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France - Italie : « On sait que ça peut repartir très vite », Gailleton profite de son bonheur du moment avec les Bleus
Interview•Avant d’affronter l’Italie, ce dimanche avec le XV de France à l’occasion de la troisième journée du Tournoi des VI Nations, Emilien Gailleton s’est entretenu avec « 20 Minutes »Propos recueillis par Nicolas Camus
L'essentiel
- Emilien Gailleton a connu un parcours difficile en équipe de France avec des allers-retours entre le groupe des Bleus et son club, mais il a saisi sa chance contre le pays de Galles en réalisant une performance remarquable qui lui vaut d’être reconduit comme titulaire face à l’Italie ce dimanche.
- Le centre de Pau, qui fait face à une grosse concurrence à ce poste en sélection, estime qu’il a toujours relevé la tête, malgré plusieurs déceptions de ne pas jouer les matchs avec les XV de France.
- Gailleton apprécie particulièrement le jeu offensif des Bleus et la présence de ses coéquipiers de Pau comme Fabien Brau-Boirie, avec qui il forme une paire de centres complémentaire. « Sur chaque action, on pouvait créer quelque chose », se réjouit le Palois.
L’histoire d’Emilien Gailleton avec le XV de France a souvent été contrariée. Appelé par Fabien Galthié en 2022 alors qu’il n’avait pas encore 20 ans, le centre de la Section Paloise n’a jamais réussi à s’installer durablement dans le groupe. Entré en jeu seulement face aux Fidji lors de la dernière tournée d’automne, puis renvoyé en club pour le match d’ouverture du Tournoi des VI Nations contre l’Irlande, il a profité des blessures des deux titulaires, Yoram Moefana et Nicolas Depoortère, pour connaître sa 12e cape face au pays de Galles.
Aligné aux côtés de son compère de Pau Fabien Brau-Boirie, il a apporté son écot au festival des Bleus (un essai, deux ballons récupérés sur turnovers, 13 plaquages réussis). Une performance d’envergure qui lui vaut d’être reconduit pour la rencontre face à l’Italie, ce dimanche à Lille. L’international français, qu’on a rencontré jeudi après-midi pendant une demi-heure, a conscience qu’il fait face à une grosse concurrence. Mais il compte bien prendre sa chance, au sein d’une équipe résolument offensive qui lui correspond.
On a parlé à votre sujet de match référence avec les Bleus contre le pays de Galles. Est-ce aussi votre sentiment ?
C’est toujours un peu compliqué à dire. Ce n’était pas le match parfait, il y a toujours des choses à améliorer, mais c’est vrai que je me suis bien senti, avec aussi des joueurs de qualité qui m’ont bien accompagné, notamment mon coéquipier en club [Fabien Brau-Boirie] en 12. J’étais dans un très bon contexte pour performer. Je pense avoir été propre en défense, opportuniste en attaque. Et puis ça fait toujours plaisir de pouvoir marquer un essai, d’apporter des points à l’équipe.
Vous allez pouvoir enchaîner deux matchs comme titulaire, qu’est-ce que ça signifie pour vous ?
C’est une grosse marque de confiance de la part du staff. J’arrive un peu sur la pointe des pieds avec, malheureusement pour eux, des blessures pour les autres centres, qui m’ont permis de jouer. J’ai saisi l’opportunité et ça m’a souri. Je suis très content de pouvoir enchaîner. Au vu de la concurrence assez rude, il faut profiter pleinement de ces matchs. On sait que ça peut arriver très vite, mais que ça peut aussi repartir très vite.
Justement, votre parcours n’a pas été très linéaire avec les Bleus. Comment gère-t-on ça, ces aller-retours en club, ces satisfactions, ces déceptions ?
Depuis mon premier stage [en novembre 2022], j’ai toujours été au moins dans les 42, mais c’est vrai que plusieurs fois, j’ai été très déçu de ne pas pouvoir jouer les matchs. D’un côté, je suis très content d’être avec ce groupe depuis un bon moment, mais de l’autre, il y a eu pas mal de bas quand j’ai vu des joueurs me passer devant. C’est le haut niveau, c’est comme ça que ça marche. Mais après, c’est deux choses : déjà, ne pas le montrer, parce qu’on est au service du groupe. Et puis relever la tête pour repartir au travail, comprendre ce qu’il nous manque. C’est un challenge. Les joueurs les plus en forme, ils ont mérité de prendre leur place. C’est pour ça que je mesure le poids de porter ce maillot, et je me sens très honoré de pouvoir me montrer encore une fois ce week-end.
Les places sont chères sur les lignes arrières. Comment vivez-vous la concurrence ?
Elle fait partie du haut niveau. Et tant mieux pour l’équipe de France, ça crée de l’émulation. Chaque joueur doit élever son niveau. Du point de vue purement rugbystique, c’est une bonne chose. Après, au sein du groupe, ça vit bien. Il n’y a jamais eu de mauvais coups, d’énervement, de petites histoires. Ça se fait au mérite, selon les choix du staff, qui peut aussi privilégier parfois un style de joueurs par rapport à une stratégie. Fabien Galthié le dit souvent, c’est la forme du joueur, physique, mentale, mais aussi le niveau en club. C’est vraiment la méritocratie.
Sentez-vous que c’est un moment important dans votre carrière internationale ? Vous arrivez à plusieurs joueurs de Pau [Brau-Boirie, Attissogbe], vous avez votre chance, on est à un an et demi de la Coupe du monde…
Oui et non, parce que ça va très vite. A chaque match international, on se sent toujours observé et évalué, encore plus quand on est comme moi un joueur qui parfois sort, parfois revient. Un an et demi, c’est très proche et à la fois très loin. Peut-être qu’un bon match maintenant n’aura pas beaucoup d’importance pour la suite. L’intérêt, c’est d’être à 100 % tout le temps, même si, parfois, c’est compliqué. C’est l’enjeu du sport de haut niveau.
Est-ce qu’on se sent un peu plus fort, d’une certaine manière, quand on est entourés de joueurs de son club ?
Forcément, on se sent plus en confiance. Pouvoir jouer avec Fabien, Théo, c’est un pur bonheur. On a nos repères, on sait comment l’autre va jouer et c’est toujours plus rassurant de se retrouver avec des compagnons de club. Après, sur la ligne de trois quarts, il y a beaucoup de joueurs expérimentés qui ne jouent pas avec nous en club (Antoine Dupont, Matthieu Jalibert, Louis Bielle-Biarrey, Thomas Ramos). Ce sont des joueurs très talentueux, qui comprennent bien le rugby. C’est « facile » de jouer à leur côté parce qu’ils sentent très bien le jeu.
Comment ça se passe la complémentarité entre deux centres ? Avec Fabien Brau-Boirie, par exemple, pourquoi aimez-vous jouer avec lui ?
On a deux profils différents, et très complémentaires. Fabien est un joueur de duel, il bat beaucoup de défenseurs, il casse des plaquages, ce qui permet de faire resserrer la défense adverse. Ensuite, il arrive souvent à passer les bras pour me servir. Moi, je suis plus un joueur d’espace, plus coureur. C’est cette complémentarité qui fonctionne bien. En plus de ça, c’est un joueur très intelligent, qui comprend bien le rugby malgré son jeune âge (20 ans), c’est vraiment un bonheur de jouer à côté de lui. J’étais super heureux qu’il connaisse sa première sélection contre les Gallois, parce qu’il le mérite. J’étais content qu’on se retrouve avec la tunique bleue plutôt que la verte (sourire). Même s’il n’avait pas de sélection avant ce match, j’avais 100 % confiance en lui. Parce que je le connais, que même sans se parler, on arrive à se retrouver. Et en dehors du terrain, c’est un mec très simple, c’est un copain, et ça se retrouve aussi sur le terrain.
Dans les lignes arrière, on voit sur ce Tournoi Matthieu Jalibert et Thomas Ramos se partager les tâches de numéro 10…
Sur la semaine avant le pays de Galles, il n’y a pas eu de consignes particulières, tout s’est fait plutôt naturellement. Thomas a joué pas mal de fois 10, il a ce côté leader qui lui permet de prendre ce rôle. Le fait qu’il puisse relayer Matthieu, ça permet à l’ensemble de l’équipe de pouvoir se reposer sur deux joueurs qui peuvent distribuer le jeu, animer. Et pour nous, les centres, c’est plus simple, plus confortable de pouvoir se dire qu’à n’importe quel endroit du terrain, on peut être guidés par un numéro 10 de qualité. Contre le Pays de Galles, j’avais l’impression que sur chaque action où on avait le ballon, on pouvait créer quelque chose. De pouvoir jouer à côté de deux joueurs qui vont créer des décalages, je suis le plus heureux du monde.
Comment abordez-vous les matchs et les mois à venir ? En vous disant qu’il faut être quasi parfait pour pouvoir revenir ?
C’est un peu un piège de préparer son match comme ça. Parce qu’au final, si on se met cette pression supplémentaire, c’est là où on peut déjouer. Donc c’est penser à soi-même, se préparer comme on sait le faire en club, avec nos habitudes, nos points forts, pour performer au mieux avec le collectif. Le but, c’est jouer son meilleur rugby, pour ne pas avoir de regrets, c’est comme ça qu’on a le plus de chances de poursuivre. Ce n’est pas la bonne manière de penser simplement à la concurrence qui peut nous doubler.
Ne pas réaliser le Grand Chelem serait-il une déception pour ce groupe ?
Déception, non. L’objectif est de gagner le Tournoi. Bien sûr que le Grand Chelem, on y pense tous. On a les armes pour le faire. Mais on a trois gros morceaux qui arrivent. L’Italie a montré depuis le début du Tournoi qu’ils étaient très performants, notamment en mêlée, mais aussi dans leur jeu. L’Ecosse a gagné contre l’Angleterre, c’est toujours compliqué. L’Angleterre, on sait que c’est aussi une équipe très rude, qui nous a battus l’année dernière.
Un peu plus loin, il y a la Coupe monde. Je suppose qu’on n’y pense pas tous les jours, mais que c’est dans un coin de la tête, tout de même ?
Quand on est jeune joueur, on rêve de trois choses : l’équipe de France, le VI Nations et la Coupe du Monde. C’est très dur à atteindre, il faut prendre tout ça dans l’ordre. C’est en faisant des bons matchs en club, pendant les tournées, puis dans le VI Nations qu’on va se chercher sa place. C’est l’objectif ultime, c’est très excitant. C’est loin, il y a encore beaucoup d’échéances avant, et en même temps pas si loin. Moi, je me concentre sur mes performances. Je veux saisir la chance que j’ai de postuler.



















