Top 14 : Comment l’UBB a fait pour faire tomber le grand Stade Toulousain

RUGBY L’Union Bordeaux-Bègles, nouveau leader, a réussi le match quasi-parfait face au champion de France

Clément Carpentier
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Yoram Moefana, le centre de l'UBB.
Yoram Moefana, le centre de l'UBB. — Romain Perrocheau / AFP
  • L’UBB s’empare de la tête du Top 14 après sa victoire logique face au Stade Toulousain (17-7) lors de la 12e journée.
  • Les Bordelais s’imposent grâce à une grosse force de caractère, une conquête précise et un jeu au pied de mammouth.
  • Ils doivent aussi leur succès à une défense de tous les instants sur Antoine Dupont.

Au stade Chaban-Delmas

Ce n’est pas une immense surprise. Mais, cela reste tout de même rare, voire très rare de voir le Stade Toulousain perdre, surtout avec son équipe (presque) type. Et encore plus rare de le voir se faire secouer comme ce samedi soir face à l’Union Bordeaux-Bègles (17-7) lors du choc du Top 14. Pourtant, cette victoire synonyme de première place pour l’UBB, ne souffre d’aucune contestation. Avec plus d’efficacité (deux essais refusés), le score aurait même pu être beaucoup plus lourd pour les champions de France et d’Europe. C’est dire.

Dans un stade Chaban-Delmas en fusion, les Bordelais de Christophe Urios ont réalisé le match quasi-parfait (car on peut toujours mieux faire). De la première à la dernière minute cette fois-ci. Défaite à quatre reprises la saison dernière, l’UBB semble donc enfin avoir appris de ses erreurs. Alors comment a-t-elle réussi à faire tomber le grand Toulouse ?

Pas de panique

C’était la 49e minute de jeu. Après un mauvais dégagement bordelais, François Cros file derrière la ligne d’en-but. Alors qu’il n’a rien montré jusque-là, le Stade prend pour la première fois le score contre le cours du jeu. Et bien sûr, à ce moment-là, beaucoup se disent que l’UBB a laissé passer sa chance. C’est souvent comme ça face aux Rouge et Noir. Sauf que c’était sans compter sur la force de caractère des Bordelais : « Sous les poteaux, on savait qu’on avait fait une erreur mais je n’ai pas senti de panique et c’est peut-être là où on progresse. On avait vu qu’on pouvait les mettre en difficulté, il fallait juste croire en nous », explique le demi de mêlée Maxime Lucu. Même sentiment chez Cameron Woki qui « sentait que son équipe contrôlait le match » malgré cet essai toulousain.

L'UBB doit sa victoire à une énorme force de caractère.
L'UBB doit sa victoire à une énorme force de caractère. - Romain Perrocheau / AFP

Pas question de douter. « Je n’étais pas inquiet car déjà c’était très tôt dans la seconde mi-temps et de deux, je sais que mon équipe est solide dans la tête, rappelle Christophe Urios. Elle m’a apporté depuis un petit bout de temps des garanties là-dessus ». Résultats des courses, un coup d’envoi précis, une énorme mêlée pour obtenir une pénalité et l’UBB était déjà repassée devant. « Je pense que c’est l’état d’esprit qui fait la différence sur ce match. Devant, on a pris le dessus. On ne l’avait pas fait la saison dernière. On a eu aussi une grosse défense avec beaucoup de ballons récupérés dans les rucks », savoure le troisième ligne international, encore brillant ce samedi.

Dupont sous l’éteignoir

Lui n’a pas été brillant, ou plutôt pas aussi qu’à l’accoutumée. Et il l’est tellement d’habitude que son équipe en a terriblement soufferte. On parle du magnifique Antoine Dupont. A part d’une percée sur 30 mètres en début de seconde mi-temps, on ne l’a pas vu. Lui a en revanche vu tout le match de très près la troisième ligne de l’UBB : « On avait ciblé Antoine, reconnaît son suppléant en équipe de France, on voulait le mettre un maximum sous pression. » Une consigne prise à la lettre par le trio Woki-Picamoles-Diaby. Les trois loustics ont passé leur rencontre à chasser le Dupont. Et la chasse fut très bonne.

Antoine Dupont, le demi de mêlée du Stade Toulousain.
Antoine Dupont, le demi de mêlée du Stade Toulousain. - Romain Perrocheau / AFP

« On sait que c’est un joueur-clé pour Toulouse, ajoute Christophe Urios, il ne fallait pas le lâcher et surtout de la première à la dernière minute ». Car avec à peu près rien, il est capable de mettre la misère à n’importe quelle équipe. Autre avantage de mettre le Antoine Dupont sous l’éteignoir, c’est que vous ne voyez alors pas beaucoup les autres magiciens de la ligne de trois-quart puisqu’il est le premier chaînon de celle-ci. Par exemple, on a vu un Romain Ntamack beaucoup trop neutre dans cette rencontre. Arrêter le meilleur joueur du monde (oui, on reste français avant tout), c’est encore possible. L’UBB l’a prouvée.

Une petite combinaison et un jeu au pied mammouth

Si la mêlée de l’UBB a été ultra-dominatrice, c’est bien à une touche que les Bordelais doivent leur victoire. Et quelle touche. Une combinaison aux petits oignons à l’heure de jeu entre Maynadier (le talonneur), Lucu (le demi de mêlée) et Vergnes (le troisième ligne). Le numéro 9 raconte la suite : « C’est quelque chose qu’on avait travaillé à l’entraînement par rapport à leur système défensif. Sur le moment, c’est juste une question de regards. Toutes les équipes nous attendent sur les mauls du coup, on peut les surprendre sur ce genre de choses. Et puis, pour Clément [Maynadier], c’est plus facile de lancer à 5 mètres qu’à 10 ou 15 (sourires) ».

Enfin, dernière pierre au très solide édifice bordelais, le jeu au pied. Comme le rappelait Cameron Woki, l’UBB « avait perdu la bataille de l’occupation » sur ses derniers face-à-face avec le Stade Toulousain, « il était donc très important de gagner ce secteur sur ce match ». Chose faite grâce à la botte de l’excellent Maxime Lucu ou du très bon Romain Buros à l’arrière. Et ça, ça fait plaisir à Christophe Urios :

« Ce n’est pas dans l’ADN du club. Pas du tout même et c’est un problème. Aujourd’hui, le jeu au pied est une vraie arme au haut niveau. L’Afrique du Sud a été championne du monde en jouant au pied. Donc, heureusement qu’on progresse là-dessus ! »