Top 14 féminin : Le fossé est-il en train de se creuser entre les clubs de l’élite ?

RUGBY L'arrivée de plus en plus d'équipes féminines adossées à des clubs pros masculins change la donne dans le championnat de France de rugby

Gilles Durand
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Demi-finale du Top 16 féminin 2021 entre Blagnac (en rouge) et le Stade Toulousain.
Demi-finale du Top 16 féminin 2021 entre Blagnac (en rouge) et le Stade Toulousain. — Daniel Vaquero / SIPA
  • Alors que la saison 2021-2022 vient de démarrer dans l’élite du rugby féminin, jamais peut-être la faille n’a été aussi grande entre les clubs.
  • D’un côté, des associations adossées à un club professionnel masculin comme Montpellier, Romagnat-Clermont ou Toulouse.
  • De l’autre, des équipes qui luttent avec leurs propres moyens, dans un univers qui se professionnalise de plus en plus.

L’année de tous les dangers ? Alors que la saison 2021-2022 vient de démarrer dans l’élite du rugby féminin, jamais peut-être la faille n’a été aussi grande entre les clubs. D’un côté, des associations adossées à un club professionnel masculin comme Montpellier, Romagnat-Clermont ou Toulouse. De l’autre, des équipes qui luttent avec leurs propres moyens, dans un univers qui se professionnalise de plus en plus.

A Montpellier, le choix a été fait, d’emblée, de marcher main dans la main avec les garçons, il y a une vingtaine d’années. Les résultats ne se sont pas fait attendre : huit titres de championnes de France. « On avait de l’avance et on a servi de locomotive, mais d’autres clubs nous ont rattrapés », note Olivier Clessienne, responsable sportif des filles.

« C’est maintenant ou jamais »

A contrario, la formation de Villeneuve d’Ascq, le LMRCV, se retrouve isolée dans le Nord. Installé dans l’élite depuis dix ans, le club de la métropole de Lille bataille pour y rester après avoir connu la gloire et un titre de championne en 2016.

« Cette saison va être cruciale. Après le resserrement de 16 à 14 clubs cette saison, il n’y en aura plus que 12, l’an prochain. L’objectif est de se maintenir coûte que coûte », explique Alexandra Pertus, co-entraîneuse de l’équipe première.

Preuve du fossé qui se creuse, les « putains de nanas » du LMRCV, comme elles se baptisent, ont été étrillées (71-13), dimanche, à Blagnac, le club de l'ex-international, Frédéric Michalak, après avoir remporté le premier match face à Lyon (10-5).

« C'est maintenant ou jamais, renchérit l’ancienne joueuse et nouvelle présidente du LMRCV, Laura Di Muzio. Le train est parti, il faut le prendre en marche en attirant les jeunes talents de la région et éventuellement quelques pépites ».

« On cherche à former un maximum de joueuses »

Car, aujourd’hui, le rugby féminin est la croisée des chemins. « Des clubs peuvent investir 1.000 à 2.000 euros pour recruter des joueuses. On ne voyait pas ça avant », ajoute Alexandra Pertus.

A Rennes, l’équipe se retrouve un peu dans la même situation que le LMRCV, sans club masculin professionnel sur lequel s’appuyer. Le club breton partage, pourtant, avec l’ogre Montpelier, la plus grande longévité actuelle en élite, depuis 2005.

« On cherche à former un maximum de joueuses, et la ville de Rennes va nous aider avec la mise en place d’un grand pôle ovalie pour nous et le club masculin. Ça nous permettra d’avoir plus de facilités pour nous maintenir au haut niveau », indique Anne-Sophie Demoulin, présidente du Stade Rennais.

« Les écarts se sont déjà creusés »

Néanmoins, le plus gros problème du club reste la gestion de ses quatre internationales à VII, absentes la plupart du temps pour participer aux tournois dans le monde entier. « Nous sommes très fières qu’elles portent les couleurs de l’équipe de France, mais depuis quatre ans, nous n’avons aucune compensation et quand elles ne sont pas là, ça se ressent car on ne joue plus dans la même cour avec certains clubs », déplore la présidente.

Résultat, le premier match de championnat s’est soldé par une défaite historique (70-0) face à Toulouse, dont le club féminin profite, pour sa part, des structures du Stade Toulousain. « Les écarts se sont déjà creusés, témoigne Olivier Marin, manager du Stade Toulousain féminin. Les clubs ne luttent pas avec les mêmes moyens. Il est clair que, chez nous, la professionnalisation se met en place. Les filles bénéficient souvent des mêmes moyens que les garçons, que ce soit la vidéo ou le médical. »

Avec neuf internationales, l’équipe vise clairement le titre qui lui échappe toujours. Pour le coach toulousain, « resserrer l’élite est un passage obligé si on veut attirer les médias », même s’il estime qu'« il ne faut pas laisser de côté les clubs formateurs ». L’équation va être difficile à trouver pour la Fédération de rugby.

Une Néo-zélandaise en France

Le salut peut aussi passer par l’implication des pouvoirs publics. Le conseil régional des Hauts-de-France a décidé d’appliquer la parité pour les clubs de haut niveau. « Désormais, nous appliquons l’aide de 200.000 euros aussi aux clubs féminins », souligne Florence Bariseau, vice-présidente chargée des sports à la région. Tout bénéfice pour le LMRCV.

L’autre solution, c’est le recrutement malin. Comme l’arrivée pour deux ans à Villeneuve d’Ascq d’une Néo-zélandaise de 33 ans, Ti Tauasosi. « Je crois que c’est une première dans le championnat français », s’avance Laura Di Muzio. Une aubaine, en tout cas, pour le club qui l’a recrutée un peu par hasard sur les réseaux sociaux.