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Richard Gasquet promet de « tout donner » pour sa der à Roland-Garros

Roland-Garros 2025 : « Tout ce que je peux garantir, c’est que je vais tout donner », promet Gasquet avant sa « der »

interviewA quelques jours de son dernier Roland-Garros, Richard Gasquet évoque en interview à « 20 Minutes » ses adieux au tennis et revient sur une carrière riche en émotions mais sans titre individuel majeur
William Pereira

Propos recueillis par William Pereira

L'essentiel

  • Richard Gasquet se prépare pour son 22e et dernier Roland-Garros, malgré une blessure au mollet, en espérant gagner au moins un match.
  • Gasquet dresse un bilan positif de sa carrière, tout en reconnaissant la difficulté d’affronter une génération exceptionnelle : « Quand tu es en demie et que tu as face à toi les trois meilleurs joueurs de l’histoire et qu’il fallait en battre deux pour aller au bout… Ça fait partie des défis sportifs les plus durs que tu puisses trouver dans le sport. »
  • Après sa carrière de joueur, Gasquet envisage de rester dans le tennis pour aider les joueurs français : « Je veux aider des joueurs, aider des Français. C’est ce qui me parle le plus. Moi, j’ai été dans leur situation, je sais qu’il y a quand même certaines choses à faire et à ne pas faire. »

Rendre hommage à Richard Gasquet, à l’Opéra Garnier, il fallait y penser. Après tout, quoi de mieux pour valoriser l’élégance de celui qui par son revers a tant fait rêver, autant qu’il a pu frustrer, que les lustres, balcons, moulures, dorures, sculptures et peintures du palais parisien. L’intention louable est à mettre au crédit du Coq Sportif dans son désir de réussir ses adieux à Ritchie, à quelques jours de son 22e et dernier Roland-Garros. Le Français est engagé avec la marque depuis 2014, avec quelques tenues iconiques au passage. « Celle de 2016 avec les manches tricolores est peut-être la plus marquante, nous dit Gasquet. Les gens en avaient beaucoup parlé. »

Pour marquer le coup, l’équipementier a confectionné une veste qui sera vendue en dix exemplaires, intégralement fabriquée en France et censée retracer par ses badges, chiffres et autres références plus ou moins subtiles, les 23 années de carrière au plus haut niveau du Biterrois. Le clou du spectacle ? La représentation du revers à une main signature de Gasquet, ce geste qu’il aimerait voir perdurer. « Dans le sport, l’esthétisme est important. Au foot, on aime voir les joueurs dribbler. Au tennis, les gens viennent pour voir des coups techniques. On est là pour le plaisir, l’émotion. »

Emotion que 20 Minutes a voulu revivre en interrogeant une dernière fois Richard, le joueur, avant la dernière danse.

Il y a eu un petit contretemps dans votre préparation pour Roland-Garros. Comment va le mollet ?

Ça a été très compliqué mais ça commence à aller mieux. Je suis content des jours derniers, j’ai réussi à bien m’entraîner. Il me reste quelques jours. Il faut que je coure de plus en plus vite à mesure que le match se rapproche. Mais sincèrement, je recommence à reprendre confiance et à ne pas avoir mal, c’est le plus important pour moi.

Il y a toujours une forme d’appréhension ?

Oui, forcément. Mais là, ça reste plus psychologique que physique. À un moment, j’avais mal même à la marche. Là, c’était compliqué. Mais j’ai beaucoup travaillé pour que ça aille mieux. Forcément, il y a eu pas mal de doutes, mais maintenant, il faut repartir et s’entraîner du mieux possible pour être calme du coup.

C’est quoi votre dernier Roland-Garros idéal ? C’est un premier tour remporté sur un revers long de ligne comme l’année dernière ?

(Sourire) Forcément, ça serait de gagner un match oui. Quand tu joues, c’est pour gagner. Après, c’est sur ces trois sets gagnants, donc c’est compliqué. Il y a pas mal de stress, pas mal d’attentes aussi. Déjà, je vais voir avec le tirage au sort qui je vais jouer [l’interview a été réalisée mercredi], ça sera important. Mais de toute façon, si je vais jouer, c’est pour essayer de gagner. Il y a d’autres facteurs aussi. Ça peut être mon dernier match. Il faut voir comment ça va se dérouler, les émotions, ce genre de choses. Le seul truc que je peux garantir, c’est que je vais tout donner pour essayer de gagner ce match et d’être bon.

La préparation du mythique revers de Richard Gasquet. Admirez la perfection, vous ne verrez plus jamais ça.
La préparation du mythique revers de Richard Gasquet. Admirez la perfection, vous ne verrez plus jamais ça. - CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

A priori vous jouerez sur le central, mais le Lenglen comme l’an passé, c’est presque mieux pour ce genre de matchs, non ?

Tous les cours sont bien, mais le central c’est quand même le plus grand court. Le Lenglen est également extraordinaire. Là où je dois aller jouer, j’irai, il y aura un programme, on verra bien.

Quel bilan faites-vous de votre carrière ? Vous êtes arrivé là où vous vouliez ?

J’aurais largement signé pour ça, c’est clair. Quand tu joues, tu as des moments où tu aimerais refaire le match, on va dire. De temps en temps, tu aimerais être meilleur. Il y a eu une génération qui était dure en face. En demie de Grand Chelem, j’ai joué les 3 meilleurs joueurs de l’histoire, ça ne t’aide pas, quand même. C’est très compliqué. Malgré ça, j’ai tout donné. J’ai joué quasiment 22-23 ans. J’ai donné ma vie pour être joueur de tennis, pour progresser. J’ai commencé jeune, fini tard, il y a pas mal d’émotions liées au fait de m’arrêter. Mais quand je me retourne sur ma carrière, je vois que j’ai tout donné. Ça a été une aventure exceptionnelle.

Le tennis, vous n’avez connu quasiment que ça, finalement. Elle a commencé trop tôt, cette carrière ? Ou du moins cette médiatisation ?

Ce qui est sûr, c’est que c’est étonnant de vivre ça quand tu es jeune. D’avoir cette attente, d’avoir ce monde. Tu es dans un monde adulte, mais tu as toujours 15 ou 16 ans. C’est sûr que c’est compliqué. Surtout en France, il y a beaucoup de monde, de journalistes, il y a Roland-Garros, il y a un microcosme énorme. Ça n’a pas toujours été facile à gérer. Mais c’est mon histoire, c’est ma carrière. On me reconnaît aussi beaucoup pour ma précocité. Cette une de Tennis Magazine, fait partie des choses qui m’ont toujours collé au corps. J’ai toujours le sparadrap sur moi-même. Mais c’est comme ça.

Après votre départ, il ne restera plus qu’un mousquetaire, en l’occurrence Gaël Monfils. Lui et Jo-Wilfried Tsonga racontaient dans un live-twitch le « malentendu » sur l’échec de votre génération en Grand Chelem. L’idée que ce n’était pas par manque de travail ou de réussite mais parce qu’il y avait beaucoup plus fort en face. Quel est votre avis ?

C’était compliqué. Déjà, Roland-Garros, c’était injouable. A part Wawrinka qui fait un truc inimaginable une année où Rafa était un peu blessé, autrement il l’aurait gagné. Les autres Grands Chelems étaient aussi très durs. Quand tu es en demie et que tu as face à toi les trois meilleurs joueurs de l’histoire et qu’il fallait en battre deux pour aller au bout… Ça fait partie des défis sportifs les plus durs que tu puisses trouver dans le sport. Battre Nadal à Roland-Garros, Federer à Wimbledon et Djokovic, c’est très compliqué.

Ah, la glorieuse époque des Mousquetaires. Et dire qu'on a osé se plaindre.
Ah, la glorieuse époque des Mousquetaires. Et dire qu'on a osé se plaindre. - Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Comme ils [Tsonga et Monfils] le disent, on a vraiment tout tenté. Ça ne veut pas dire qu’on ne pouvait pas être meilleurs. Il y a certainement des choses où on pouvait mieux faire, mais comme je l’ai dit, quand tu fais face à une génération comme ça, c’est quand même une barrière qui est très, très compliquée à surmonter. Ce n’est pas une excuse, certes, mais c’est la génération la plus forte de l’histoire. Si on avait été là avant, peut-être qu’on aurait eu des chances d’aller plus loin, de faire des finales de Grand Chelem, ça ne fait aucun doute.

Comment faire pour apaiser vos supporters qui auraient aimé vous voir ramener un Grand Chelem à la maison ?

C’est le sport, c’est le tennis, c’est la vie. C’est le public qui m’a toujours poussé. Quand je perdais, ils étaient déçus mais ils m’encourageaient. C’est la beauté du sport, ça parle beaucoup, le tennis encore plus, c’est un sport qui est médiatique. Il faut faire face. Moi aussi, j’aurais aimé gagner un Grand Chelem. Pareil pour Monfils et Tsonga. Mais je comprends le public. Ces critiques sont naturelles. On ne l’a pas fait, mais croyez-moi, on a fait le maximum pour le faire, et ça a été fabuleux d’avoir de tels champions en face.

Il se murmure que vous resterez dans le tennis après votre carrière. Qu’avez-vous envie d’apporter ?

Je veux aider des joueurs, aider des Français. C’est ce qui me parle le plus. Moi, j’ai été dans leur situation, je sais qu’il y a quand même certaines choses à faire et à ne pas faire. Parfois, j’ai pu perdre du temps. Si je devais aider des joueurs un jour, forcément, je le ferais parce que ce qui m’intéresse, c’est surtout les Français. Avant ça, je vais prendre un peu le temps de me reposer, quand même. Dans toutes ces années liées au tennis, il y a eu très peu de vacances. Donc je vais d’abord essayer de me reposer un petit peu et réfléchir comment, où et avec qui. Ce n’est pas du tout déterminé encore. Revenir dans le milieu du tennis, c’est pour plus tard.