seniors. » Entre leur papa Stéphane, ancien numéro 7 français, et leur oncle Christophe Legoût, ex-14e joueur mondial, la fratrie Lebrun n’a jamais grandi bien loin de la petite balle blanche.
Sa prise porte-plume, un contrepied de l’histoire du ping
Mais l’une des principales sources d’inspiration du cadet Lebrun se nomme Chen Jian, un joueur professionnel chinois qu’il suivait de près lors de ses matchs à Montpellier. C’est son jeu qui a incité Félix Lebrun à travailler très tôt cette prise porte-plume, historiquement accolée aux pongistes asiatiques. Mais le jeune Montpelliérain casse les codes, puisqu’il est désormais le joueur le mieux classé à adopter cette prise, au contraire de tous les Chinois trustant le Top 5 mondial. « Je ne suis pas certain que Félix fasse la différence grâce à ce choix, analyse Jean-Nicolas Barelier. Ce n’est pas pour rien si cette prise porte-plume a été délaissée. Mais il parvient à la sublimer avec toutes ses qualités. Il met cette prise au service de sa créativité et il frappe tellement tôt la balle qu’il fait des coups que d’autres ne font pas. »
Plus jeune médaillé lors d’un championnat d’Europe, avec le bronze obtenu en 2022 en double aux côtés de son frère (évidemment), Félix Lebrun a remporté depuis huit mois trois compétitions majeures : les Jeux européens, le tournoi WTT d’Antalya (Turquie), et enfin il y a deux semaines celui de Goa (Inde), le plus prestigieux de sa jeune carrière, synonyme d’arrivée aux portes du Top 5 mondial. Battu en demi-finale (1-3) à Goa par le phénomène tricolore, l’Allemand Patrick Franziska raconte avoir découvert les deux frangins début 2022.
« Avec son style de jeu déjà très agressif, Félix montrait qu’il avait beaucoup de potentiel, raconte le joueur de 31 ans. Je ne détectais pas de véritable point faible alors qu’il n’avait que 15 ans. Il était capable de toujours rester proche de la table, quel que soit l’échange. Il n’était pas du genre à tergiverser, à trop réfléchir. Il est certain qu’il est spécial, comme c’est d’ailleurs spécial de voir débouler deux frères au plus haut niveau. » »
Félix Lebrun, numéro trois en vue des JO de Paris 2024 ?
Son dernier affrontement à Goa pousse Patrick Franziska à un constat : « J’aimerais toujours forcer l’adversaire à s’adapter à mon style de jeu. Mais là, je dois admettre que c’est moi qui ai dû m’adapter au sien. Avec lui, ça va très vite. Ses services sont redoutables et lui permettent d’être très agressif d’emblée. On sent qu’il s’amuse tout en étant très concentré durant ses matchs ». Cette maturité bluffante, dans la lignée de ses compatriotes Kylian Mbappé et Victor Wembanyama, pousse la FFTT à osciller entre admiration et exigence.
« Il y a une forme de continuité étonnante chez Félix, mais aussi chez Alexis, évoque Jean-Nicolas Barelier. On se retrouve à banaliser l’exceptionnel. Mais quelque part, on se doit de le faire pour continuer à viser à chaque fois des objectifs élevés. » Surtout quand on sait que chaque pays ne pourra présenter que deux pongistes sur le tournoi de simple l’été prochain aux JO de Paris 2024. Ce qui implique que trois membres de l’actuel Top 5 mondial/chinois regarderont la compétition à la télévision. Et par rebond, Félix Lebrun sera numéro trois olympique s’il conserve sa dynamique actuelle.
La Française Jia Nan Yuan a remporté le Top 16 européen en janvier
« Maintenant que ces frères sont là, et avec Simon Gauzy toujours à un haut niveau (30e mondial), la France a de bonnes chances d’obtenir des médailles aux Jeux, estime ainsi Patrick Franziska. Le timing de ces JO de Paris 2024 est idéal et fantastique pour votre pays. C’est même une chance pour tout le tennis de table mondial de voir deux jeunes talents comme eux émerger de la sorte. »
D’ailleurs, à quel point l’effet Lebrun se diffuse-t-il sur toute la discipline en France ? Le DTN tricolore fait part de « sollicitations médiatiques inédites pour notre sport » avec cette perspective des Jeux à la maison. De même, le club d’Angers a récemment vendu en quelques minutes les 1 200 billets de son match de championnat de France Pro A des clubs contre l’Alliance Nîmes-Montpellier, puisque les bros Lebrun allaient être de la partie.
Quant au nombre de licenciés dans l’Hexagone, il est sur le point de dépasser cette saison son chiffre record remontant à 2018-2019, avec 211.462 licenciés, qui précédait un net recul lié à la période de Covid-19. « Et puis il y a une belle dynamique globale en équipe de France, chez les garçons comme chez les filles, insiste Jean-Nicolas Barelier. Jianan Yuan [38 ans] a remporté le Top 16 européen le mois dernier, ce qui n’était jamais arrivé pour une Française. » Forcément de quoi rêver plus grand qu’une quatrième place en double mixte comme climax d’une olympiade, comme cela avait été le cas à Tokyo. « Félix peut devenir le meilleur joueur européen de l’histoire, son avenir est radieux, conclut l’Allemand Patrick Franziska. Mais il faut voir comment il va gérer l’énorme pression de Jeux à domicile à son jeune âge. » On ose à peine imaginer le kif procuré par une médaille olympique autour du cou d’un talent pas encore majeur, 24 ans après la paire Gatien-Chila à Sydney.


















