US Open : Pauses pipi, intensité étouffante, public lassé... Les matchs à rallonge nuisent-ils au jeu en Grand Chelem ?

TENNIS Aussi étonnant que cela puisse paraître, les nombreuses pauses WC de Tsitsipas en début d'US Open remettent indirectement le débat des matchs en cinq sets sur la table

W.P.
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Le tennis en 5 sets sera-t-il désormais systématiquement ponctué de pauses toilettes, dont son plus digne représentant est Stefanos Tsitsipas?
Le tennis en 5 sets sera-t-il désormais systématiquement ponctué de pauses toilettes, dont son plus digne représentant est Stefanos Tsitsipas? — Frank Franklin II/AP/SIPA
  • 33 matchs ont été joués en cinq sets à l'US Open 2021, soit deux de moins que le record absolu datant des années 80.
  • Mais les matchs à rallonge ne sont pas un gage de qualité. Ils peuvent même donner lieu à des comportements un peu sournois, comme les interminables pauses pipi de Stefanos Tsitsipas

Djokovic retourné comme une crêpe par Zverev à Tokyo, Carlos Alcaraz déjà prêt à faire de l’ombre à Nadal, les Français éliminés en trois tours… Tout va très vite dans le tennis, mais pas tant que ça à l’US Open, où le record du nombre de matchs en cinq sets vacille : 33 rencontres sont déjà allées au bout du bout de ce qu’elles avaient à offrir, contre 35 en 1983 (stat de mardi au petit matin à Flushing Meadows, où il restait alors encore onze matchs à disputer dans le tableau masculin). Soit au moins autant d’arguments en faveur des parties à rallonge, alors que chaque Grand Chelem cherche désormais à limiter les matchs dans le temps, en dehors de Roland-Garros. 

Attention quand même à ne pas surinterprêter le chiffre. L'histoire récente prouve que les longues parties ne sont pas forcément gage de qualité. Pire, elles apportent leur lot de comportements agaçants, comme les pauses pipi de Stefanos Tsitsipas quand le vent ne souffle pas dans le bon sens, qui lui ont d'ailleurs valu de repartir de New-York avec la pancarte du pestiféré et quelques railleries de ses pairs, Zverev le premier. Ce dont s'étonnait d'ailleurs le Grec, dans son bon droit en prenant une pause de dix minutes entre deux manches, après son 3e tour victorieux contre Adrian Mannarino : « je n’ai rien fait de mal, donc je ne comprends pas. Quel est le problème ? Ce break au troisième set m’a permis de me rafraîchir, comme j’aime le faire. C’est bon pour moi d’être moins en sueur et de me sentir frais, de commencer un nouveau set avec un état d’esprit frais, de me recalibrer. »

« Plus le temps de souffler ni de réfléchir »

Le problème, Stefanos, c'est qu'on se tourne les pouces en attendant et que le joueur en face à de grande chance de baisser en température. Un moyen un peu chafouin de changer le cours de l'histoire, quoi. Mais le finaliste du dernier Roland-Garros – à qui Djoko avait d’ailleurs fait le coup de la pause toilettes à deux sets zéro, on peut parler de traumatisme - pointe indirectement du doigt un détail important. Désormais soumis à plus de contraintes chronométriques que Jack Bauer en son illustre temps, le joueur de tennis s’enferme à double tour aux toilettes pour faire ce qu’il n’a plus le temps d’entreprendre entre les points, les jeux, ou les sets : analyser pour éventuellement inverser la tendance d’un match mal embarqué. Ce qui fait en partie l'intérêt d'un jeu réputé psychologique. Propos étayé par Gilles Simon, cité par L’Equipe.

« On n’a pas le temps de reprendre nos esprits. Les joueurs se sentent oppressés. C’est fou le stress que tu peux avoir avec le temps, désormais. Tu as l’impression que ça va vite. À un moment, que font certains joueurs pour calmer les choses si ça se passe mal ? Ils prennent dix minutes, ils ont le sentiment d’être au moins peinards un moment. [...] Au changement de côté, on est passé à une minute. Même là, tu n’as plus le temps de souffler, de réfléchir. Et c’est une minute à l’annonce du score, donc 40 secondes quand tu arrives à la chaise. Tu es en train de faire un intermittent, en fait. C’est trop violent. Il faut laisser 1'30'' »

Deux solutions semblent exister pour répondre à cette nouvelle problématique. La première, également évoquée par Gillou, serait d’instaurer deux pauses plus longues, aux deuxième et quatrième sets, indépendamment de qui gagne ou perd. Mais elle semble aller à l’encontre des velléités de ceux qui, comme Novak Djokovic veulent accélérer le tennis pour « s’adapter à la nouvelle génération », dans l’idéal en passant à un format à trois sets en Grand Chelem.

C’est la deuxième solution : partant du postulat que le tennis est devenu trop intense pour durer longtemps, on oublie les matchs plus longs que l’intégrale du Seigneur des anneaux. Presque tout le monde est gagnant : les joueurs, dont on peut imaginer qu’ils auront moins de mal à négocier des temps de pause un peu plus humains sur trois sets auprès de ceux qui, par idéologie ou intérêt (coucou les diffuseurs) veulent raccourcir le jeu pour faire revenir/rester les spectateurs.

Le paradoxe Andy Murray

Car pour l’heure, et selon une stat sortie de derrière les fagots par Djokovic mais aussi Patrick Mouratoglou, l’âge moyen du fan de balle jaune serait de 61 ans. Cinq sets, c’est long pour les jeunes, qui n’ont pas que ça à foutre. Il leur faut du format story (ok boomer), point barre (toute ressemblance avec le discours d’Agnelli sur le football est fortuite). Paradoxe intéressant à ce sujet tout de même. Joueur, Andy Murray s’est toujours prononcé en faveur des cinq manches en Grand Chelem, mais son avis a changé le jour où il a dû commenter un Nadal-Del Potro long de 4h40 à Wimbledon.

« C’était un match incroyable, c’était un match brillant, déclarera plus tard le Britannique au NY Times, mais c’était vraiment long de rester assis là en tant que spectateur. » Il n’est d’ailleurs pas le seul. Patrick Mouratoglou, dans un entretien au Monde : « 100 % des joueurs professionnels à qui j’ai parlé m’ont dit : "Je ne regarde jamais un match de tennis en entier, c’est trop long." Donc imaginez le gars de 18 ans qui n’est pas pro… »

Preuve qu'il y a un problème quelque part. Reste néanmoins à déterminer si le spectateur de tennis a vocation à rester scotché devant un seul et même match. Sur place ou devant sa télé, n’est-ce pas le propre du Grand Chelem que de passer du Central au court 1, puis au court 14 quand ça y chauffe avant de finalement retourner sur le Central ? Car, enfin, une fois qu’on aura raccourci les matchs à trois sets, ne cherchera-t-on pas à ratiboiser au pif les débuts de manches juges totalement inutiles dans le cas d’une issue au tie-break ? Hypothèse ultime : on contente tout le monde avec cinq sets qui ne seraient que des jeux décisifs ou des super tie-breaks, sans pause, rien, walou. Et là, le tennis irait vraiment très vite.