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TennisMannarino invité d’un tournoi russe, que va-t-il faire dans ce bourbier ?

Tennis : Adrian Mannarino à l’affiche d’une exhibition en Russie, que va-t-il faire dans ce bourbier ?

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L’actuel 22e joueur mondial doit participer au « Northern Palmyra Trophies », organisé à Saint-Pétersbourg de vendredi à dimanche et parrainé par le géant des hydrocarbures Gazprom
Adrian Mannarino après sa victoire en finale du tournoi ATP 250 de Sofia, en Bulgarie, contre le Britannique Jack Draper, le 11 novembre 2023.
Adrian Mannarino après sa victoire en finale du tournoi ATP 250 de Sofia, en Bulgarie, contre le Britannique Jack Draper, le 11 novembre 2023. - Valentina Petrova / AP / Sipa
Nicolas Stival (avec N. C.)

Nicolas Stival (avec N. C.)

L'essentiel

  • Alors que la saison des tournois ATP et WTA est terminée, un tournoi exhibition est organisé à Saint-Pétersbourg de vendredi à dimanche. Adrian Mannarino figure à l’affiche.
  • Cette épreuve entre dans le cadre de la politique russe, qui organise ses propres événements depuis qu’elle a été mise à l’écart du circuit international, à cause de l’invasion de l’Ukraine.
  • Interrogée sur le sujet par « 20 Minutes », la FFT « recommande fortement aux joueurs de ne pas se rendre à ce type de manifestation en Russie. »

C’est une tradition pour Adrian Mannarino. L’actuel 22e mondial, qui sort de la meilleure saison de sa carrière à 35 ans, refuse de connaître l’identité de son prochain adversaire dans un tournoi. Le numéro 2 français doit savoir en revanche où il met les pieds s’il participe comme prévu au « Northern Palmyra Trophies » : en Russie, plus précisément à Saint-Pétersbourg, où se déroule de vendredi à dimanche la deuxième édition de cette épreuve exhibition mixte par équipes, née l’an dernier sur les décombres des tournois ATP 250 et WTA 500, arrêtés depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Le très discret Mannarino, vainqueur de cinq tournois en 2023, figure à l’affiche de l’événement, organisé après la fin de la saison « officielle ». Dans son entourage, seul son coach Erwann Tortuyaux a répondu à 20 Minutes, pour indiquer qu’il ne souhaitait pas communiquer sur son joueur « pour le moment, pour des raisons professionnelles », avant même qu’on ait pu lui parler de sa participation à ce tournoi en Russie. Le choix du joueur interroge, et ne devrait pas manquer de susciter des commentaires.

Avec l’Espagnol Roberto Bautista Agut (35 ans, 57e mondial mais ancien n° 9 à l’ATP) et l’Italienne Jasmine Paolini (27 ans, 30e mondiale), Mannarino doit former un contingent de trois Européens de l’ouest au milieu de cinq Russes (dont Karen Khachanov, 15e mondial, le mieux classé du lot), deux Serbes (Laslo Djere et Dusan Lajovic, 33e et 46e), une Bulgare et une Kazakhe.

L’ATP et la WTA ne voient aucun problème

De là à accuser les joueurs et joueuses présentes de servir la politique de « sportwashing » de Vladimir Poutine, il y a un pas que plusieurs médias, notamment ukrainiens, ont vite franchi. Contactée par 20 Minutes, la Fédération française s’est fendue d’un message concis mais clair. « La FFT recommande fortement aux joueurs de ne pas se rendre à ce type de manifestation en Russie. » Toutefois, cette recommandation n’est pas une condamnation, et ne donne pas d’information sur de potentielles conséquences sur une future convocation en Coupe Davis, par exemple.

Via l’agence Reuters, la WTA et l’ATP ont émis des communiqués similaires, pour indiquer que ce « Northern Palmyra Trophies » ne faisait pas partie du circuit et que joueuses et joueurs étaient libres de taper la balle où bon leur semble en tant qu'« entrepreneurs indépendants ».

Sollicitée par mail, l’organisation du tournoi n’a pas répondu à nos questions, notamment celles sur le pourquoi du comment du « casting ». L’événement, que l’on devine très lucratif, est parrainé par le géant russe des hydrocarbures Gazprom, frappé par des sanctions occidentales en raison du conflit ukrainien, et qui finance des milices privées, notamment en Ukraine. « Cette société est le bras armé économique de Vladimir Poutine depuis environ 2003, décrit Lukas Aubin, directeur de recherche à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Elle a une puissance financière énorme, c’est l’entreprise qui finance le Zénith Saint-Pétersbourg, le club de foot favori de Poutine. »

Le Zénith est présidé par Alexander Medvedev, vice-président de Gazprom et – le monde est décidément petit même si la Russie est immense – directeur général du « Northern Palmyra Trophies ». Ce dernier s’est d’ailleurs exprimé en conférence de presse mercredi, comme l’indique le site russe gotennis.ru. Medvedev a notamment expliqué avoir parlé avec son homonyme Daniil (3e mondial), qui n’aurait pas pu se libérer « étant donné son emploi du temps chargé », et affirmé que Andrey Rublev (5e) était sur « la short list » du tournoi. Cependant aucun des deux cadors russes n’est présent, pas plus que le convalescent Rafael Nadal, contacté lui aussi, selon Alexander Medvedev.

« La Russie compte ses alliés »

Va donc pour un plateau moins prestigieux, mais déjà plus « occidentalisé » que l’an passé où seul l’anonyme Espagnol Pedro Martinez (40e au pic de sa forme, 117e aujourd’hui) ne faisait pas partie d’un pays de l’ancien bloc de l’Est. « La Russie compte ses alliés, dans le monde du sport notamment dont elle est exclue partiellement, décrypte Lukas Aubin, auteur de Sportokratura : la géopolitique du sport sous Vladimir Poutine (éditions Bréal). Le tennis est un moyen d’exister. »

« Jusqu’à présent, les joueurs et joueuses russes peuvent participer aux grandes compétitions internationales, hormis quelques cas épisodiques [comme Wimbledon 2022], poursuit le spécialiste. Mais le pays ne peut pas organiser d’épreuves sur son territoire et cherche donc des subterfuges pour pouvoir le faire. Cela va dans le sens d’une stratégie plus globale. La Russie cherche à s’émanciper du CIO et des grands organismes internationaux du sport, à créer son propre microcosme sportif. »

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Au moment d’interroger Lukas Aubin, nous n’avions pas encore connaissance des propos de Boris Piotrowski, vice-gouverneur de Saint-Pétersbourg. Lors de la conférence de presse de présentation du tournoi, le dirigeant, relayé cette fois par le site spécialisé Ukrainian Tennis-BTU, a évoqué « un événement à l’échelle mondiale », qui « répond aux sanctions internationales et à l’annulation des tournois de tennis en Russie ». « Depuis longtemps, nous remplissons la mission fixée par notre président [Poutine] : bâtir un monde multipolaire », poursuit Piotrowski.

2024, année du sport alternatif en Russie

Et ce n’est que le début, selon le chercheur à l’Iris : « En Russie, chaque année il y a un thème, et 2024 sera officiellement l’année du sport. Des compétitions parallèles à celles considérées comme pro-occidentales vont être organisées. Ce tournoi exhibition de tennis entre dans cette droite ligne, même s’il est beaucoup moins important que les Jeux de l’Amitié, qui vont regrouper a priori des dizaines de pays. » Cette compétition prévue du 15 au 29 septembre 2024 doit répondre aux Jeux olympiques de Paris (26 juillet – 11 août). Le CIO n’a d’ailleurs toujours pas statué sur la participation des athlètes russes et biélorusses aux JO.

Selon la RAI, qui cite l’entourage de Jasmine Paolini, l’Italienne pourrait finalement ne pas participer au « Northern Palmyra Trophies ». Sur le site du tournoi, elle figure pourtant toujours ce mercredi à la mi-journée dans l’équipe des Lions, sous le double capitanat de la Russe Svetlana Kuznetsova (victorieuse de l’US Open 2004 et de Roland-Garros 2009) et le Serbe Janko Tipsarevic. Deux autres retraités russes, Nikolay Davydenko (n° 3 mondial en 2006) et Anastasia Myskina (lauréate de Roland-Garros 2004) dirigent les Sphinx, où doit évoluer Adrian Mannarino.

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