K-O d'Ezeala: «Qui va emmener son gamin au rugby après avoir vu ça?» s'inquiète l'international Julien Pierre

INTERVIEW Inquiet par l’évolution de son sport, le deuxième ligne international de Pau, Julien Pierre, aimerait qu’une réflexion s’engage…

B.V.

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Le K-O du jeune Clermontois Ezeala
Le K-O du jeune Clermontois Ezeala — SIPA

Lui aussi était devant sa télé dimanche soir. Et lui aussi n’a retenu qu’une chose du match entre le Racing et Clermont, le K-O glaçant du jeune ailier Samuel Ezeala, dont les nouvelles sont plutôt rassurantes ce lundi. Inquiet sur l’évolution de son sport, l’ancien deuxième-ligne de l’équipe de France Julien Pierre (36 ans), finaliste du mondial 2011, semble presque désabusé. « Qui va amener son gamin au rugby quand on voit ça ? » se lamente-t-il. Et réclame une réflexion de fond sur la violence des chocs dans le rugby.

Un vieux grognard comme vous est-il encore surpris de voir des images comme celles du jeune Ezeala allongé sur la pelouse dimanche soir ?

J’aimerais dire oui, mais malheureusement non car on en voit tous les week-ends. Le drap blanc dramatise complètement la situation, même s’il y a des choses à ne pas montrer. C’est la première fois qu’on voyait ça sur un terrain de rugby, ça fait peur. Mais il y a des choses qui sont mises en places pour qu’aucun risque ne soit pris après ce type de blessure, notamment au niveau des cervicales. C’est très bien qu’on prenne le temps sur le terrain.

Vous êtes inquiets par l’augmentation et la violence de ces K-O ?

J’espère que ça va amener une réflexion. Des K-O, il y en a toujours eu, sauf que la nouveauté c’est qu’il y a en beaucoup plus. Avant, un type K-O il titubait pendant dix secondes et puis ça allait. Aujourd’hui, le mec reste sonné vraiment, un bras en l’air et il bouge plus. C’est des choses qui font un peu peur. Les chocs sont plus gros qu’avant. Maintenant, qu’est ce qu’on peut faire ? On ne va pas agrandir le terrain, on ne va pas enlever des joueurs, on ne va pas mettre des protections qui nous feraient aller plus vite et plus fort… Y a plein de choses qui sont en place pour nous protéger et c’est très bien, mais qu’est ce qu’on peut faire de plus ?

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On vous sent fataliste…

Je suis un peu perplexe car j’aime mon sport profondément et ce genre d’images, on n’a pas envie de les voir. Qu’est ce qu’ils vont devenir les gamins qui vont faire 10 commotions comme celle d’hier ? Aujourd’hui on fait un match de boxe par semaine. Un boxeur, lui, combat une fois tous les six mois. Je vois tous les jeunes qui arrivent, ils ont tous eu au moins une grosse opération, et c’était pas ça à notre époque. Enfin, peut-être que ma mémoire flanche à cause des commotions…

Vous avez peur quand vous entrez sur le terrain ?

Non. La famille bien sûr… C’est la première chose à laquelle on a pensé hier soir, les parents du joueur. Et parmi les pères et les mères qui ont regardé le match hier soir, qui va emmener son gamin au rugby après avoir vu ça ?

Faut-il totalement réinventer le rugby, ou s’agit-il juste d’une évolution logique de l’ultra-professionnalisme ?

Ça reste un sport de combat et c’est ce qu’on aime. Maintenant j’aimerais savoir si dans les autres championnats, en Angleterre ou dans l’hémisphère sud, il y a autant de commotions que chez nous. Est-ce que c’est que c’est un problème juste de chez nous ? Un problème de technique ? Je ne sais pas.

Vous connaissez bien le neurochirurgien clermontois Jean Chazal, qui assure qu’un « jour, il va y avoir un mort » sur un terrain. Vous le craignez aussi ?

J’ai beaucoup de respect pour Jean, mais j’espère qu’il se trompe. J’aimerai pouvoir dire qu’il se trompe.