A Roland-Garros, le petit boycott en mousse des stars du tennis ne prend pas vraiment
pas contents, pas contents•La menace d’un boycott qui a un temps plané sur Roland-Garros s’éloigne. Vendredi, les cadors du circuit ont poliment boudé devant la presse, mais ne sont pas (encore) prêts à prendre d’engagement fortWilliam Pereira
L'essentiel
- Les joueurs et joueuses de tennis ont évoqué ces dernières semaines l’idée d’un de boycott des tournois du Grand Chelem pour protester contre la répartition des revenus, revendiquant 22 % de rétrocession.
- Certains joueurs ont mené une opération de protestation à peine visible vendredi à l’occasion du media day de Roland-Garros, réduisant le temps des conférences de presse à 15 minutes.
- Les joueurs interrogés comme Taylor Fritz, Andrey Rublev et Iga Swiatek restent très prudents sur un réel boycott, tandis que les Français Loïs Boisson et Corentin Moutet ne se sentent pas concernés par le mouvement.
A Roland-Garros,
La phrase est sortie quasi de nulle part tandis que Loïs Boisson se faisait attendre, vendredi matin, pour sa conférence de presse d’avant tournoi. « Bon alors, qui fait grève ? On ne sait même pas qui fait grève », remarquent deux confrères engagés dans LA discussion du moment à Roland-Garros - avec l’état de santé d’Arthur Fils - à savoir la menace de boycott brandie par les joueuses et joueurs du circuit mécontents de la répartition des revenus entre les tournois du Grand Chelem et les acteurs du jeu. Malgré la hausse des prize money de 9,5 % par rapport à l’année dernière, le pourcentage reversé par les « majeurs » aux joueurs pourrait passer sous les 15 %, loin, très loin des 22 % de rétrocession revendiqués dans une lettre envoyée aux quatre organisateurs - un chiffre appliqué par l’ATP et la WTA sur les Masters 1000 mixtes.
La « grève » désigne ici la rumeur d’une action plus ou moins coordonnée pour saboter le media day, rituel au cours duquel les athlètes se présentent à la presse les uns après les autres avant l’ouverture des hostilités. Sabotage est un bien grand mot, fausse menace serait plus approprié, puisqu’il s’agit ici de plafonner les conférences de presse à 15 minutes.
Cocasse quand on sait qu’elles atteignent rarement ce seuil, ce dont s’amusait le journaliste Ben Rothenberg en publiant les durées des pré-conférences de presse de l’Open d’Australie. Parmi les cadors du circuit, seul Novak Djokovic avait dépassé le quart d’heure d’une poignée de secondes, quand les têtes d’affiche de la fronde, Jannik Sinner et Aryna Sabalenka, échouaient de peu sous les dix minutes. Difficile de savoir si la Bélarusse a écourté son temps de parole vendredi par conviction ou par habitude. Sur la forme, les revendications sont tellement peu assumées que les journalistes ont dû interroger les joueurs au goutte-à-goutte pour savoir si oui ou non ils boudaient.
Swiatek, Rublev et Fritz très flous sur le boycott
A date, on est donc plus près du coup de communication que d’un mouvement porté par la CGT et Force ouvrière, ce qui avait valu à l’Américain Reilly Opelka de tourner en dérision la démarche. « Nous en sommes à deux étapes du super plan de Larry Scott (l’ancien boss de la WTA qui conseille les joueurs dans leur stratégie). Ecrire une lettre à laquelle personne n’a répondu, ensuite menacer de quelque chose (un boycott) dont tout le monde sait qu’il n’aura jamais lieu, et quoi encore ? Pas de conférence de presse pendant Roland-Garros, ça va sûrement marcher ! »
D’autant plus que si la teneur du message trouve un écho fort chez les acteurs, l’idée d’un réel appel au boycott pour peser franchement dans le rapport de force avec les Grands Chelem était loin d’avoir fait son nid ce vendredi. Taylor Fritz, par exemple, est « impliqué avec tous les autres [dans les discussions sur le prize money], comme à peu près tous les grands joueurs », il estime que les joueurs « ont été assez patients, plutôt cools dans [leurs] demandes et [ils ont] tous le sentiment que c’est un manque de respect et qu'[ils sont] ignorés », mais refuse d’appuyer sur le bouton rouge. « Je ne suis pas sûr de vouloir être amené sur ce terrain-là […] je ne veux pas agiter cette menace parce que, si je dis cela, il faut que je le pense vraiment. »
Même constat pour Andrey Rublev. Le Russe a déroulé sur plusieurs minutes sur les raisons du mécontentement, sur les mails envoyés aux instances restés dans réponse, sur les Grands Chelem qui « ne sont pas ceux qui apportent le plus d’aide », mais a pris à peine plus de risques que l’Américain au moment de conclure : « nous sommes ouverts à la communication et la balle est dans leur camp. S’ils ne veulent pas nous entendre, nous réfléchirons aux prochaines étapes pour être entendus. »
Une prudence dans l’escalade que l’on retrouve également chez Swiatek : « Il faut voir déjà leurs réactions. Si on fait quelque chose qui n’est pas positif, je ne crois pas que ce soit très bien. Ça n’a pas vraiment de sens, non ? On peut peut-être essayer d’insister quand même un peu plus, pour obtenir ce dont on a besoin, pour que le tournoi soit davantage prêt à nous écouter et à engager le dialogue. »
Boisson et Moutet pas concernés par les protestations
C’est à se demander où se cachent les nombreux joueurs « prêts à boycotter » dont parlait Madison Keys mi-mai. Spoiler alert : pas en France. « Je n’y prends tout simplement pas part, parce que je n’y connais rien », a l’honnêteté d’admettre Loïs Boisson. Quant à Corentin Moutet, il reste fidèle à son image d’électron libre. « Moi, je ne fais partie d’aucun mouvement. C’est un sport individuel. S’il y avait un mouvement, je pense que tous les joueurs se seraient unifiés bien plus tôt. C’est un sport individuel, tout le monde défend ses intérêts. »
Quelle que soit la suite des opérations, les quelques courageux qui voudront boycotter dans le futur devront donc s’attendre à n’être suivis que partiellement. Dans le meilleur des mondes, les discussions entre Larry Scott, Gilles Moretton et Amélie Mauresmo aboutiraient à un nouvel accord qui calme tout le monde. Mais quel intérêt à bouger le petit doigt quand la menace brandie est si fragile ? Et le cas échéant, que faire si ça ne bouge pas. Jannik Sinner a la réponse : « On verra ! »



















