Le Roland de Roger (jour 12): Même au pays de Nadal, «beaucoup de gens veulent voir gagner Federer»

TENNIS Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), «20 Minutes» vous fait vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer

Propos recueillis par William Pereira

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Rafa et Rodgeur, version old-school
Rafa et Rodgeur, version old-school — SIPA

De notre envoyé à Roland-Garros,

Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), les envoyés spéciaux de 20 Minutes vous font vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer. Entraînements, conférences de presse, entourage, nos envoyés spéciaux Porte d’Auteuil vous offrent les coulisses de ce qui pourrait bien être le dernier Roland de Roger. Aujourd’hui, rencontre avec quelques disciples de l’idole suisse.

Mardi, alors que Roger Federer se démenait pour prendre le meilleur sur Stan Wawrinka, deux Espagnols sont passés sur le court Philippe Chatrier. David Ferrer, à qui le tournoi a rendu un hommage bien mérité, et Rafael Nadal, expéditif contre Kei Nishikori. Le Central était plus ou moins rempli pour les deux Ibères, mais le centre de gravité de Roland-Garros se trouvant là où Rodgeur est, on n’y a pas plus prêté attention que ça. Une flopée d’heures plus tard, et dans un élan d’empathie, on a eu une pensée pour nos voisins espagnols. Comment vivent-ils cette quinzaine à fort accent helvète ? A la faveur d’un mercredi pluvieux, Enrique Yunta, journaliste pour le quotidien ABC, a accepté de nous raconter son Federer, celui vu du pays de Rafael Nadal. La suite va vous surprendre.

Le retour de Federer à Roland, ça a été vécu comment en Espagne ?

Ça a été une très bonne nouvelle. Parce qu’il n’en reste plus pour très longtemps, du Federer. Sans compter que ça faisait trois ans qu’on ne le voyait pas ici, donc oui, on est très heureux de le voir de retour.

Ça représente quoi Federer, en Espagne ?

Federer, je pense qu’en fin de compte, c’est l’ennemi le plus proche de Nadal, donc son retour est quelque chose qu’on célèbre, quelque part. On célèbre le fait que ces deux-là vont se jouer pour la première fois depuis tant d’années. Je pense que c’est la plus grande rivalité du tennis et la plus belle même si Dokovic et Nadal se sont affrontés plus de fois. Ce n’est pas comparable à un Nadal-Federer. Au fond, les Espagnols aiment beaucoup cette rivalité Nadal-Federer, et ce dernier est aussi très aimé en Espagne comme il est aimé un peu partout dans le monde d’ailleurs.

Il y a des gens qui préfèrent Federer à Rafa en Espagne ?

Bien sûr. Federer a un groupe de suiveurs importants en Espagne, il y a des « Federeristas » qui préfèrent Roger par-dessus tout. C’est une des spécificités du tennis y compris ici en Espagne​. Ce n’est pas comme au football où tu suis ta sélection ou le club de ta ville. Mais je pense que c’est aussi vrai, je ne sais pas, en Italie. En tout cas en Espagne beaucoup de gens veulent voir gagner Federer.

Le fait que Rafa soit pour le Real Madrid, ça pousse par exemple en Catalogne des gens à être pour Federer ?

Non, je pense que non. Rafa, qu’il soit Madridiste, qu’il ait ses convictions… je pense que Nadal est un peu à la marge. Il n’est pas admiré ou détesté parce qu’il est pour le Real, il est admiré pour ce qu’il est en tant que joueur.

Comment vous le suivez, vous, ce Roland-Garros de Federer en Espagne ?

Evidemment Rafael Nadal accapare plus d’attention, c’est naturel. Ses matchs sont suivis avec plus d’attention mais on garde bien sûr toujours un œil sur Federer. Je dirais même qu’on le suit plus que Djokovic même si le Serbe est l’ennemi naturel de Rafa vu que ces deux sont a priori destinés à se rencontrer en finale. Ça serait le plus logique en tout cas. Mais Federer, on lui accorde une certaine place dans les espaces de communication, la couverture médiatique de son tournoi est très bonne. Et c’est intéressant de constater sur les audiences de nos articles sur le web que les articles sur Federer font partie des plus lus en temps réel. Il déclenche un certain intérêt, une certaine affection chez nous aussi.

Comment ça s’explique, cette affection pour Roger ?

Sa manière de jouer, le respect mutuel entre Nadal et lui, le fait qu’ils alimentent l’un et l’autre une rivalité qui dure depuis 15 ans. Ils se sont joués 38 fois, je pense qu’au long de toutes ces années ils ont appris à mieux se connaître. Et puis évidemment je pense que ça a à voir avec le style unique de Federer, tout ce qu’il a réalisé dans sa carrière en respectant les valeurs du sport. Federer est très respecté pour tout ça.

Quand vous voyez l’attention que reçoit Federer, vous ne vous dites pas qu’il y a un manque d’affection à Paris pour Nadal ?

Non je ne pense pas. Je pense qu’à un moment donné il y a pu y avoir un peu de lassitude de la part du public français parce que Nadal gagnait tout le temps. Mais je constate une énorme affection pour Rafa quand même de la part des journalistes, des gens du tournoi, des gens dans la rue. Tous ces gens le sollicitent, ont une admiration absolue pour lui. Avec le temps, je pense que les gens ici ont fini par assimiler Rafa comme un produit local. Et donc c’est aussi un joueur très aimé.