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La folle renaissance de Rinderknech, du « burn-out » à « l’histoire de rêve »

Tennis : La folle renaissance d’Arthur Rinderknech, du « burn-out » à « l’histoire de rêve » en famille en trois mois

Bons baisers de ChineArthur Rinderknech s’est qualifié pour les demi-finales du Masters 1000 de Shanghai en battant son troisième top 20 d’affilée
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Arthur Rinderknech connaît une renaissance spectaculaire au Masters 1000 de Shanghai, où il s’est qualifié pour les demi-finales après avoir éliminé quatre têtes de série dont trois joueurs du top 20.
  • Le tournant de sa carrière s’est opéré après un « petit burn-out » post-Rome, suivi de son mariage et surtout de l’arrivée de Lucas Pouille comme entraîneur.
  • Le parcours à Shanghai devient encore plus extraordinaire avec la qualification en demi-finale de son cousin Valentin Vacherot, classé au-delà de la 200e place mondiale. Une « histoire de rêve », selon son papa

On n’a pas étudié l’arbre généalogique d’Arthur Rinderknech, mais on ne serait pas surpris de voir que ses ancêtres, au 18e siècle, aient pu couper quelques têtes couronnées. Le Breton assure en tout cas parfaitement la relève. Au Masters 1000 de Shanghai (Chine), où il s’est qualifié pour les demi-finales ce vendredi, le Français a déjà fait tomber quatre têtes de série, dont trois top 20 : Alexander Zverev, Jiri Lehecka et Félix Auger-Aliassime.

En quart de finale, le premier de Rinderknech à ce niveau, le Canadien a été la dernière victime de la guillotine made in France. Un 6-3, 6-4 tranquille, seulement 8 fautes directes, 5 points d’affilée pour effacer un 0-40 sur son service comme seule frayeur… Une affaire rondement menée, à la surprise du paternel, complètement scié par les performances du rejeton.

« Il a eu un petit burn-out »

« Il n’y a vraiment aucune explication, aucune explication rationnelle, témoigne Pascal Rinderknech. Là, j’avoue que je suis quand même bluffé. Il y a cinq mois, il était dans un trou noir, il a même dit deux, trois fois qu’il pensait peut-être arrêter sa carrière. Bon, peut-être pas en le pensant vraiment, mais quand on commence à le dire, ce n’est jamais bon signe. C’est un joueur sérieux, qui s’entraîne toujours à fond. Donc, à un moment, on peut dire que ça doit payer. Mais pourquoi ça ne payait pas en janvier, février, mars, avril, voire début mai ? »

Ça ne payait tellement pas que le trentenaire a même fini par lâcher la raquette pendant plus treize jours après le tournoi de Rome en mai, « petit burn-out », reconnaît le papa. Il en profite alors pour préparer son mariage, qui sera pour beaucoup l’une des explications du renouveau du joueur, avant de retrouver doucement les courts de tennis, avec Tanguy Crestel, un préparateur physique qui l’avait suivi pendant plusieurs années :

« On s’est revus sur une petite séance de karting pour s’amuser, pour prendre du plaisir. Ça s’est refait un peu naturellement, l’envie de repartir avec des gens qu’on aime. On s’est vus un peu tous les jours sur la semaine pour ne serait-ce que repasser du temps ensemble, faire quelques séances. Après, il est reparti sur le circuit pour pouvoir retaper, rematcher et surtout reprendre le plaisir. Je pense que cette période-là lui a fait du bien. »

L’arrivée de Lucas Pouille, le vrai déclic

Arthur Rinderknech arrive alors à Roland-Garros sans pression face à Jannik Sinner, le n°1 mondial. Même s’il s’incline en trois sets, le Français arrive à bousculer par moments l’Italien, mais il apparaît surtout comme transcendé comme jamais sur le court. « Lui, il est plutôt introverti, il ne montre rien. Et là, il n’a pas eu la même attitude, il a eu l’impression de s’amuser, se souvient Pascal. Il a fait des points incroyables, il a rigolé, il a joué avec le public. »

La fin de Roland-Garros marque aussi un tournant avec l’arrivée de Lucas Pouille comme entraîneur. Pour son papa et le préparateur physique, le Nordiste a été un vrai apport pour le joueur, alors classé 70e mondial. Les résultats de cette collaboration ne tardent. Shapovalov est envoyé au tapis à Stuttgart, Shelton passe à la casserole à Majorque, avant que Zverev, déjà lui, ne fasse les frais du nouveau Rinderknech dès le premier tour de Wimbledon.

« Je pense que Lucas lui apporte beaucoup de sérénité, de confiance aussi au vu de son expérience, analyse Tanguy Crestel. La saison sur gazon a tout déclenché. Il jouait déjà bien, mais là, il le fait encore mieux et avec plus de confiance. Il est plus agressif et donc plus dangereux vis-à-vis de mecs top 20. » « Lucas lui a montré quelle attitude il fallait avoir pour battre des très forts joueurs, ajoute le papa. Et ça, je pense qu’à la limite, ça a peut-être plus joué que le mariage. »

Une finale en famille à Shanghai ?

De 70e joueur mondial, Arthur Rinderknech va passer au minimum 37e à l’ATP après cette semaine de folie en Chine, où il pourrait retrouver en finale Valentin Vacherot… son cousin, pourtant classé au-delà de la 200e place mondiale avant le tournoi. « C’est tout juste incroyable, hallucinant, une histoire de rêve, en sourit Pascal Rinderknech. Je ne sais pas, j’aurais dû jouer au Loto, il y avait une chance sur un milliard que dans un tel tournoi, ça se passe comme ça. Valentin n’aurait jamais dû participer et Arthur n’a jamais passé plus de deux ou trois tours dans un Masters 1000. Et là, ils vont les deux en demi-finale, sans s’être affrontés avant. »

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Proches depuis toujours, « plus que de simples cousins », selon Pascal, les deux joueurs ont même fait deux ans ensemble dans une université au Texas. A Shanghai, ils s’entraînent ensemble et assistent aux matchs de l’autre. « J’ai tellement stressé en le regardant jouer dans la box, a commenté Arthur après son quart de finale. J’essayais de rien montrer pour ne pas lui donner cette impression de stress. C’était plus simple pour moi d’être sur le court. »

Selon Tanguy Crestel, la présence du petit cousin pousserait Arthur Rinderknech à aller encore plus loin. « L’effet famille, ça aide beaucoup, assure le préparateur physique. Je pense qu’il y a une émulation, ils se tirent un peu la bourre tous les deux pour aller le plus loin. Et c’est ce qui est en train de se passer. Il prend vraiment beaucoup de plaisir, parce qu’il y avait une belle ambiance. »

Elle le sera encore plus si les deux arrivent à se qualifier en finale, même si Valentin Vacherot doit se farcir Novak Djokovic. Resté en France, Pascal s’interdit de regarder le prix des avions pour rejoindre Shanghai avant une possible finale. Mais ça serait dommage de rater une belle fête de famille. On pourra la rajouter sur l’arbre généalogique.