Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Les Bleus racontent « la fin de match irrationnelle » qui leur a offert le Tournoi

France - Angleterre : « Totalement irrationnelle »… Comment les Bleus sont allés chercher le titre au bout du suspense

crunchLes Bleus ont arraché la victoire et le titre dans le Tournoi des Six Nations dans les toutes dernières secondes du match, et ils se demandent eux-mêmes comment
France-Angleterre : Le brief-debrief de la victoire des Bleus (et du titre!)
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Le XV de France a remporté son deuxième Tournoi des Six Nations consécutif grâce à une victoire à l’arraché contre l’Angleterre (48-46) samedi soir au Stade de France lors de la dernière journée.
  • Le match a été marqué par un chassé-croisé permanent au score et des défaillances défensives françaises inquiétantes, mais les Bleus ont sauvé l’essentiel grâce à une pénalité de 45 mètres de Thomas Ramos juste avant le coup de sifflet final, qu’ils sont allés chercher avec les dents.
  • Même s’il n’y a pas de Grand Chelem, ce deuxième titre d’affilée constitue une performance rare et remarquable pour le XV de France. « C’est un Tournoi qui a une valeur sportive énorme, c’est monstrueux en termes de compétitivité », estime le sélectionneur, Fabien Galthié.

De notre envoyé spécial au Stade de France,

Evacuons tout de suite l’éléphant dans la ferme en Lego miniatures : oui, le XV de France a encaissé 46 points ce samedi contre l’Angleterre, et oui, après les 50 du week-end précédent en Ecosse, ça fait beaucoup. Tellement qu’il faudra en passer par un sévère débriefing collectif, sinon, comme l’assène Thomas Ramos, « les titres se joueront sans nous ».

Les Bleus le savent, et tous l’ont reconnu après le coup de sifflet. Mais pour l’instant, place à la satisfaction de s’être tirés de ce bourbier avec une victoire sur le fil synonyme de deuxième sacre d’affilée dans le Tournoi des Six Nations. Comme le dit Louis Bielle-Biarrey : « On sait que si on joue comme ça, ça ne passera pas tout le temps, mais on est super content que ça soit passé ce soir. »

Chassé-croisé

Antoine Dupont et ses petits camarades ont fait peur à tout le monde dans ce dernier match, et à eux les premiers. Incapables d’endiguer les vagues anglaises après pourtant un bon départ, ils ont offert un spectacle étouffant malgré eux, dont personne n’est sorti indemne. Le palpitant à 180 et le souffle court, on n’a jamais été sereins dans ce chassé-croisé permanent. « Si on avait pu se le rendre plus simple ce match, ça aurait été mieux », euphémise le capitaine.

Les Bleus ont été devant au score, puis derrière (34e), puis largement derrière (38e), avant de profiter d’un essai de pénalité qu’on qualifiera de généreux juste avant la pause (40e + 4) pour se remobiliser et accélérer au retour des vestiaires pour prendre le match en main (50e). Avant de lâcher à nouveau la rampe (58e), puis de repartir de l’avant (67e), jusqu’à cet essai anglais à deux minutes de la sirène qui semblait les condamner pour de bon (78e), surtout à 14 contre 15.

Imprévisibles Anglais

Mais voilà, un ultime renvoi, l’énergie du désespoir, Pollock qui gratte le ballon mais qui le perd aussitôt, et ce coup de sifflet de l’arbitre qu’on n’avait jamais eu lors du quart de finale du Mondial contre l’Afrique du Sud. Le pied de Thomas Ramos, à 45 mètres des poteaux légèrement décalé sur la gauche, n’a pas tremblé pour offrir la victoire et le titre à la France, au bout du bout du chrono et de ce qu’il humainement possible d’encaisser (80e + 4). Tout ça vous paraît un peu confus ? C’est normal.

« Je ne peux pas compter toutes les émotions qui nous ont traversés, mais il y en a beaucoup, en sourit Théo Attissogbe. Mais le plus important, c’est l’émotion finale, celle de ne pas avoir lâché, d’y avoir cru pour gagner cette pénalité et conserver notre titre. » Le caractère dont a fait preuve cette équipe alors qu’elle était si près d’une défaite dont on aurait parlé pendant des années est certainement ce qu’il faut garder bien au chaud au sortir de ce Tournoi. La volonté farouche de ne pas en rester, de mourir si près du but. Bielle-Biarrey, auteur d’un monumental quadruplé, embraye :

« Honnêtement, à la fin, ce n’était même plus du rugby. Quand on prend l’essai, on se regarde, je ne sais même plus ce qu’on se dit. C’était juste essayer d’avancer, de gratter un truc. Il n’y avait plus vraiment de projet de jeu, c’est totalement irrationnel cette fin de match. »

Depuis les tribunes, Fabien Galthié est passé par tous les états, lui aussi. « Ça a été difficile, âpre, complexe mais je ne suis pas certain qu’on ait le temps d’avoir peur. Ça a été difficile toute la partie », souffle le sélectionneur. Aussi parce que les Anglais ont cru bon faire honneur aux célébrations d’avant-match pour les 120 ans du Crunch.

Après déjà trois défaites dans ce Tournoi, dont la première de leur histoire face à l’Italie encore toute fraîche, personne ne les attendait aussi joueurs, avec 52 % de possession en leur faveur à la fin du match (131 courses, 677 mètres parcourus), alors qu’ils avaient passé ces dernières semaines à envoyer des grands coups de pied depuis les quatre coins du terrain.

« On s’attendait à en avoir beaucoup plus, reconnaît Ramos. Ils ont vraiment tenu le ballon dans nos 30-40 derniers mètres, alors qu’on a vu des matchs où ils ont abusé du jeu au pied dans ces zones-là. » Comme quoi, les datas ne peuvent pas tout prévoir. « Ils ont fait leur meilleur match du Tournoi », appuie Charles Ollivon.

Tommy Freeman et les Anglais ont fait peur aux Bleus jusqu'au bout avec leurs sept essais inscrits.
Tommy Freeman et les Anglais ont fait peur aux Bleus jusqu'au bout avec leurs sept essais inscrits.  - Federico Pestellini//SIPA

Mais finalement, l’adversité proposée ne rend le couronnement que plus beau. C’est aussi le message que voulaient faire passer les Bleus avant de partir faire la fête. La petite musique d’une victoire dans le Tournoi presque décevante était montée dans la semaine, après le rêve de Grand Chelem englouti dans la noyade de Murrayfield. Mais un Grand Chelem reste une rareté. La France n’en a réalisé que 10 en 96 participations, dont seulement quatre depuis le passage à six nations en 2000. Personne n’a fait mieux, les Gallois en réalisant quatre également, les Irlandais trois et les Anglais deux.

Alors il faut savoir apprécier la victoire de cette année, et ce back-to-back que le XV de France n’avait plus connu depuis près de 20 ans (2006 et 2007). « C’est un Tournoi qui a une valeur sportive énorme, c’est monstrueux en termes de compétitivité, estime Fabien Galthié. Quand on voit la complexité des matchs, je ne vais pas bouder mon plaisir. Cette compétition est tellement spéciale. Parfois je me demande s’il n’y a pas un manque de respect par rapport à nos adversaires en parlant si tôt de Grand Chelem. Nous on ne parle pas, et chaque match est une bataille tactique, stratégique. »

Notre dossier sur le Six Nations

Du haut de ses 10 participations, Charles Ollivon dresse le même constat. « Vous connaissez aussi bien le Six Nations que nous, il n’y a pas un match qui est facile. Tous les matchs sont rudes, avec de belles équipes, insiste l’ancien capitaine. Vous avez vu l’Italie cette année. C’est épais dans tous les secteurs. J’ai l’impression que plus ça va, plus c’est dur de le remporter. » Celui-là en tout cas, il a été arraché de haute lutte et on s’en souviendra pendant longtemps.