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Comment dépoussiérer l’image vieillotte du tennis à la télé ?

Roland-Garros : « Tentons des choses ! »… Comment dépoussiérer l’image vieillotte du tennis à la télé ?

TENNISLa réalisation télévisuelle du tennis n’a jamais connu de véritables révolutions, au risque de se couper d’une audience plus jeune et demandeuse de nouveauté
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • A la différence de beaucoup de sports, le tennis n’a jamais connu de véritables révolutions dans la manière dont il est filmé et proposé aux téléspectateurs.
  • Son audience, relativement âgée, n’est pas forcément la plus ouverte pour accepter de grandes nouveautés.
  • Il y aurait pourtant de nombreuses pistes à explorer, comme le font les tournois d’exhibitions comme l’UTS, créé en en 2020 en pleine pandémie de Covid.

A Roland-Garros,

L’affiche de la finale de Roland-Garros, ce dimanche, entre Novak Djokovic et Casper Ruud, a beau ne pas faire rêver grand monde, cela n’empêchera pas des dizaines de millions de téléspectateurs à travers le monde de se poser devant leur télé, leur ordi ou leur smartphone, pour assister au sacre annoncé du GOAT, que rien ni personne ne devrait empêcher de remporter son 23e grand chelem, record absolu dans l’histoire du tennis. Et que verront-ils ? Le fameux plan fixe de la caméra 1, dos au serveur, placé à mi-hauteur dans la tribune latérale du court Philippe-Chatrier.

Depuis aussi longtemps que le tennis est diffusé à la télévision, c’est LE plan choisi par les réalisateurs pour que les fans aient la meilleure vision possible du court et des échanges. Et à la différence du foot, dont la réalisation TV est souvent décriée pour sa propension à multiplier les gros plans, basés sur l’émotionnel ou la technique, au détriment des plans larges, basés sur l’aspect tactique, celle du tennis n’a jamais provoqué de débats enflammés. Une erreur que nous allons nous empresser de corriger, par pur esprit de contradiction.



Une moyenne d’âge qui ne bouge pas

Empêcheur de tourner en rond dans un sport qu’il juge « très conservateur », Patrick Mouratoglou explique cela très simplement. « Même si ça s’est un peu modernisé au fil des ans car on a de nouveaux outils, la manière de filmer et de diffuser les matchs, elle, n’a pas changé. Mais c’est assez cohérent puisque l’audience du tennis n’a pas changé depuis quarante ans. Toutes les études de marché le démontrent, la moyenne d’âge des téléspectateurs est de 61 ans. Ces gens-là ne sont pas forcément réceptifs aux changements, c’est une audience très conservatrice. »

Et l’arrivée de nouveaux diffuseurs comme Prime Vidéo qui, sur le papier, s’adresse à un public plus jeune que France TV, n’y change rien, puisque les chaînes n’ont pas de prise sur les images qu’elles diffusent. Il s’agit en effet d’un signal international, produit par une unique boîte, disséminé à travers le monde et dont les règles sont extrêmement codifiées. Nathalie Talbot le sait mieux que quiconque, elle qui l’a produit pour France TV pendant 15 ans, avant que la chaîne du service publique ne perde ses droits au profit d’Input Media.

« « Pendant le point, on n’a pas le choix, c’est le plan large de la caméra 1 qu’on doit utiliser. Les chartes de réalisation sont claires : interdiction de changer de plan pendant les échanges, professe-t-elle. Il y aune petite dizaine d’années, on pouvait encore s’amuser quand il y avait une balle très haute par exemple, à passer au moment du direct sur un plan serré sur le joueur en train de reprendre de volée. C’est désormais interdit. » »

Les seules évolutions notables, outre l’arrivée de la désormais célèbre « Spider-Cam », utilisées depuis belle lurette dans le foot et qui a pourtant mis du temps avant d’arriver à Roland, sont des évolutions sociétales. Dit autrement, c’en est terminé des plans que Nathalie Talbot qualifie de « douteux », à la Alain Souchon, sous les jupes des filles.

« Aujourd’hui ont fait très attention à ça. On a beaucoup de caméras qui offrent des plans magnifiques, qui sont complètement dans des fosses, à hauteur de terre battue, détaille-t-elle. Ce qui fait que quand la joueuse est en minijupe devant nous, le plan étant en contre-plongée, on voit effectivement tout ce qu’il y a en dessous, même si aujourd’hui elles ont des shortys et ne sont plus en petite culotte, comme ça pouvait être le cas par le passé. Il y a eu une période où on montrait ça sans que ça ne pose de problème à personne… Après, il n’y avait pas beaucoup de réalisatrices et plus de réalisateurs, ce qui peut peut-être expliquer cela ! ».

Andy Murray et la « cable-cam »

Les réalisateurs et réalisatrices doivent aussi composer avec les acteurs eux-mêmes. « Je me souviens quand on a eu la ‘cable-cam' sur le Lenglen - c’est une caméra tendue sur un câble installée le long de la tribune latérale qui permettait de faire des plans absolument magnifiques, des jolis travellings - que ça avait posé problème avec certains joueurs, notamment Andy Murray, se souvient la réal'. Il était chiaaaaaant avec ça ! Il ne supportait pas d’avoir cette caméra dans son champ de vision. Ce qui fait qu’à chaque fois qu’il servait il fallait qu’on envoie la cable cam complètement dans son dos pour qu’il puisse servir. La concentration des joueurs fait qu’on ne peut pas tout se permettre. Pour peu qu’ils perdent le match et qu’ils nous désignent comme responsable (rires) ! ».

Sans aller jusqu’à déranger Sir Andy Murray, il y aurait tout de même de la place pour faire évoluer l’expérience des fans devant leur écran. C’est en tout cas ce que pense Thibault Le Roll, présentateur et commentateur de Roland-Garros pour Prime Video. « Je pense qu’on pourrait être plus souvent à hauteur des joueurs, derrière eux, afin de mieux faire ressentir l’intensité physique d’un échange au tennis, réfléchit-il. Et puis pourquoi ne pas prendre de temps en temps le parti de lâcher un peu la balle et de rester sur un joueur pendant deux ou trois frappes, je pense que ça permettrait de dynamiser la diffusion. Il y a la place pour prendre des petits risques, tentons des choses, quitte à se tromper. » Prime Vidéo a d’ailleurs tâté le terrain en sondant ses abonnés sur Twitter au sujet de cette caméra positionnée un peu plus bas durant les échanges.


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L’UTS cherche à révolutionner le produit tennis

Non seulement Patrick Mouratoglou partage l’avis de notre confrère, mais il a même décidé de mettre ses idées en applications en créant son propre tournoi (d’exhibition), l’Ultimate Tennis Showdown, qui s’affranchit des règles en vigueur dans la production audiovisuelle du tennis. « A l’UTS, on a fait le choix de se mettre proche de l’action parce qu’on voit beaucoup mieux les effets, et les trajectoires de balles sont beaucoup plus visibles qu’avec la caméra classique. Et puis on a aussi une meilleure perception de l’engagement physique des joueurs, on a plus la sensation d’être au cœur de l’action. Le tennis aujourd’hui est filmé de manière distanciée quand, nous, nous avons décidé de le filmer de manière plus immersive. C’est donc que c’est faisable. »


A l'UTS, la caméra principale est positionnée bien plus bas derrière les joueurs pour mieux rendre l'intensité du jeu aux téléspectateurs.
A l'UTS, la caméra principale est positionnée bien plus bas derrière les joueurs pour mieux rendre l'intensité du jeu aux téléspectateurs.  - Lionel Urman

Désireux de casser les codes du tennis à la papa, l’ancien coach de Serena Williams voit dans l’UTS « un laboratoire » pour aller chercher une audience plus jeune. Audience 2.0 qui a sans cesse besoin d’être stimulée et que le tennis et ses codes moraux ennuient profondément. Car le sujet va bien au-delà de la simple réalisation.

« Le code de conduite est tellement strict aujourd’hui qu’il dicte les comportements des joueurs. L’être humain n’est pas parfait or, le tennis veut renvoyer une image de perfection qui est totalement fausse, dénonce Mouratoglou. On pousse donc les acteurs à aseptiser leur discours et leurs actes, à faire semblant, à masquer leurs émotions, et je trouve ça dommageable. C’est comme regarder un film où tout le monde il est beau, tout le monde il est parfait, ça n’a aucune espèce d’intérêt. »

Ce que veulent l’UTS et son boss ? « De l’authenticité!, s'exclame ce dernier. On veut que le tennis soit un moment de partage, et pour ça il faut que les personnalités s’expriment, qu’il y ait un maximum d’interactions entre les joueurs et leurs staffs, entre les joueurs et le public, donc on a complètement réimaginé le produit. » Si le très rigide tennis a prouvé ces derniers temps qu’il savait s’adapter aux mutations de son époque, en autorisant notamment le coaching en plein match, du côté de la réalisation télé, on ne voit pour l'instant aucune révolution à l’horizon.