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A Roland-Garros, les joueurs sont-ils protégés des dérives liées aux paris ?

Roland-Garros : En Grand Chelem, les joueurs sont-ils mieux protégés des « dérives » liées aux paris sportifs ?

double fauteSi les joueurs et joueuses sont de plus en plus menacés directement sur le court par les parieurs en ligne, ils sont un peu plus protégés de tels phénomènes à Paris
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Les paris sportifs sont interdits dans l’enceinte de Roland-Garros et diverses mesures sont mises en place pour les empêcher, comme le blocage du wifi et du réseau filaire pour accéder aux sites de paris en ligne.
  • Certains joueurs ont été confrontés à des comportements problématiques de parieurs sur d’autres tournois, comme l’explique Albert Ramos Viñolas : « Il y avait des gens qui m’insultaient, me menaçaient directement sur le court. C’est un sujet très compliqué. »
  • Malgré les efforts, le phénomène des paris sportifs reste difficile à éradiquer complètement, et les joueurs subissent encore du harcèlement en ligne de parieurs frustrés.

A Roland-Garros

Comme les Panamas, la pluie, les « Popopopopopopopololo Olé » et les sandwichs à 75 euros, ils font partie du paysage de Roland-Garros. Mais, à la différence de leurs petits copains, les paris sportifs ont plutôt tendance à ne pas être les bienvenus à l’intérieur de l’enceinte de la porte d’Auteuil. Et tout est fait pour bien le comprendre, comme ces longs messages relayés à longueur de journée sur les écrans géants du site parisien pour sensibiliser le grand public.

« Il est formellement interdit à toute personne d’engager, directement ou par personne interposée, par quelque procédé que ce soit des paris sous quelque forme que ce soit sur tout ou partie d’un ou plusieurs matchs du tournoi de Roland-Garros se déroulant dans l’enceinte de la manifestation », précise ainsi le règlement intérieur du tournoi. De telles mesures afin d’éviter, notamment, ce qui s’est passé en demi-finale du Challenger de Madrid, il y a quelques semaines.

Norbert Gombos, qui avait été sifflé par une partie du public, était monté dans les tribunes à la fin de la rencontre pour s’expliquer avec des spectateurs : « Vous êtes tout le temps là, à siffler, protestait le Slovaque. Pourquoi vous détruisez le jeu ? Je me moque de savoir si vous pariez, je m’en fiche. » Les parieurs qui perturbent les tournois, interviennent en plein match et s’en prennent directement aux joueurs, un phénomène en pleine croissance.

Menaces et insultes sur le court

« Je suis allé sur des tournois où il y avait une ambiance malsaine, honteuse et très triste, nous explique Albert Ramos Viñolas (37 ans), ancien quart de finaliste à Roland-Garros, qualifié pour le tableau principal après être passé par les qualifs. Il y avait des gens qui m’insultaient, me menaçaient directement sur le court. C’est un sujet très compliqué. A Rome, ça a été très dur, comme dans plusieurs Challengers que j’ai disputés. »

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L’ambiance devrait être un peu moins rude à Roland-Garros où les parieurs sportifs sont très très très surveillés. « On sait que les dérives sont plus fortes sur les petits tournois, relevait Gilles Moretton, le président de la Fédération française de tennis en marge de la présentation du tournoi. Pour les paris sportifs on a une vigilance énorme sur site pendant l’événement. On a innové dans plein de domaines. »

L’organisation a ainsi mis en place des mesures de blocages informatiques : le wifi et le réseau filaire du stade ne permettent pas d’accéder aux sites de paris en ligne. Tous les matchs sont enregistrés et d’anciens joueurs visionnent les rencontres dans lesquelles il y a des suspicions de corruption, les arbitres sont désignés le matin même des matchs et il y a une surveillance accrue des courtsiders [des personnes qui parient des tribunes ou transmettent des informations en temps réel aux parieurs] sur le site pendant le tournoi, avec une expulsion systématique lorsqu’ils sont découverts. « On sort régulièrement des gens de certains courts, de certains matchs », insiste Moretton.

« Rien vu de bizarre à Roland-Garros »

« Les tournois du Grand Chelem sont très professionnels et très préventifs par rapport aux paris sportifs, estime Lucas Van Assche, sorti au troisième tour des qualifications. Moi, je n’ai jamais eu de problèmes, j’espère que ça va continuer. Les parieurs sont très surveillés et il n’y a pas de problèmes, pour le moment. » « Ici, je n’ai pas encore été confronté à ça et je n’ai rien vu, pour l’instant, de bizarre », ajoute Ramos Viñolas.

« Pour le moment », « pour l’instant »… Les joueurs savent bien que l’équilibre est précaire. D’ailleurs, en arpentant les courts de Roland-Garros lors de la semaine de qualifications, on a vu quelques parieurs profiter d’obscures rencontres, comme ces deux copains échangeant, téléphone en main et appli de paris en ligne ouverte, devant le match entre l’Australienne Maddison Inglis et la Biélorusse Kristina Dmitruk, disputé sur le court n°9 devant 27 personnes, mercredi matin.

Ils nous l’assurent, ils ont parié avant la rencontre et ne misent rien pendant. « On ne connaît pas du tout les deux joueuses, on a juste vu une bonne cote et on est venus s’asseoir en tribunes pour voir le match si on allait gagner quelque chose », nous explique l’un d’eux, la trentaine. Les deux copains ne savaient pas (ou prétendaient ne pas savoir) qu’il était interdit de parier pendant la rencontre, au risque de voir une petite patrouille en civil les choper et les ramener devant les grilles de Roland-Garros.

« Nous, les joueurs, on ne peut rien faire »

« Aujourd’hui, il y a deux options : ou ces parieurs ne rentrent pas sur le court ou il n’y a pas de paris, développe Albert Ramos Viñolas. Mais les paris bougent beaucoup d’argent dans le monde, il y a beaucoup d’intérêts derrière les entreprises de paris. On ne peut rien faire, nous les joueurs. Jusqu’au jour où il se passera quelque chose de grave, rien ne se passera. » A Roland-Garros, en plus des mesures mises en place pour éviter les paris pendant les matchs, l’organisation accompagne également les joueurs.

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Depuis deux ans, la société Bodyguard gère la protection des comptes des joueurs français, notamment, sur les réseaux sociaux, pour éviter le harcèlement en ligne des parieurs frustrés de la défaite de celui ou celle sur laquelle ils avaient misé. « Mais même quand je gagne, j’aurai toute ma carrière une cinquantaine de messages par jour pour m’insulter, déplore Van Assche. Mais je ne les regarde même plus, ça ne me fait plus rien. » Comme si, après l’échauffement et le match, quand ce n’est pas pendant, les insultes des parieurs, faisaient aujourd’hui partie du quotidien d’un joueur.