Roland-Garros 2025 : S’entourer d’un coach étranger, la bonne idée d’Arthur Fils pour écarter la pression du tournoi ?
tennis•Le Croate Ivan Cinkus a séduit Arthur Fils qui en a fait son seul entraîneur. Le jeune Français apprécie son franc-parler. Sa distance avec la pression de Roland-Garros joue aussi en faveur de FilsWilliam Pereira
L'essentiel
- Opposé à Jaume Munar au 2e tour de Roland-Garros, Arthur Fils est libéré d’un poids après sa première victoire Porte d’Auteuil.
- Si le tirage favorable l’a aidé à franchir ce cap crucial, l’arrivée d’Ivan Cinkus dans son staff au début de l’année semble lui avoir apporté un certain équilibre. « Il est très direct, mais je l’aime », déclarait Fils après sa victoire au premier tour contre Jarry.
- Le choix d’un entraîneur étranger est salué par des observateurs comme Jo-Wilfried Tsonga et Marion Bartoli, consultants pour Peime Video, qui y voient des avantages en matière de désacralisation des joueurs étrangers et de gestion de la pression médiatique française.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Ce n’est jamais qu’un premier tour de Roland-Garros, mais la victoire d’Arthur Fils face à Nicolas Jarry a peut-être aidé le Français à éclater le plafond de verre. A minima, elle l’a soulagé. « Il faut débloquer son compteur partout, et c’était un des derniers tournois qui me manquait, se satisfaisait-il après son succès en quatre sets contre le Chilien. Maintenant content et c’est parti ! »
Jarry n’étant ni Davidovich Fokina, ni Arnaldi (les bourreaux de Fils en 2023 et 2024), il faut bien évidemment remercier la chance au tirage, encore qu’à son niveau, elle se provoque en grimpant dans la hiérarchie mondiale, ce qu’Arthur a su faire brillamment ces derniers mois. Mais réduire le cap franchi par le Francilien à sa bonne fortune reviendrait à ignorer certains choix judicieux, à commencer par l’arrivée de l’entraîneur Ivan Cinkus au sein de sa structure dès le début de l’intersaison. « On avait fait quelques entraînements ensemble avec Kecmanovic [qu’il entraînait à l’époque]. J’ai toujours aimé la manière dont il coache et dont ça se passe sur le terrain », racontait Arthur Fils au début de l’année.
« Il est très direct, mais je l’aime », Arthur Fils sous le charme
Le Croate s’est d’abord greffé au staff de Sébastien Grosjean avant de se retrouver seul pilote à bord après le départ de l’ancien n° 4 mondial au mois de mars. La mayonnaise prend rapidement entre Fils et son nouveau mentor, dont il apprécie le franc-parler, comme il le rappelait après sa première victoire à Roland-Garros. « Il m’a presque frappé à la fin du match. Il m’a dit : "mec, tu as eu tellement d’occasions. Il faut les saisir, ne pas avoir peur !" Il est très direct, mais je l’aime. Au moins, on sait où on va, et c’est ce que l’on fait maintenant. » Grosjean appréciera la fin de la phrase.
Il faut reconnaître qu’Ivan Cinkus a bonne presse dans le milieu. Attrapé à la volée après une défaite Marin Cilic loue la « très bonne lecture de jeu » de son ancien entraîneur, à laquelle on doit sûrement les nets progrès tactiques de Fils depuis le début de la saison sur terre battue. Mais c’est surtout son statut d’étranger qui lui vaut l’appui d’observateurs de renom. Désormais consultant pour Prime Video, Jo-Wilfried Tsonga regrette par exemple de n’avoir pas eu l’audace d’Arthur Fils d’aller voir ailleurs dans ses jeunes années. « J’aime beaucoup ce choix d’Arthur. Le fait de s’entraîner avec des gens d’autres pays permet de désacraliser les joueurs étrangers, parce qu’on ne sait pas comment ils font. On se rend compte qu’il n’y a pas d’autre formule magique que le travail. »
« Un entraîneur étranger va moins ressentir la pression médiatique française »
On se rend compte aussi que la vie ne s’arrête pas à Roland-Garros. C’est la théorie de Marion Bartoli. « L’entraîneur étranger va beaucoup moins ressentir la pression médiatique française et en ce sens c’est peut-être bien d’avoir moins de Français dans le staff. Un coach étranger va vraiment rester dans son projet avec Arthur au quotidien, rester dans les principes techniques et tactiques qu’il lui demande d’appliquer. » Les propos du joueur de 20 ans avant le début du tournoi allant dans le sens de Bartoli : travail et décontraction l’ont permis de mieux aborder le tournoi que les deux dernières années.
« Je m’entraîne mieux sûrement, c’est déjà pas mal. Je perds beaucoup moins d’énergie à l’entraînement vu que je m’entraîne bien. Je ne suis pas trop nerveux, tout va bien. Je pense que cela joue beaucoup et… Quoi d’autre ? J’essaie de ne pas perdre trop d’énergie parce que quand on est à Paris, on est souvent sollicité. Après, j’ai mon équipe Philippe [Weiss, son agent], on a Jean qui gère plutôt très bien les demandes. On n’a pas passé trop de temps avec les médias. » Au rayon des distractions, Arthur Fils peut aussi compter sur l’excitation des derniers jours avant la finale de Ligue des champions qui attend son club de cœur, le Paris Saint-Germain. « Je vais la regarder dans ma chambre et je ne vais pas perdre d’énergie avec cela, je n’espère pas, mais je serai à fond. » Oublier la pression, c’est bien, mais attention à ne pas oublier l’essentiel. Pour vivre la finale du PSG à Roland-Garros, il devra d’abord passer l’obstacle Jaume Munar.



















